Il est temps de dire stop ! Il est même urgent d’agir. La ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, qui fut elle-même une enseignante appréciée au collège du St-Esprit, doit maintenant venir dire au pays ce qu’elle entend faire pour que l’école soit un lieu d’apprentissage à la vie, au vivre-ensemble en sus d’être un lieu où les jeunes apprennent, concourent entre eux, réussissent et trouvent leur voie.

La réforme initiée jusqu’ici n’a que trop touché le volet académique, ne s’est arrêtée qu’à l’instruction. C’était important de réformer, d’imposer les cinq credits pour rehausser le niveau de tous les apprenants, mais il a sans doute manqué l’essentiel, qui est comment préparer nos jeunes à être des acteurs sociaux. Comment respecter et se faire respecter.

Même si l’école ne peut en aucun cas se substituer aux parents, premiers responsables de l’éducation des enfants qu’ils ont choisi de mettre au monde, elle n’en a pas moins le devoir de mieux armer ceux qu’elle accueille pour faire face aux défis du quotidien. Les images de jeunes qu’il nous a été donné de voir ces derniers temps et même le jour de la proclamation des lauréats venant des collèges que l’on désigne comme « star » sont tout bonnement effrayantes. Pourquoi tant d’intolérance, tant d’agressivité et, surtout, tant de vulgarité de la part non seulement des garçons, mais aussi de jeunes filles. Si elles s’expriment en proférant tous les jurons et les gros mots que le répertoire mauricien contient, comment vont-elles se faire respecter ? Si elles aussi pensent que le meilleur moyen de régler un problème est d’asséner des coups de pied ici et là, comment vont-elles s’organiser ensuite contre la violence qui va peut-être un jour s’abattre sur elles ? En répliquant encore plus fort ? Et tout cela se termine où, à la morgue ?

La violence exprimée par des collégiens qui se déroule sur la place publique, c’est déjà très inquiétant, mais lorsqu’on sait que c’est maintenant dans l’enceinte même de l’école que des faits de violence sont recensés, il faut s’alarmer. Cette semaine même, il y a eu le cas de cet élève battu avec une barre de fer pour des raisons qui sont un peu floues et qui tourneraient autour d’un ballon de foot qui aurait pris une mauvaise direction. Mais quels que soient les motifs de ce désagrément, rien ne peut justifier que la réponse soit la violence physique de cette nature.

Un des gros problèmes de l’instruction publique, c’est que toutes les activités extrascolaires ont disparu. Entre les heures de classe et celles des leçons qui suivent lorsqu’elles ne débordent pas jusqu’au dimanche, il y a finalement très peu de place pour un peu de sport, de théâtre, de culture ou de bénévolat. Jadis, des élèves en School Certificate du collège Lorette de Port-Louis organisaient des activités ludiques, théâtre et préparation de projets avec leurs homologues du collège Royal de la capitale. Dans la bonne humeur et sans arrière-pensée. Il y avait quelques attirances exprimées, des romances platoniques, mais jamais sans le respect et la bonne entente. Pourquoi de telles choses ne sont-elles plus possibles ? Il n’y aurait donc que la gare comme lieu de rencontre pour collégiens de certains quartiers ? Que c’est triste ! Comme est tout aussi malvenu cet appel à la punition corporelle. Suggérer cela révèle un sentiment d’impuissance intolérable devant une situation qui peut toujours être appréhendée et surmontée par d’autres moyens.

Lorsque les paroles, les remontrances et les rappels à l’ordre n’auront pas suffi, il restera toujours les sanctions. Pas des coups de rotin, non. Ce qui était hier acceptable ne l’est plus aujourd’hui. Ceux qui ont été ainsi battus ont peut-être survécu mais, psychologiquement, ça doit avoir laissé des traces qui expliquent bien des comportements aujourd’hui. Pas de suppression d’allocations familiales comme cela se fait dans certains pays et qui constituent souvent une double peine pour les parents démunis et précaires. Il y a quelques années, être en retenue et astreint à une journée de samedi seul au collège était tellement désagréable et honteux que cela risquait de n’arriver qu’une seule fois.

L’école doit devenir un peu comme le foot. Lorsqu’on porte l’uniforme et les couleurs d’un club ou d’un collège, on se doit de l’honorer. C’est pourquoi il faut des réactions appropriées et promotionnelles pour ceux qui ternissent l’image de leur établissement scolaire au-delà de l’enceinte de l’école. Non pas expulser les fauteurs de trouble en les jetant à la rue où ils iraient se durcir davantage, mais les encadrer. Par un suivi psychologique pour comprendre leur vécu et, probablement, découvrir leur mal de vivre, leurs manques et leurs angoisses. Et souvent aussi, leur situation d’abandon par des parents pris par leur profession, leur vie sociale. Aucun jeune n’est a priori perdu — on a vu des miracles inattendus s’opérer et des jeunes se métamorphoser après avoir été correctement encadrés.

L’heure est grave et madame la ministre doit très vite organiser une grande table ronde avec tous les acteurs de l’éducation. La drogue et la violence ont parasité le système. Il faut tout entreprendre pour endiguer ces problèmes. Si on n’agit pas aujourd’hui, on risque d’avoir des générations perdues et la société, déjà assez malade, risque de devenir incontrôlable. Lorsqu’une maman de 17 ans se fait tabasser à coups de batte de baseball par son ex-concubin alors qu’elle aurait pu choisir de ne pas devenir mère si certains actes finalement salvateurs n’étaient pas encore tabous, on aurait peut-être moins de violence à endiguer et de détresse à gérer. Et qu’une policière de 24 ans, qui manie l’arme apparemment, menace de se suicider le jour du grand commerce de la St-Valentin parce qu’elle a eu un problème de cœur avec un collègue, c’est qu’il y a quelque chose quelque part qui ne marche pas.

Continuer avec le même train-train, c’est concocter la recette du chaos. D’où la nécessité d’initiatives immédiates.