Idylle dans le trafic

Est-ce pour décoincer une image lisse ? Le petit monsieur a recours à des outrances langagières. Ce ne sont certes pas les mots épicés dont seul le mentor a le secret. Ce n’est pas mal essayé pour assaisonner un discours insipide. Discours qui possède la faculté de nous prendre pour des abrutis. Une petite revue pressée suffit pour s’en convaincre. Ainsi, le petit lance des phrases assassines du genre : licking my hands and other parts. Qu’a-t-on voulu sous-entendre par other parts ? Ce monsieur se révèle un coquin. Un fieffé taquin ?

Trois cents milliards de dette publique. De quoi nous endetter sur plusieurs générations. Il paraît que la natalité serait en berne ces derniers temps. J’avoue que je ne voudrais pas mettre un enfant au monde dans ces conditions-là. Je ne dirais pas que ce serait presque criminel, mais je le pense. Remettons-nous-en au ciel afin que le petit nous conduise à bon port. Sans pertes ni fracas. Au-delà de la politicaille, notre sort et celui de notre postérité sont en jeu.

Ce n’est pas mal de vivre à Maurice. Pour un pays subsaharien, on se démerde. Faut-il pour autant s’endormir sur ses lauriers ? J’ai cru comprendre un truc. Et Navin et Pravind ont une affaire en cour. Vous avez dit épée de Damoclès ? Nous nous abstiendrons de commentaires pour l’immédiat. Et repasserons lorsque le verdict sera rendu public. Parlons plutôt d’aujourd’hui.

C’est avec une grande émotion que mon taxi marron (la voiture est peinte en marron) et moi, nous nous sommes dit adieu, les yeux embués dans le rétroviseur. Nos regards se sont emmêlés une dernière fois. Tout est fini entre nous. Nous ne pouvons plus continuer à bat enn larout ensemble. Les autorités ne veulent pas de notre idylle dans le trafic. C’était pourtant un homme honnête. Affable, sensuel…

Je l’ai rencontré dans la place. Par un soir de pluie et de brouillard. Ce soir-là, les taximen patentés avaient déserté les lieux. Le bus avait démarré sans moi. Et lui qui me klaxonne au volant de sa voiturette kraz kraze. D’autres personnes ont pris place à bord du “taxi train”. Et depuis… que de chemin parcouru ! Discrétion absolue et tenue de route rassurante.

Sa petite caisse s’est agrandie en berline, au fil des aiguilles du temps. Enn bel loto menaz qui m’emmenait à l’hôpital, à la plage, au bout du monde… Ce lien tissé se distend. Je pourrais enfreindre les interdits, le héler à ma rescousse. Ce serait commettre une infraction. Comment faire, my Lord, lorsque le bus ne passe pas à l’heure dite ? J’espère que ce charmant Nando a prévu une desserte plus régulière et ponctuelle, un truc tip top. Ce serait la moindre des choses, mon cher Monsieur.

Ce “marronnage” avait quelque chose de noble malgré son illicité. Mon taximan aurait pu mal virer sans ce job et verser dans des magouilles, histoire de se faire un peu de blé pour nourrir femme et enfant. Le gars a choisi sa voie sur une route d’autonomie. A su éviter les impasses scabreuses et obscures.

Est-ce bien juste de lui arracher le pain de la bouche ? Et si, dans un éclair de génie, on légalisait sa condition de “marron” pour l’affranchir ? Ce ne serait pas mal. Faut que j’arrête de rêver… Les taxi maron n’ont plus droit de cité. Tant pis pour les familles et les passagers touchés par cette mesure draconienne. Drastique et inique. Tant pis…

Taxi malere faisait le bonheur des pauvres gens. Ceux qui ne voulaient pas rentrer trop tard le soir. Et surtout ne pas prendre froid. Dans le désespoir bleuté d’une rue solitaire, guetter le bus poindre à l’horizon…
Je sens le sol se dérober sous mes pieds. Je ne me calfeutrerai plus jamais sur le siège arrière, comme la petite princesse russe que je ne suis pas. On ne descendra plus m’ouvrir la portière avec un sourire charmeur. Ici s’achève notre histoire. Ici se séparent nos routes. Ici s’est déchiré mon cœur.

Sourire et gentillesse suffisaient à son charisme. Nul besoin d’invectiver les autres usagers pour démontrer sa supériorité, comme d’autres s’en prennent aux journalistes ou braient comme des ânes pour se donner une contenance. Ceux-là résonnent creux. Comme des fûts sans contenu.