Le professeur Chaplain Toto a retracé mardi dernier les nombreux éléments qui permettent de souligner le rôle prépondérant de la baie d’Antongil, située sur la côte est de Madagascar, dans la traite des esclaves plus particulièrement en direction de Maurice. Dans l’histoire de la traite des esclaves à Madagscar, cette baie particulièrement creuse est un des principaux ports d’embarquement à destination de l’île de France pour l’océan Indien et de l’Amérique via l’Afrique du Sud, pour la plus longue et éprouvante route de la traite transatlantique. Découverte par les Portugais en 1503, la baie d’Antongil connaîtra ensuite la succession de toutes les puissances coloniales qui ont oeuvré dans l’océan Indien.
D’où viennent les esclaves vendus par les chefs locaux aux colons et armateurs, et qui sont-ils ? Chef du département d’histoire à l’université de Toamasina, Chaplain Toto a fait un exposé très documenté, fondé sur différentes cartes de la Baie d’Antongil et sur l’histoire de l’aménagement de ce site. Lequel a longtemps été extrêmement stratégique dans l’histoire géopolitique de l’océan Indien. Ainsi fait-il remarquer que les récits de voyage et d’expédition ont pour ainsi dire tous fait mention des liens entre cette baie et l’île Maurice, alors appelée Isle de France, pour le commerce et le trafic légal ou illégal d’esclaves, en priorité sur ceux avec celle de l’île Bourbon, actuel département français de La Réunion.
Le paradoxe qu’il soulève à propos de cette région située sur la côte nord-est de la Grande île, est que de nombreuses révoltes ont accompagné le trafic d’esclaves dans cette immense baie baignée par les eaux tumultueuses et fréquentée par les requins. Le professeur explique que ces révoltes étaient notamment liées au statut des personnes capturées et livrées à ce commerce inique sur les marchés aux esclaves. Ainsi précise-t-il que le terme d’esclave n’est apparu dans la langue malgache, dont il faut rappeler qu’elle est antérieure à l’histoire contemporaine, qu’à partir de la présence des colons. Dans les sociétés ancestrales des royaumes Merina ou Sakalaves, pour ne prendre que ces exemples, explique-t-il, le statut de classe sociale inférieure supposait déjà une structuration hiérarchisée où l’esclave lui-même appelait ses chefs Mpanjaka (roi) ou filoha.
Les maromita, dans la société betsimisaraka, étaient assimilés à des porteurs de bagages qui accompagnaient leurs maîtres dans leurs déplacements. Mais ceux-ci étaient des compagnons de voyages de leur maître tout en restant des hommes libres mais pauvres. Les maromita n’étaient pas à vendre, comme en attestent les récits du traitant Nicolas Mayeur. Chaplain Toto insiste sur la violence avec laquelle se sont déroulés nombre d’embarquements sous la colonisation hollandaise, puis française. Le statut des personnes asservies n’était pas toujours celui d’esclave et les scènes d’enlèvement, de kidnaping ainsi que le chantage — même s’ils n’étaient pas définis en ces termes dans les récits — ont souvent marqué ces conflits. Des familles de captifs réclamaient leur libération en échange de zébus, de volailles et fruits… Ces faits constatés au XVIe siècle changeront de nature à partir du moment où les chefs locaux entreront eux-mêmes en jeu et deviendront eux-mêmes commerçants…