HUMAN STORY - ASHNAH, 29 ANS : “Mes parents me battent et m’empêchent de m’épanouir”

Ashnah 29, ans, est victime de violences physiques de la part de ses parents. Une situation qui dure depuis sa tendre enfance. Elle confie que ses parents exercent un contrôle sur sa vie afin de la garder auprès d’eux; ils ne veulent pas qu’elle se mette en couple. Une situation qui pèse sur son moral et qui l’empêche de s’épanouir.
“Je crains mes parents. Ça a toujours été ainsi. Quand j’étais petite, je me faisais punir très souvent. À chaque bêtise que je faisais, mes parents n’hésitaient pas à me frapper. C’était surtout des gifles au visage et des fessées. En grandissant, cela n’a pas changé. Pendant mon adolescence, cela a continué. Je me faisais taper dessus si je travaillais mal à l’école, si je rentrais quinze minutes trop tard après l’école ou si je ne terminais pas complètement mon repas. Trime pou donn ou sa. Pa gagn kado nanye sa, me disaient-ils. Bien entendu, je terminais mon assiette, même si je n’avais pas faim.
J’en ai parlé à une camarde de classe à l’époque et elle m’avait dit que c’était la même chose chez elle. Cela m’avait rassurée de savoir que je n’étais pas un cas unique. Mais je pense que c’est aussi à cause de cela que je n’ai jamais essayé de décourager mes parents de me frapper.
Aujourd’hui, j’ai 29 ans et j’ai honte de dire que mes parents me frappent toujours, sans que je n’aie le courage de me défendre ou de leur demander d’arrêter. Je pense que, pour eux, je suis toujours une petite fille qu’ils doivent punir quand elle fait une bêtise.

Douleur morale.
J’ai honte de recevoir des fessées à mon âge. Quand mon père me frappe, je suis tétanisée. Je me plains, j’essaye de le prendre par les sentiments, en lui faisant savoir qu’il me fait mal, mais ça ne marche jamais. Quand c’est ma mère, c’est pire, je n’arrive même pas à sortir un mot de ma bouche. Je ne fais que pleurer. Mais ce n’est pas tant la douleur physique qui me heurte le plus, mais davantage la douleur morale. Je me sens comme une enfant. Je sens que ma personnalité ne s’est jamais vraiment développée. Mes géniteurs m’empêchent de m’épanouir. Je ne me sens pas épanouie en tant que femme et en tant qu’adulte. Je me sens contrôlée.
Pour être honnête, je n’ai jamais été battue violemment, à l’exception d’une ou deux fois ou j’ai été griffée au visage ou que j’ai eu le nez cassé. Mais je sais que ce n’était pas leur intention de me faire saigner, car ils se sont tout de suite excusés. N’empêche que mes parents me frappent. À 29 ans, c’est une situation que j’ai de plus en plus de mal à accepter.
La dernière fois, cela s’est passé la semaine dernière. Mes parents ont voulu me corriger juste parce qu’un homme m’avait abordé lors d’un mariage. Pourtant, je n’ai pas cédé à ses avances; j’ai même refusé de danser avec lui. Mais, pour mes parents, c’était de ma faute. Ils m’ont dit, en rentrant à la maison, que je n’aurais pas dû lui parler, que j’aurais dû l’ignorer. Ils ne veulent pas que j’aie de petit ami. Zot pou profit twa e zot pou fer twa soufer, m’ont-ils dit à chaque fois que j’ai évoqué le sujet. Ils ont même menacé de me mettre à la porte s’ils apprenaient que je voyais quelqu’un.

Une fessée et privée de télé.
Bien entendu, j’ai eu quelques petits amis derrière leur dos. Ils ne l’ont jamais su, sauf une fois. J’avais 24 ans. Un cousin m’a vu avec mon copain et a fait une plaisanterie à ce sujet lors d’un dîner à la maison. Dès que les invités sont partis, j’ai eu droit à une fessée et j’ai été privée de télé pendant un mois. Ils ne m’ont pas mise à la porte mais ils m’ont obligée à démissionner de l’emploi où j’étais, car ils croyaient que j’avais rencontré cet homme à mon travail. Or, ce n’était pas le cas. Pour éviter d’autres ennuis, j’ai rompu avec lui. Depuis, je ne fréquente personne.
Je pense que s’ils n’ont jamais voulu que j’aie de petit ami, c’est uniquement pour que je ne songe pas à quitter la maison. J’ai surpris quelques conversations entre eux où ils en parlaient.
C’est moi qui touche le plus gros salaire à la maison et ce sont eux qui le gèrent. Ils me donnent de l’argent de poche quotidiennement, rien que le strict minimum pour payer le transport et acheter une bouteille d’eau. Lorsque mes collègues veulent aller manger ensemble, je n’y vais jamais car je n’ai jamais suffisamment d’argent sur moi.
Si je me laisse faire, c’est surtout par amour pour mes parents. Étant fille unique, j’ai toujours su que mes parents m’aimaient plus que tout. Ils ont beaucoup fait pour moi et ont toujours été là. Ils n’ont juste jamais accepté que je ne sois plus une enfant.”