HUMAN STORY - OLGA YVONNE AGAR : Quand la doyenne donne le ton

Dire que les années n’ont pas d’emprise sur elle serait faux. Mais sa combativité, son esprit vif et son espièglerie font plaisir à voir. Elle affiche une belle complicité avec sa fille Françoise Philippe, qui l’encadre et s’occupe de son bien-être au quotidien. Cette semaine, Scope vous donne des nouvelles d’Olga Yvonne Agar qui, à 114 ans, en est presque à sa douzième décennie de vie sur cette terre !
Le temps que sa fille Françoise Philippe finisse de la pomponner, car “des journalistes attendent”, nous patientons dans une pièce de la demeure de la doyenne à Pamplemousses. En tendant bien l’oreille, nous entendons des bribes de conversation entre mère et fille. Grand-mère Olga ne semble pas se laisser faire. Elle tient à tout prix à se brosser elle-même les cheveux, malgré les remontrances de sa fille. Elle donne déjà le ton sur son caractère bien trempé.

Complicité manifeste.
Deux minutes plus tard, Olga Agar débarque en fauteuil roulant, poussée par Françoise. Très chic dans un chemisier blanc et un pantalon gris classique qui mettent en valeur ses cheveux blancs, la centenaire arbore un large sourire. “Comment tu vas, coco ?”, lance-t-elle. Notre rencontre sera entrecoupée par des pauses, où la doyenne demande qu’on lui gratte le dos. “Une de ses petites manies”, confie Françoise. Olga Agar nous fait même gentiment du chantage. En échange de quelques mots de sa part, il faut lui gratter le dos…
Sermonner sa mère quand elle rouspète, lui frictionner le dos quand elle le lui demande ou simplement la regarder affectueusement dans les yeux en lui caressant les cheveux et la joue : la complicité entre Olga Agar et sa fille est manifeste. Malgré ses 76 ans, Françoise Philippe est aux petits soins pour celle qui l’a mise au monde et s’occupe d’elle avec toute la dévotion et l’attention qu’elle mérite. Elle est à la fois dévouée et en admiration devant cette femme de 114 ans qui est restée la même à ses yeux.
“Certains jours, elle est moins éveillée, mais elle comprend tout”, confie Françoise. Selon les médecins, Olga Agar a “une santé de jeune fille”. Elle ne souffre ni de diabète ni de tension. Il y a trois ans, elle marchait. Mais en apprenant la nouvelle de la mort d’un de ses fils, elle s’est affaiblie.

Letan lontan.
Olga Agar est née le 28 juin 1903. Les lois d’antan étant très flexibles, “son père l’a déclarée trois ans plus tard. Pour l’État civil, elle a officiellement 111 ans”. Son père travaillant sur les propriétés sucrières, elle a grandi dans plusieurs régions de l’île. “J’adorais papa”, laisse-t-elle entendre. Elle épelle le nom de ce dernier : Raoul Hypollite. “C’était la petite princesse de son papa”, dit Françoise. Sa mère s’appelait Eva. Elle était couturière et la doyenne a suivi ses pas.
Olga se marie à l’âge de 24 ans avec Lois Agar en l’église St-François d’Assise à Pamplemousses. “C’est le père Seelen” qui célèbre son mariage en grande pompe. De cette union naîtront dix enfants, six garçons et quatre filles.
Entre deux frottements de dos, nous lui demandons de nous raconter letan lontan. Olga Agar semble fixer la commode en face d’elle, comme perdue dans ses pensées. Puis, elle nous répond que c’était différent. “Tous les ans, la vie change, coco.”
À 105 ans, cette dame très pieuse allait à pied assister aux messes tous les dimanches en l’église St-François d’Assise. “Avant, dans les églises, il fallait louer les bancs. Mais souvent, d’autres paroissiens prenaient les places des retardataires”, raconte Françoise. Olga précise, entre deux fous rires, que lorsque sa mère arrivait pour prendre sa place, les gens disaient : “Larenn Nwar pe debarke. Donn li so ban.”

Calme, mais sévère.
Quand elle ne papote pas avec sa fille, la doyenne fait des petites siestes dans la journée. “Je n’aime pas regarder la télé”, répond-elle quand nous lui demandons si cette activité fait partie de ses passe-temps. “Mais j’aime manger des ailes de poulet bien grillées.” Sa fille ajoute qu’elle adore aussi le pain grillé avec de la gelée. “Mo bwar tou kalite labwason, me mo prefer divin”, précise la centenaire. Fait que dément sa fille : “Non, c’est le whisky que tu préfères, maman. Elle aime les whiskys de bonne qualité.” Les deux s’esclaffent.
“Maman était quelqu’une de calme, mais sévère.” Les sorties devaient se faire en famille. Pas question de tergiverser sur la discipline. “Il y avait une heure pour sortir et une pour rentrer, même pour les garçons.” Dans les fêtes, Olga tenait les rênes, se rappelle Françoise. Difficile pour les filles de danser avec un garçon qui n’avait pas demandé la permission de le faire.
Des petits bâillements indiquent clairement que c’est l’heure de sa sieste. On ne dérangera pas plus longtemps notre doyenne. “Mo bien kontan mo’nn trouv ou. Kikfwa enn zour nou kapav zwenn dan chemin”…