Dans ce deuxième volet de l’hommage rendu à Loys Masson (poète, romancier, dramaturge) né le 31 décembre 1915 (nous célébrons cette année le centenaire de la naissance de l’écrivain), le lecteur trouvera, non pas une réflexion littéraire (l’oeuvre de Loys Masson étant vaste et riche), mais quelques notations intéressantes (les concepts littéraires de “poème-prière” et de “textes farfelus”) énoncées et développées dans une thèse qui lui a été consacrée en 1996. Voici une présentation liminaire à l’introduction des textes qui vont suivre. Loys Masson débarque en France en 1939. Il connaît l’expérience de l’exil, de la clandestinité sous l’Occupation, l’engagement communiste, l’intégration à la vie littéraire française de l’après-guerre. Loys fut poète de la Résistance, secrétaire de rédaction à la revue de Pierre Seghers, Poesie 41, rédacteur en chef des Lettres françaises (1947).
On a noté son intégration immédiate aux luttes de la résistance française ainsi qu’à une activité littéraire nationale, surprenant chez un homme des Tropiques, “sans-papiers” pendant plusieurs années, mais qui ne s’affiche nullement au rendez-vous des “étrangers”. L’écriture lui a permis sinon de revenir à l’île natale, du moins de clarifier les sentiments ambivalents qu’il portait à son île. L’équivoque plane sans cesse dans l’assertion sur la place et l’impact de l’exil chez Loys Masson : son écriture est-elle une écriture “de” ou “dans” l’exil ? On peut à la limite affirmer que Loys écrit dans l’exil (encore qu’il vienne très vite à ne plus se considérer comme exilé, mais comme écrivain français à part entière), et donc qu’à l`occasion surgisse le souvenir de l’île natale. La nature tropicale, par exemple, reste à l’évidence liée à des sensations rémanentes (le vert paradis des amours enfantines), mais on ne peut affirmer que son écriture cherche à conjurer le tourment de l’éloignement, dise le désir de retour au pays natal (tout le cycle romanesque de l’insularité dit le contraire, de façon directe ou symbolisée, le besoin de fuir un territoire insulaire fondamentalement ressenti comme mortifère (l’Etoile et la Clé, Le notaire des noirs, Les noces de la vanille…). La structure de ses récits, le transfert narratif d’un territoire à un autre, quelques topiques importantes comme le lyrisme cosmique, la poétique de la nuit ont donné la chance à un auteur de la “périphérie” de se faire reconnaître dans l’imaginaire et la poétique de l’Hexagone. Voici deux textes choisis pour illustrer l’apport de Loys Masson aux lettres françaises et pour montrer l’impact de l’exil dans sa recherche spirituelle et poétique.  Ces textes ont été compilés en 1996 par Norbert Louis, une biobibliographie a été établie pour la première fois. Pour illustrer le concept de “poème-prière”, nous présentons un extrait de “Delivrez-nous du Mal”, Paris, Pierre Seghers, 1945 et celui de “L’écriture farfelue”, un extrait de L’Illustre Thomas Wilson (Pierre Belfond, 1970.