On avait, certes, connu des moments peu glorieux dans ce pays. Lorsque les institutions vacillaient et que même les apparences ne sont pas sauves. Comme en juillet 2005, lorsque Sir Anerood Jugnauth, président de la République, fut livré à la vindicte des fanatiques de l’alliance PTr/PMSD qui ne s’étaient pas privée pour l’humilier et l’injurier au motif que lui et son épouse s’étaient impliqués dans la campagne électorale de leur fils Pravind à Vieux-Grand-Port/Rose Belle.

La place d’Armes avait été choisie plutôt que la State House pour la prestation des membres du nouveau gouvernement. C’était comme une invitation, une incitation même au lynchage verbal du chef de l’Etat d’alors. Ce fut une bien triste page de notre histoire républicaine. Des situations comme celles-là, on pensait n’en voir qu’une seule fois dans l’histoire d’une nation qui se dit adulte et responsable.

Or, ce qui s’est déroulé dans le pays ces derniers jours constitue le summum de la honte nationale. Notre orgueil de Mauricien a pris un sale coup à la lecture des papiers sur l’affrontement State House/Government House dans des journaux étrangers à travers le monde.

Ceux qui ont animé et alimenté ce feuilleton de très mauvais goût entreront certainement dans les pages sombres de l’Histoire de la République. Célébrer ainsi les 50 ans de l’indépendance et les 26 ans de la République, franchement, c’est vraiment trop moche.

L’affaire Sobrinho et l’implication de la présidente sont des faits établis depuis le début de l’année dernière. Elle s’était disqualifiée déjà. Au lieu de venir s’expliquer, elle avait choisi d’ignorer les critiques. Même lorsqu’il fut révélé que c’est de ses services que sont parties les demandes pour que l’Angolais douteux bénéficie d’un accès VIP lors de ses passages chez nous.

Protégée par le gouvernement, Ameenah Gurib-Fakim a vaqué à ses occupations. Jusqu’à l’affaire des cartes de crédit. La machine semble avoir déraillé à partir de là. La présidente n’a accumulé que des faux pas depuis. Entre injonction stérile et messages ambigus véhiculés par des porte-parole d’occasion, on a tout vu. Lorsque cela n’a pas marché, ce sont les communiqués qui ont été utilisés pour des effets de manche qui n’ont duré que le temps d’un feu d’artifice. Il en est ainsi de cette annonce assez hallucinante d’une commission d’enquête.

Le Premier ministre n’a pas fait mieux non plus. Entre sa propre contre-performance et les approximations de ses conseillers en communication qui ont développé l’art d’occuper les antennes même lorsqu’ils n’ont rien à dire, c’était la grande confusion. Un jour, c’est Pravind Jugnauth qui parle pour demander d’attendre le Conseil des ministres du lendemain. Et le lendemain comme il n’y a rien, on nous annonce quelque chose pour le jour d’après. Au lieu des clarifications promises par le chef du gouvernement jeudi, c’est Anil Gayan qui est envoyé au front comme si c’était fait exprès d’envoyer un de sponsors de la présidente aller « debriy so difil ».

Dans toute cette histoire, un autre phénomène est remonté à la surface, celui des hommes de loi, ceux qui ont une inclination politique surtout, qui se sont improvisés experts constitutionnels et qui ont longuement devisé sur les événements, chacun y allant de sa grande certitude et de son décret définitif quant à la lecture du texte suprême.

Alors même que l’avocat de la présidente, Yousouf Mohamed, exprimait des réserves sur la démarche de la présidente d’instituer, de son propre chef une commission d’enquête, ceux qui se sont le plus distingués sont, sans conteste, les membres de la commission légale du PMSD, dont ces deux anciens membres du PTr qui ont rejoint le camp de Xavier Duval.  L’un, Kushal Lobine, connu pour avoir été un nominé politique de Navin Ramgoolam à la SICOM et à la Waste Water Management Authority et aussi comme le facilitateur des petites transactions de ses potes, Rajesh Gooljaury et Nandanee Soornack et, l’autre, Assad Peeroo qui, lui aussi, a estimé parfaitement légitime, voire légale l’annonce d’une commission d’enquête par Ameenah Gurib-Fakim. Comme si c’était eux qui avaient inspiré l’idée de cette démarche bidon.

Pour la hauteur du débat et de la discussion de qualité sur ces querelles au sommet de l’Etat, on a aussi eu droit à des avocats congédiés et à d’anciens Speakers qui ont soit refusé de partir malgré un blâme de l’Assemblée nationale ou ont été cités dans de sombres affaires. Se sont aussi fait remarquer, des opportunistes comme Salim Muthy ou Raouf Khodabaccus, un ancien du Hizbullah de Cehl Meeah, lesquels se sont constitués en comité de soutien pour lancer « pa alé madam ». Et pourtant madame la ine alé. Ces deux personnes étaient parmi les invités de marque de la Garden Party organisée par la présidente le mardi 13 mars. Ils étaient là tout comme les dirigeants de la Voice of Hindu, ce qui pousse à la question de savoir sur quels critères les invitations à célébrer l’indépendance et la République on se base pour envoyer .

On avait, dans les années 1983/86, des trafiquants de drogue notoires qui déambulaient joyeusement dans les jardins du Réduit, aujourd’hui, le dernier quidam qui se déclare travailleur social et l’activiste politico-socioculturel sont accueilli à bras ouverts à la State House. C’est ça la République ? Quel dévoiement ! Quelle caricature du concept même de République et des valeurs qu’elle est supposée promouvoir et défendre !

Quant à nous, ce que nous écrivions dans ces mêmes colonnes il y a quinze jours sous le titre « Tous coupables », ce n’était pas une vue de l’esprit ni une appréciation faite à la légère. Parce que, la présidente partie, il reste tout. L’essentiel demeure. Les autres facilitateurs et bénéficiaires d’Alvaro Sobrinho sont eux toujours là. C’est un dossier qui va hanter cette équipe, votée par inadvertance, qu’est l’alliance MSM/ML jusqu’aux prochaines élections générales. Parce que cette affaire est partie pour rester d’actualité.