IDANTITE KONZIGE DU COLLECTIF ARC-EN-CIEL - PAULINE VERNER : “L’art parle au CŒUR et à l’ESPRIT”

Des photos artistiques, des poèmes et des textes pour vaincre l’homophobie. Voilà de quoi sera composée Idantite Konzige, exposition qu’organise le Collectif Arc-en-Ciel dans le cadre de la douzième journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Une action artistique et engagée qui, selon Pauline Verner, coordinatrice de l’ONG, demeure importante afin de faire avancer les mentalités pour un meilleur respect des droits humains.

Comment associez-vous l’art à la lutte contre l’homophobie ?
C’est la première campagne de ce genre à Maurice. C’est rare que l’art soit autant partie prenante d’une revendication de la sorte. Le collectif Arc-en-Ciel a choisi l’art comme vecteur de revendication parce que l’art est subjectif. L’art parle au cœur et à l’esprit. Il n’est ni scientifique ni mathématique. Chacun peut comprendre comme il en a envie les peintures desquelles on s’est inspirés, les photographies qu’on a réalisées et l’écriture. On mêle tous les types d’art. Les photos ne sont pas trash. C’est juste de l’émotion qui est en train de jaillir. Il n’y a pas une once de nudité : on respecte les sensibilités mauriciennes; l’homosexualité est un sujet très controversé.

Pourquoi Idantite Konzige ?
Nous parlons de thématiques qui sont liées à l’identité d’une personne. L’identité, ce n’est pas seulement l’identité de genre, ce sont toutes les caractéristiques qui font l’être humain, qui font une personne. Konzige ? Parce qu’on les conjugue dans l’exposition. On ne parle pas d’une seule caractéristique, on mélange tout. Beaucoup de sujets seront abordés. Plusieurs identités sont mêlées et réunies. C’est vraiment la réunion de déclinaisons de l’être humain. On pense toujours à un être humain type, mais il y a plusieurs déclinaisons de l’être humain. Nous mettons l’individu au centre de l’exposition, par son côté unique mais aussi par sa capacité à intégrer un groupe.

Qu’est-ce qui a poussé le Collectif Arc-en-Ciel à faire cette campagne ?
Pour la 12e Journée internationale de lutte contre l’homophobie, le Collectif avait réellement envie de faire quelque chose de différent. Si on envoie une lettre aux ministres, ils ne vont jamais la lire. En revanche, lorsqu’on fait quelque chose de novateur, on attire l’attention et on peut plus facilement faire passer des messages. L’objectif d’Idantite Konzige est de donner un coup de projecteur sur les messages que nous voulons véhiculer, comme celui de la reconnaissance légale des personnes LGBT à Maurice. Des articles de loi existent, comme l’Equal Opportunity Act et l’Employment Rights Act, mais ces lois ne les aident pas. Très peu de personnes peuvent se saisir de ces lois; si elles le font, elles seront amenées à être exposées médiatiquement.

Pourquoi ?
Certains préfèrent vivre leur homosexualité tranquillement. Pour eux, c’est déjà un pas en avant si la famille accepte le fait qu’ils soient homosexuels. Il existe comme un pacte de ne pas faire de bruit pour éviter les cancans. Pour d’autres, le fait d’être homosexuel est un secret de Polichinelle.

La situation a-t-elle changé à Maurice pour la communauté LGBT ?
Depuis deux ans, je trouve qu’il y a eu heureusement une amélioration. La presse en parle beaucoup et cela aide à changer les mentalités. Mais à Maurice, on est tous un peu hypocrites; l’homosexualité a toujours existé. Beaucoup de gens pensent que c’est une invention de l’Occident; or, ce n’est pas le cas. Être homosexuel ou transsexuel à Maurice dépend vraiment du contexte socioculturel. Par exemple, si dans une famille, les membres voyagent beaucoup et apprennent à connaître d’autres cultures, elle aura tendance à accepter l’homosexualité. Dans d’autres familles, on ne parle ni de sexualité ni d’amour et l’enfant devenu adulte n’a d’autre choix que de se marier une fois ses études terminées. Il se sentira emprisonné et ne dira jamais à ses proches qu’il ne veut pas se marier et qu’il veut se mettre avec la personne de son choix. Il quitte souvent le toit familial.

Que faut-il faire pour que la situation s’améliore ?
Il faut continuer à sensibiliser les gens et continuer à parler de manière qui ne soit pas stigmatisant. La campagne de 2015 a réellement apporté ses fruits. Il est important que les gens soient informés sur la communauté LGBT pour qu’ils puissent changer d’avis. Les gens ont tendance à être homophobes et xénophobes car ils ont peur. Cette peur n’existe pas lorsqu’ils sont bien informés.
 

Idantite Konzige
Douze œuvres composent cette exposition, visible du 17 au 27 mai à The Ground à Cassis et du 29 mai au 4 juin au Caudan. L’exposition présentera des photos de Sylvian Sebille de Réactive Studio, qui a travaillé avec SAO et Julien G de Konnektion Events pour le décor et le make-up. Shenaz Patel, Daniella Bastien et Claire Thévenau ont écrit des poèmes et des textes qui expliqueront chacun des six thèmes : Naissance, Regard des Autres, Émotions, Soutien, Affranchissement et Rêve.
Ces six thèmes sont traduits à la fois en photographies mais également en textes d’auteur pour rendre compréhensible le travail du Collectif Arc-en-ciel. Pauline Verner confie : “Si quelqu’un n’est pas sensible à l’art, il pourrait être difficile pour lui de lire le message véhiculé. En lisant les poèmes, ce sera plus facile de comprendre les photos et les tableaux qui seront exposés. On voulait vraiment fournir quelque chose de complet.”
Cette exposition s’est inspirée d’œuvres célèbres de Sandro Botticelli (peintre italien), Salvador Dali (peintre et sculpteur espagnol) ou encore Frida Khalo (artiste peintre mexicaine) et Vaco (artiste peintre mauricien). “Leurs peintures nous ont parlé et peuvent être conjuguées à la sauce LGBT au 21e siècle. Par exemple, on s’est inspiré d’un tableau de Dali qui s’appelle Gala. Cela représente le reflet de l’âme dans un miroir et une personne en train de peindre derrière l’enfant. En voyant ce tableau, nous avons tout de suite pensé à une personne transsexuelle.”