La saison hippique 2015 a pris fin officiellement le dimanche 6 décembre dernier avec la tenue de la traditionnelle journée internationale. Une saison riche en événements qui a vu le sacre de l’entraînement Gujadhur, son deuxième des temps modernes après celui de 2012. Comme le veut la tradition, Week-End revient sur les moments forts qui ont marqué le dernier exercice.
C’est sous le sceau du changement que débuta cette saison 2015 avec un nouveau président à la tête du Mauritius Turf Club en la personne de Jeenarain Soobagrah qui succèda à Gilbert Merven à un moment où le rapport Parry est venu clouer au pilori les courses hippiques. En effet, s’il est nul besoin de revenir sur les conclusions de ce rapport on ne peut plus accablant pour le MTC, force est d’admettre que le M. Soobagrah ne disposait pas d’une marge de manoeuvre confortable, ayant hérité d’une situation catastrophique en terme de finances et d’images. Malgré cela, M. Soobragrah s’est montré assez courageux pour prendre les rênes d’une institution qui reposait sur des ruines, faisant « des courses propres » son leitmotiv, tout en pronant une politique de zero-tolérance à tous les niveaux. Il démontrait ainsi sa volonté de rompre avec la politique de l’ancien régime. Après un an de mandat, on peut avancer qu’il s’est plutôt bien tiré d’affaires si on considère l’ampleur de la tâche qui l’attendait après son arrivée à la tête du Club en février dernier. Certes, son mandat n’a pas été de tout reproche mais Jeenarain Soobagrah doit être salué pour avoir essayé de remettre les courses sur le droit chemin.
C’est après maintes tergiversations que débuta la saison, le nouveau board de la GRA n’ayant été constitué qu’à l’aube du premier départ de la saison initialement prévu pour le 28 mars mais qui finalement a eu lieu le 4 avril. Si le MTC avait formulé une demande de 40 journées, c’est 35 journées que lui’accordera l’instance régulatrice présidée par Me Raouf Gulbul, avec aucun week-end hippique de prévu, ce qui tranchait singulièrement avec la saison 2014. À bien voir ce fut un blessing in disguisecar avec une population de chevaux qui n’a cessé de décroître pendant l’année, on se demande comment le MTC aurait organisé 40 journées de courses. Ce fut du reste le plus gros challenge auquel a eu à faire face l’organisateur des courses hippiques cette saison. Il ne se passait pas une semaine sans que des chevaux furent mis à la retraite si ce n’est pas euthanisiés et les fixtures remaniés de façon quasi-hebdomaire. Ceci s’explique par le faible nombre de nouvelles unités importées, une cinquantaine seulement, soit bien loin de la moyenne des précédentes saisons qui tournait autour d’une centaine.
La descente aux ?enfers de Ségeon
Le coup d’envoi fut donc donné le 4 avril sans le champion en titre, l’écurie Foo Kune qui n’eut d’autre choix que de tirer sa révérence après que le MTC a décidé d’abolir le système de Stable Manager. Si dans un premier temps, il fut question d’intégrer l’établissement Perdrau, cette option fut vite mise à l’écart, les négociations butant sur une des conditions que l’entraîneur Alain Perdrau aurait imposées. Finalement, c’est à l’écurie Shailesh Ramdin qui Paul Foo Kune posa ses valises avec Simon Jones comme assistant-entraîneur.
En ce qu’il s’agit de la politique zéro tolérance, le ton fut vite donné à l’issue de la journée inaugurale avec Cédric Ségeon le premier à y goûter. Le Français qui se vantait de son clean record à Maurice, se vit infliger six semaines de suspension assortie d’une amende de Rs 150 000 pour n’avoir pas donné toutes les chances à son cheval, Triad Of Fortune, de l’emporter dans l’épreuve de clôture de ce premier rendez-vous. Ce fut la descente aux enfers pour la Cravache d’Or 2014 car outre d’avoir été débouté en appel, son dossier fut transféré à la Police pour des poursuites au pénal sous une charge provisoire de cheating. L’ex-jockey de l’entraînement Merven boira même le calice jusqu’à la lie car en sus d’être arrêté (puis libéré sous caution), il vit aussi le non-renouvellement de son permis de travail et une interdiction formelle de quitter le pays. Son pain noir, Cédric Ségeon le mangera durant toute l’année avant que la cour ne le blanchisse au début du mois de décembre avec un singlant no case to answer. Cependant, alors que les turfistes s’attendaient à ce que cette politique zéro-tolerance s’inscrive dans la durée, grand fut leur étonnement de la voir s’effriter au fur et à mesure qu’on progressait dans la saison. Est pointée du doigt en premier lieu, l’inconstance du board des Racing Stewards emmené par Stéphane de Chalain,  concernant les objections/rétrogradations. On ne comprenait pas comment ce qui s’appliquait à certains, ne s’appliquait pas à d’autres. À ce titre, on citera les cas impliquant Indaba My Children-Red Tractor et Elusive Love-Al Capitano en début de saison. On retiendra aussi la gaffe monumentale de l’inversion des résultats dans le cas Count Emmanuale-Colour Of Courage-Lucky Valentine. Il y eut aussi l’affaire dite des cartons contaminés au produit 3-hydroxy-N-methylmorphian qui vit les disqualifications de Craftsman, Lucky Valentine, Ek Tha Tiger et Mount Hillaby. Cependant leurs entraîneurs respectifs, Jean Michel Henry et Shailesh Ramdin, ne s’en sortirent qu’avec un avertissement de la part des Racing Stewards alors même que selon les règles, ils sont censés avoir la garde de leurs protégés. Toujours au chapitre de l’effritement de la politique zéro-tolerance, comment passer sous silence le déroulement scandaleux de certaines courses en fin de saison et la prestation de certains acteurs. On retiendra la “superbe” monte de Noel Callow sur Tandragee, surtout la ligne droite de l’Australien – qui ailleurs aurait été, à n’en point douter, sanctionnée d’une sévère mise à pied – lors de la 33e journée et qui a vu la victoire de son compagnon d’écurie Reim. Il y eut aussi sa prestation on ne peut plus insultante sur Yoda Man une journée plus tôt où il ne fut sanctionné que d’une amende de Rs 35 000 alors même que son entraîneur avait reconnu qu’il  était slack sur quelques foulées. La victoire scandaleuse de Please To Progress lors de la 33e journée, une véritable parodie de course dans laquelle la prestation de certains acteurs a fait palir quelques-uns des plus grands comédiens du septième art. Pour rappel, cette course longue de 1850m a été couru dans le temps misérable de 2.00.06!
Mainmise de Gujadhur sur ?les épreuves ?à fortes dotations
Concernant les différents championnats, c’est Ramapatee Gujadhur qui a remporté la palme chez les entraîneurs en permettant à la casaque bleu électrique et écharpe rouge d’accrocher son deuxième titre, après celui de 2012. Ce sacre, la plus vieille écurie du turf l’a construit sur des fondamentaux solides en affichant sa nette supériorité dans les épreuves à fortes dotations. En effet, elle a remporté pas moins de treize épreuves phares, dont dix de Groupe. À son tableau de chasse figurent la Duchesse (Silver Bluff), le Barbé (Bulsara) et le Maiden (Vettel). Seul la Coupe d’Or, remporté par One Cool Dude, de l’écurie Maingard, lui a filé entre les doigts. L’écurie Gujadhur et tout son staff peuvent aussi se vanter d’avoir dans leur yard le Cheval de l’Année 2015, Kremlin Captain, auteur de huit victoires consécutives (dont six pour cette seule saison 2015) et qui n’a vu sa marge triomphale interrompue que dans la Coupe d’Or. Un parcours on ne peut plus exceptionnel pour ce hongre bai de 5 ans qui, faut-il le rappeler, a débuté sa carrière au plus bas de la hiérarchie. Au final c’est avec 44 victoires et des stakesmoney de l’ordre de Rs 13,6M que l’entraînement Gujadhur a bouclé sa saison. Ramapatee Gujadhur a même profité de la dernière journée de la saison régulière pour faire d’une pierre deux coups quand il fit son entrée dans le Hall Of Fame en s’adjugeant cinq des huit épreuves au programme de ce rendez-vous tout en enregistrant au passage sa 400e victoire avec Wind Glider piloté, par Swapneel Rama. Si l’entraînement Gujadhur et son dauphin Rousset ont dominé de la tête et des épaules cette saison 2015, à l’autre bout du classement, les petites formations, à l’instar de Jean-Michel Henry, Shirish Narang et Raj Ramdin ont dû mettre les bouchées doubles pour respecter les conditions imposées par le MTC concernant le renouvellement de leur licence pour 2016. Avec seulement 5 victoires et des stakesmoney dépassant à peine le million de roupies, Randhir Pertaub n’a pour l’instant pas rempli son contrat et seul l’avenir nous dira s’il sera de la partie la saison prochaine.