HISTOIRE 18 SEPTEMBRE : Engagés à La Réunion, une sinécure ?

La conférence internationale qu'a organisée la Gopio (Global organisation for the people of indian origin) en fin de semaine dernière, pour célébrer le centenaire de l'abolition de l'engagisme, a entre autres donné lieu vendredi matin à une session sur l'engagisme à La Réunion, présentée par trois universitaires. Le Dr Michèle Marimoutou, professeur agrégée d'histoire géographie et membre associée du Centre de recherches en histoire internationale et atlantique des universités de Nantes et de La Rochelle, a axé son intervention sur les engagés du sucre dans les années 1870.

La décennie 1870 semble cruciale dans l'évolution de l'engagisme à La Réunion en ce sens qu'elle voyait se côtoyer des immigrés venant de territoires britanniques et des territoires français depuis les années 1860, ce qui a amené de nouvelles formes de prévention et de contrôle du respect des contrats. Michèle Marimoutou contextualise la venue en 1877 d'une commission internationale mixte franco-britannique, qui a enquêté sur la situation réelle de 50 000 engagés, puis donné lieu à un rapport commun et deux rapports séparés… Moins de dix ans plus tard, en 1885, les derniers convois de travailleurs engagés ont touché les côtes réunionnaises, précédant de plus de 30 ans l'abolition officielle dont nous célébrons cette année le centenaire.
L'historienne de l'engagisme nous rappelle que l'engagisme réunionnais a connu trois étapes de développement au XIXe siècle. À partir de 1828, les engagés indiens viennent essentiellement de Yanaon, vaste établissement de Pondichéry, jusqu'à la suspension de cette importation de main-d'œuvre en 1839. À partir de l'abolition de l'esclavage, survenue à La Réunion en 1848, les engagés viennent de différents comptoirs français. La troisième phase consiste, après la signature d'une convention avec les autorités britanniques, à faire venir des engagés d'origine indienne à partir de 1860/1861.
La présence d'engagés sujets britanniques est assortie de celle d'un consul britannique, particulièrement mal reçu par les Réunionnais, qui refuse ses visites sur les établissements. Aussi contourne-t-il cette hostilité en faisant venir les commissaires, qui enquêteront sur 66 habitations et concluront sur la situation déplorable des conditions de vie des engagés de La Réunion par rapport à ceux de Maurice. Le rapport Goldsmith fait par exemple mention de 615 plaintes émises en trois ans, concernant 1 100 personnes, la plupart portant sur les salaires. Jamais diffusé à La Réunion à l'époque, le document préconise entre autres l'institution d'un protecteur des immigrés et la possibilité de visites pour le consul. En croisant ces données avec d'autres sources, dont des photographies, Michèle Marimoutou montre cependant que cette situation était plus complexe et nuancée que ces rapports ne le disent, et qu'il existait des établissements où les engagés étaient respectés.
En préambule à cette intervention, Mahen Utchanah a rappelé que l'abolition de l'engagisme, en 1917, avait été fixée au 12 mars, date on ne peut plus symbolique à Maurice. Si cette forme d'exportation de masse de main-d'œuvre forcée a commencé en 1834 à Maurice, ce fut au titre d'expérience pilote, où pour la première fois elle était structurée par une organisation administrative conçue par le gouvernement britannique. À partir de 1840, ce modèle est démultiplié à Trinidad, à la Jamaïque et dans les Caraïbes, puis en Afrique du Sud. On estime à deux millions le total des Indiens ayant ainsi émigré.