Nous revenons sur Le Printemps des Poètes, marqué par la soirée hommage à Vinod Rughoonundun à l’Institut Français de Maurice, le 30 mars. Le public présent a goûté à une lecture scénique pour le moins bouleversante de Manama, les mots oubliés, à travers la prestation d’Anooradha Rughoonundun.
Allons à l’essentiel. Nul ne saurait mieux rendre hommage aux mots du poète que la comédienne Anooradha Rughoonundun. Elle a livré une interprétation à fleur sa peau et a donné chair au dernier écrit du poète en quête d’absolu. Sa dernière lettre au monde, mais aussi celle d’un père. Le sien. Le poète (décédé le 13 août 2015 à Paris) avait annoncé sa mort à travers Manama, les mots oubliés. Œuvre testamentaire qui décrypte l’insignifiance de la vie mais aussi sa beauté. Ainsi écrit-il : manama / je m’en vais /en partance pour ces rivages / jamais abordés et tant rêvés / je m’en vais / coeur tristesse tout gonflé / tellement de fois arraché pour l’offrir / et tellement de fois piétiné /…
Disons-le sans hypocrisie : si Vinod Rughoonundun ne s’en était pas allé de l’autre côté de l’horizon, combien se serait intéressés à ses écrits ? Combien aurait trouvé en lui un des poètes mauriciens les plus puissants ? Et combien se souviendront encore lorsque le papier de Manama, les mots oubliés aura jauni dans un coin de bibliothèque ou au fond d’un tiroir poussiéreux ?
Lors de la soirée à l’IFM, le public a également eu droit à une mise en espace d’une nouvelle de Vinod Rughoonundun par le metteur en scène Ashish Bissoondial et ses comédiens : l’histoire d’un alcoolique de grande culture, capable de citer du Shakespeare, du Musset et du Tagore.
Par-dessus tout, nous retiendrons la prestation sentie d’Anooradha Rughoonundun et sa grande maîtrise du verbe. Sans doute le moment le plus vibrant de ce mercredi 30 mars. Elle a dégagé une palette d’émotions qui se ressentent et qu’on ne saurait retranscrire.
Manama, les mots oubliés est un ressenti… Cet ouvrage de toute beauté comprend plusieurs niveaux de lecture et des vers dont le sens est à découvrir pour qui s’intéresse aux belles lettres de la poésie insulaire.
Concluons par cette strophe tout en suspension : s’il est des silences apaisants / qui ressemblent à des rires d’enfants sur la plage d’azur / il en est d’autres qui tourmentent / lames de pierres affûtées triturant les chairs / ni terre ni fleuve ni mer / qu’importe / flotter est infini…