HOMMAGE: Soopaya Poinen, grand enseignant de tamoul et animateur pionnier

Avec le décès de Soopaya Poinen (né le 23 septembre 1926) le 3 septembre dernier à l’âge de 90 ans, l’enseignement mauricien a perdu un grand tribun. Autodidacte, il a su gravir les échelons par ses propres efforts tout en bravant les préjugés et les découragements de certains dans leur quête de la réussite. Pédagogue, poète, dramaturge et ancien animateur des émissions tamoules à la MBC, Soopaya Poinen ou Aya Nadess pour les intimes, a tout au long de sa vie mis en œuvre le conseil prodigué par son Guru, le Pandit Rengasamy qui lui avait confié les rênes d’une école tamoule à Vacoas. «  Je t’ai transmis mes connaissances. Comme on sème des graines et qu’elles grandissent pour donner de belles fleurs, vas-y et sème ces graines de la langue tamoule. » Dans un entretien qu’il nous a accordé l’année dernière il s’est souvenu comment il a réussi les examens de la SC. « Pendant que j’étais animateur à la MBC et que je passais des chansons, je révisais mes leçons. C’est comme ça que j’ai pu avoir de bonnes notes ! » Pour Aya Poinen, qui a été le premier enseignant de tamoul au collège Mahatma Gandhi et plus tard le premier animateur à la radio et à la télévision pour la langue tamoule, il n’y a pas de doute. Ce n’est seulement en faisant des efforts et en persévérant qu’on pouvait réussir. Toute une génération d’enseignants lui est redevable. Aujourd’hui encore, ces derniers continuent à enseigner dans les écoles de la république. Il avait cette phrase pour eux : « Dans la main d’un guerrier, il y a une arme mais dans les mains d’un enseignant, il y a une plume. » (veerar kaiyil thuppa ki irukku, asiriyar kaiyil pen airukku). Les thèmes qui lui étaient chers et que l’on retrouve dans ses poèmes sont l’unité, le pays, la nature pour ne mentionner que ceux-là. Nous souhaitons que tous ses poèmes soient réunis sous forme de recueil pour les générations à venir. Dans la chanson Ponal Pogatthum Poda, écrit par le poète Kannadasan, qui était d’ailleurs la chanson préférée d’Aya Poinen comme nous l’a rappelé Roukmani Goundan, une de ses élèves qui nous dit sa fierté de l’avoir eu comme enseignant, il y a ces mots qui semblent être écrits pour lui. « Namakka mele oruvanada- Nalum therintha thalaivanada-Dinam nadagam adum kalainyanada », qui pourraient se traduire comme suit: « Il est Celui qui est au-dessus de nous, il est Celui qui sait, Il est l’artiste qui joue dans cette pièce tous les jours. » Cette pièce, c’est la vie. Aya Poinen a joué son rôle de passeur et il est parti. Que son âme puisse reposer en paix et qu’il puisse continuer à nous éclairer, tel un phare la nuit! À ses enfants, ses petits-enfants et tous ceux affligés par cette perte, nous présentons nos plus sincères condoléances.