« Ce projet représente sans doute le parfait exemple d’une collaboration réussie entre deux entreprises mauriciennes », explique Vincent Rogers, Managing Director du groupe Gazcarbo, en présentant son usine de dernière technologie, située à La Baraque (sud de l’île), dans le complexe cannier d’Omnicane. Une usine qui a la particularité de récupérer le gaz carbonique (CO2) issu de la fabrication d’alcool par la distillerie du groupe sucrier. « Nous transformons un sous-produit qui devait se perdre dans l’atmosphère en un produit à forte valeur ajoutée, exploitable par l’industrie locale de boisson gazeuses, et de surcroît exportable. Au final, c’est notre pays qui en sort gagnant. »
UNE ENTREPRISE PARTIE DE ZÉRO
Gazcarbo a pu se faire une place au soleil dans le monde des gaziers généralement dominé par quelques grands groupes internationaux. C’est l’oncle de Vincent Rogers, Roger Cayeux, ingénieur de formation, qui a planté la graine il y a presque 60 ans. « Il s’agissait à l’époque de développer une industrie de substitution, une alternative à l’importation de CO2 alimentaire d’Afrique du Sud pour l’embouteillage de boissons gazeuses. Petit à petit, il a acquis de l’expérience dans un métier très pointu où la moindre erreur peut avoir de graves conséquences. Aujourd’hui âgé de 90 ans, il assure encore la présidence du Board et attend impatiemment ses ‘management accounts’ tous les mois. »
Vers la fin des années 80, l’entreprise commence déjà à envisager de produire d’autres gaz : azote, oxygène et acétylène. Mais c’est en 1992, avec l’arrivée de Vincent Rogers, que les développements vont s’accélérer. « J’ai eu beaucoup de chance d’avoir pratiquement carte blanche du fondateur pour permettre à Gazcarbo de passer à la vitesse supérieure. Et surtout de pouvoir m’appuyer sur une base industrielle et financière extrêmement saine et d’arriver à constituer en quelques années une équipe très complémentaire qui a grandi avec moi… » Mais avant d’en devenir le Managing Director, ce diplômé en Business Sciences de l’université du Cap a eu une expérience de vie peu ordinaire. Après ses études, il a fait le tour du monde sac au dos en travaillant là où il pouvait. Cela lui a permis d’être professeur de français à Tokyo et « parking valet » à Washington.
EN ROUTE POUR LA DIVERSIFICATION
Gazcarbo est l’une des premières usines au monde à avoir été certifiée « Food Grade » pour sa production de CO2 par l’organisme de normalisation SGS. Mais l’entreprise ne s’en tient pas à son activité historique et se diversifie dans l’immobilier industriel en rachetant, dans les années 2000, trois anciennes usines de textile dans la zone industrielle de Phoenix. « Nous avions besoin de nouveaux espaces industriels pour notre croissance ‘gaz’. Ces investissements nous ont permis à la fois de renforcer et de dynamiser notre métier historique tout en mettant des oeufs dans d’autres paniers… ». De quoi former un groupe qui, avec son parc immobilier industriel, fournit un tremplin à une dizaine de PME en développement. « Nous avons créé une plateforme de développement et d’accompagnement des PME qui s’appuie non seulement sur notre patrimoine immobilier, mais aussi sur un centre de services. Nous leur proposons des services en stockage, en comptabilité, en ressources humaines, en informatique et en téléphonie », explique Vincent Rogers. Ce modèle permet aux patrons des PME de se concentrer sur leur coeur de métier et de bénéficier d’un support financier si besoin. « Preuve de la réussite de cette plateforme d’accompagnement, elle représente 50% de notre chiffre d’affaires ».
COOPÉRATION RÉGIONALE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE
Son implication locale n’a pas empêché le groupe Gazcarbo de jouer la carte régionale. « Nous sommes associés depuis bientôt dix ans à une famille Bénard à La Réunion. Cet accord s’appuie sur leur spécialisation dans la soudure alors que nous, nous avons apporté notre expertise gaz. Ensemble, nous avons créé le Groupe Pro Soudage qui a aussi un pôle immobilier industriel, au Port, à La Réunion ». Une présence à La Réunion qui a permis un rapprochement avec le groupe Gaïa, une référence régionale dans les énergies renouvelables. Leur collaboration a amené les deux groupes à investir dans une entreprise à Maurice, Greenzone, qui se développe depuis 2016 dans les énergies renouvelable en s’appuyant sur l’expertise réunionnaise. « Cela prouve qu’il peut y avoir des synergies entre nos deux îles et que Maurice peut s’inspirer du savoir-faire de sa voisine et vice-versa. »