On aurait pu parler du projet de Côte d’Or — qui ressemble plus aujourd’hui à une côte cassée —, de ce que cela coûtera aux contribuables, de son coût déjà faramineux de Rs 3,2 milliards, auquel est venue s’ajouter une rallonge tout aussi importante de près de Rs 1 milliard.

Oui, c’est bien d’avoir suppléé aux Comores pour l’organisation des Jeux des îles de l’océan Indien de 2019, qui reste un grand événement sportif et régional, mais un projet plus modeste, comme le rehaussement des infrastructures existantes, aurait également fait l’affaire. Non, il fallait quelque chose de clinquant dans la circonscription du Premier ministre, puisque tout commence et tout s’arrête là.

On aurait pu également parler de passeport à vendre, de cette nationalité à brader, un peu comme ce fut le cas dans les années 1984/88, ce temps où certains industriels hongkongais ou taïwanais devaient obligatoirement passer par un cabinet particulier pour rapidement obtenir le sésame. Maurice dispose déjà d’un régime qui n’est pas trop contraignant vis-à-vis des investisseurs étrangers: alors quel besoin d’ouvrir ainsi les vannes?

A un moment où les pays qui ont déjà recours à cette générosité, considérée suspecte, sont dénoncés dans des publications aussi respectées que Le Monde, qui vient de consacrer un article aux “flibustiers des affaires” qui prospèrent en Centrafrique en citant Boris Becker ou des nominations douteuses comme celles d’un certain Viktor Bout, connu  sous le sobriquet de “marchand de la mort”, parce qu’il est un trafiquant d’armes et dont le nom avait été cité dans un scandale ici même à Maurice en 2012 et qui s’apprêtait à lancer sur notre sol une compagnie d’aviation.

On aurait pu immédiatement opiner à ces mesures, mais n’y a-t-il pas d’autres urgences? Comme le décès de cette enfant de 13 ans, enceinte, épileptique et asthmatique. Sordide histoire qui nous révèle la part cachée et sombre de notre République qui se dit moderne et qui se gargarise de Metro Express ou d’intelligence artificielle. Alors que le constat obligé est que cette éducation qui est censée être gratuite depuis plus de 40 ans n’a, en fin de compte, rien apporté à la liberté des esprits, à la compréhension des enjeux sociaux et au respect des lois républicaines.

L’éducation est gratuite, certes, mais, hormis la célébration annuelle des lauréats, rien ou presque n’a évolué pour ce qui est du contenu. Toujours pas d’initiation aux valeurs de la République, toujours pas d’éducation sexuelle, parce que des intégristes de tous bords, les mêmes d’ailleurs, qui voient dans l’école mixte une menace pour leurs enfants, mais ils feignent d’ignorer que, parmi eux-mêmes, il y en a qui disent se réclamer de la charia tout en s’amusant à aguicher des filles à peine pubères sur Facebook !

Dans l’affaire de cette enfant emportée dans des circonstances dramatiques, il y a toute une chaîne de responsables et ils ne peuvent ni ne doivent s’en tirer comme ça. Elle a rencontré un petit malfrat sur Facebook et elle s’est laissée peut-être embobiner. Ça peut arriver à bien des adolescents et c’est là que les structures familiales, éducatives, sociales et religieuses, pour ceux qui y croient, entrent en jeu.

Les parents de l’enfant décédée ont accepté qu’elle n’aille plus en classe,  l’établissement scolaire ne semblait même pas s’être émue outre mesure qu’une de ses élèves abandonne du jour au lendemain les cours. L’enfant a dit qu’elle allait se suicider si elle ne rejoignait pas son copain, mais il y a des services qui peuvent aider. Pourquoi ne pas avoir demandé conseil auprès des autorités ? Pourquoi ne pas avoir alerté la police, lorsque la grossesse a été constatée, celle-ci confirmant que son compagnon avait enfreint la loi ? Un simple mariage religieux a fait l’affaire et tout le monde ou presque était satisfait. Elle a été confrontée à un concubin drogué et violent qui lui “mettait juste quelques baffes”, quelques fois, et, dans sa famille  nul ne s’en alarmait . Les parents du jeune homme qui auraient pu être les parents de la fille, ont-ils laissé faire, parce l’homme, quel que soit son âge, a la primauté sur la femme ?

Et celui qui a célébré le mariage religieux entre un garçon de 19 ans et une enfant de 13 ans ? Vit-il à Maurice, celui-là ? Ignore-t-il les lois mauriciennes ou croit-il vivre, dans un autre pays et sous un autre régime ? Il fut un temps où c’était auprès du prêtre, du recteur, du maître d’école, de l’enseignant, que les parents désemparés se tournaient pour un conseil. Il semblerait qu’aujourd’hui, ceux qui devraient être d’un bon recours et d’un ultime secours pour les plus affligés participent eux-mêmes à l’aggravation du désarroi des plus démunis face aux difficultés de la vie.

Et le médecin ? S’il est vrai que le professionnel est astreint à un devoir de confidentialité, peut-il pour autant fermer les yeux sur le fait qu’il y a délit et infractions à la loi et ne pas rapporter les faits aux autorités compétentes ?

Quant à la police, qui n’a procédé à l’interpellation du jeune qu’hier matin, il est clair que ce sont les récents articles de presse qui ont brisé sa léthargie longue de plusieurs jours, alors que les faits déjà connus au moment du drame exigeaient une réaction à la hauteur de la gravité de la situation.

Pour elle, il est nettement plus facile de pourchasser un petit voleur de litchis chez Mario Nobin, débarquer chez des gens pour un post désagréable, traquer celui qui lance un appel à manifester contre la hausse du prix du carburant, que de veiller au respect des lois et à la protection des mineurs.

A tous ceux-là, comme au député de ce parti, qui s’est longtemps réclamé de l’avant-gardisme et du progrès, et qui a refusé de s’exprimer sur cette affaire parce le décès d’une enfant dans les circonstances que l’on sait n’est qu’une simple “polémique” à ses yeux, il y a une seule chose à dire : honte à vous !

JOSIE LEBRASSE