IBL TECOMA AWARD — ZULAIKA SUNTHBOCUS EN POINTE DANS LE « MADE IN MORIS »

La dernière application réalisée par son entreprise Spoon Consulting est numéro un mondiale dans la gestion des images. Sportive passionnée et passionnante, Zulaika Sunthbocus a mis son énergie dans le développement de progiciels et leur exportation.

La progression personnelle de cette native de Port-Louis débute sur les bancs du réputé collège Queen Elisabeth avant d'obtenir le Higher School Certificate, puis une bourse du gouvernement français pour étudier à La Réunion. Elle y réussit un DEUG en sciences économiques avant de s'envoler pour Montpellier d’où elle ressort quelques années plus tard avec une maîtrise d'informatique en poche. Toujours en France, c'est à Paris qu'elle réalise ses premières expériences professionnelles en tant qu'analyste programmeur, notamment sur le progiciel qui va marquer le reste de sa vie professionnelle : l'Américain Oracle Business Suite.

RETOUR AU PAYS

Nous sommes alors au milieu des années 90 et son dynamisme est remarqué par la direction du cabinet PWC qui l'envoie aux quatre coins du monde pour implémenter le produit auprès des entreprises clientes. Une expérience enrichissante… « Le conseil aux clients et l'adaptation du produit aux demandes spécifiques m'a donné le côté humain de ce métier en même temps que le management d'importants projets en développement. » Mais comme chaque habitant de notre Indianocéanie le sait, l'île des origines rappelle ses enfants tôt ou tard. Pour Zulaika, ce fut l'année 2005 qui vit son grand retour marqué par l'innovation. Elle crée Spoon Consulting avec deux associés français, Gilles Boissaye et Georges Guigui, issus comme elle de PWC. À l'origine, l’idée est de représenter Oracle en tant que consultants dans la région. Mais les besoins en progiciels se faisant de plus en plus pointus à Maurice comme dans le reste du monde, c'est un oracle d'un autre type qu'elle réalise avec ses deux associés : le développement d'une Software Development Company, partant du constat que le pays dispose désormais des infrastructures et ressources humaines nécessaires.

UN PÔLE DÉDIÉ AUX APPLICATIONS POUR MOBILES

« Nous avons voulu évoluer avec les technologies de pointe comme en 2009 avec le Cloud Computing que nous avons développé à partir de licences que nous avons achetées et développées en un progiciel de Sales Force, explique Zulaika. Cette activité représente aujourd'hui 50% de notre chiffre d'affaires qui est, soit dit au passage, en progression de 20% en moyenne chaque année depuis 2012. »

L'innovation, c'est aussi le développement d'un pôle dédié aux applications pour mobiles. « Depuis cinq ans je m'occupe de la transversalité des projets, de façon à tirer le meilleur de toutes nos activités, comme la technique, le suivi et le marketing. En bref, mes deux associés sont, pour l’un, assez technique alors que l'autre assure la partie terrain et, de mon côté, j'assure la transversalité, la coordination de chaque projet. »

Un travail d'équipe qui permet le développement d'outils dans le monde du digital « Made in Moris » comme, par exemple, cette application réservée aux grands comptes d'une banque internationale à partir de laquelle ils peuvent gérer tous leurs mouvements bancaires à distance, y compris les plus délicats. Ou encore cette autre application de gestion des images qui peut se plugger sur Salesforce, application qui est aujourd’hui disponible sur AppExchange, la première place de marché d'applications métiers au monde. Une application qui prouve la capacité de Spoon Consulting à faire évoluer l’image en un outil intégré pour les entreprises. Un produit « Made in Moris » mondialement reconnu pour lequel Zulaika et son équipe se déplacent chaque année à San Francisco pour sa promotion.

UNE PASSION POUR LA PLONGÉE SOUS-MARINE

En plein développement, Spoon Consulting emploie aujourd'hui 85 personnes qui sont à 99% des Mauriciens. Des salariés qui profitent d'un environnement de travail agréable et convivial au Vivéa Business Park de Moka. Pour l'environnement, la philosophie de l'entreprise est axée sur une consommation minimale de papier et sur un total recyclage des parcs informatique et bureautique.

Le nettoyage de plages est une activité qui sera initiée bientôt et sera un peu complémentaire de l'une des passions de la dirigeante : la plongée sous-marine. Une activité qu'elle pratique aux côtés de nombreux autres sports comme le ski alpin, la randonnée ou le canyoning.


PROGRESSION

Créée en 2005 par Zulaika Sunthbocus et deux associés français, Gilles Boissaye et Georges Guigui, Spoon Consulting se développe rapidement. Le chiffre d’affaires sur la période 2015/2016 atteint 122,4 millions de roupies (environ 3 millions d’euros), en progression de 33%.

INNOVATION

Spoon Consulting intervient notamment dans le Cloud Computing (exploitation de la puissance de calcul ou de stockage de serveurs informatiques distants par l'intermédiaire d'un réseau) et dans la création de progiciels dans le monde du digital en général. Elle participe chaque année au Dreamforce, le plus grand salon mondial du cloud, à San Francisco, aux Etats-Unis. En 2017, elle y présentera son application digitale « Made in Moris » de gestion des images dans Salesforce.

DYNAMISME À L'EXTÉRIEUR

Même si son ADN est mauricienne, l'entreprise travaille exclusivement pour des clients étrangers. Notamment en Asie, en Russie, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, en Scandinavie, en Azerbaïdjan et en Australie. Elle nourrit d'ambitieux projets d'événements à Maurice tout en étendant son périmètre d'actions sur le continent africain dans le cadre de son offre Oracle E-Business Suite.

ENGAGEMENT CITOYEN

Zulaika Sunthbocus est membre de l'association mauricienne des femmes chefs d'entreprise. Son entreprise soutient financièrement chaque année des associations de défense d'enfants orphelins et de femmes battues. Pour l'environnement, la philosophie de l'entreprise est axée sur une consommation minimale de papier et sur un total recyclage des parcs informatique et bureautique.


Zulaika Sunthbocus (Spoon Consulting, informatique) : « Les femmes se battent de plus en plus pour se démarquer »
Que représente pour vous cette nomination au IBL Tecoma Award 2017 ?
IBL Tecoma Award 2017 est complètement aligné avec mes valeurs : IBL Together, dont la vision est d’avancer ensemble avec ses associés et son équipe. Tecoma marque l’innovation et l’entrepreneuriat, le seul territoire encore ouvert à l’aventure.

Votre parcours témoigne de votre ténacité à avancer. Quelles sont, selon vous, les qualités que doit avoir une femme entrepreneure ?
Apporter sa touche féminine dans le monde de l’Information Technology qui reste encore très masculin. Connaître ses points forts et ses points faibles afin d’investir au mieux son savoir-faire. Affirmer son autorité tout en sachant déléguer de façon optimale. Se servir de son intelligence émotionnelle pour le contrôle de soi et des autres afin de garder une attitude positive orientée “solution” face à tous types de situations. Respecter ses engagements, ce qui n’est pas toujours une tâche facile. Rester jeune avec le même enthousiasme, la même curiosité, et la même envie d’avoir des ailes. Être proactive et prête à affronter les challenges à tout moment

Croyez-vous à ce concept de “plafond de verre” qui empêcherait les femmes de monter jusqu’en haut des positions de prise de décision ?
Je ne crois pas qu’il y ait un concept de “plafond de verre”. Des femmes occupent des positions de prise de décision, par exemple au sein des plus grosses plateformes du monde numérique telles que Facebook, Yahoo et IBM. Notre présidente est une femme et c’est un fait marquant concernant l’émancipation de la femme. Et nous savons tous que derrière chaque homme puissant se trouve une femme encore plus puissante, comme Michelle Obama derrière l’ex-président des États-Unis. Je pense que de plus en plus de femmes sont motivées pour briser ce plafond, c’est sûrement plus difficile mais on y arrive.

Vous avez embrassé une carrière dans l’informatique. Nous notons toutefois que la politique officielle du gouvernement et de très nombreuses associations féminines, en matière d’autonomisation des femmes, ne vise qu’à les encourager à faire de la couture, de la cuisine commerciale ou de l’artisanat, entre autres. Rarement voit-on les autorités leur donner les incitations voulues pour se lancer dans les services, dans l’informatique ou dans la haute finance. Est-ce que nos femmes continuent à être victimes des préjugés machistes qui les empêchent d’embrasser des carrières prestigieuses ?
Aujourd’hui, l’autonomisation des femmes s’est orientée aussi vers les domaines techniques. Au sein de l’Association des Femmes chef d’entreprise de Maurice, dont je suis membre, nous travaillons sur des projets qui permettent aux femmes de s’épanouir dans le monde de la technologie ou de la finance, et surtout à les inciter à vivre avec le monde numérique pour promouvoir leurs services.
Je suis d’ailleurs activement impliquée dans la promotion de l’empowerment des femmes entrepreneurs à travers l’entreprise sociale Anges Pour Elles, qui a été lancée cette année.
Les préjugés machistes ont toujours existé, mais notre monde change et les femmes se battent de plus en plus pour se démarquer.