IL SERA À TAMARIN LE 11 NOVEMBRE - TONTON DAVID : “Une petite pulpe de séga dans mes chansons”

En amont du concert prévu au Big Willy’s le samedi 11 novembre, David Grammont, alias Tonton David, évoque son sixième album du bout des lèvres. Ce disque auquel participent des musiciens mauriciens sera dans les bacs en février 2018. À presque 50 ans, le chanteur regarde du côté de l’océan Indien. Nous repassons en revue quelques tubes du reggaeman d’origine réunionnaise qui a marqué toute une période. De France, Tonton David répond à nos questions par téléphone.

Tonton David, est-ce qu’on nous prend toujours pour des cons ?
Si des gens se posent encore la question, je ne sais pas quoi leur dire. Lorsque je chantais Sûr et certain à l’époque, on disait que c’était commercial. Aujourd’hui, on a l’impression qu’elle a été écrite la semaine dernière, cette chanson-là ! C’était en 1993.

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond de nos jours ?
Si mes mots ont une résonance, ma position est celle de chanter des chansons et éventuellement de remuer un petit canif dans la plaie. Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond ? J’avais une position rentre-dedans quand j’ai écrit ces paroles. Aujourd’hui, je demande aux gens de bien écouter, car certaines personnes sont grassement payées pour essayer de trouver des solutions pour nous, mais ne trouvent des solutions que pour elles-mêmes. C’est peut-être ça qui ne tourne pas rond.

Comment se présente votre concert à Maurice ?
Ce sera en live, avec des amis musiciens. Je termine un disque en ce moment avec des musiciens de Maurice. Je préfère ne pas citer de nom pour le moment. Pour le concert, on prend des camarades musiciens qu’on connaît pour rendre les choses réalisables et assurer une belle qualité. Ce n’est pas si simple de prendre toute mon équipe de Paris. Pour le concert, je jouerai quelques nouveaux morceaux, mais surtout des anciens, pour faire plaisir.

Vos succès, à l’instar de Ma Number One, figurent-elles sur ce sixième album ?
On l’a réorchestré ! C’est vrai qu’on retrouve aussi des chansons qui ont bien fonctionné. C’est une manière de repositionner par exemple Ma Number One, qui est réinstrumentalisée. La chanson est chantée de la même manière. Je vais d’ailleurs essayer de trouver des chœurs à Maurice. Tout comme pour Sûr et certain. Ce sont des chansons qui ont maintenant 25 ans. Il y a une certaine jeunesse qui n’a pas connu cela. Il me semblait opportun de remettre des petites choses qui nous ont portés. Comme Chacun sa route.

Est-ce un come-back qui se profile à l’horizon 2018 ?
Disons que je ne suis jamais vraiment parti. On n’a évidemment pas les mêmes rêves à 50 ans qu’à 25 ans. Je suis heureux car j’ai quand même quelques chansons qui ont duré. C’est une fierté. Mais est-ce que je rêve d’être sollicité comme par le passé ? Il faut l’avouer, c’était un autre temps. Un moment où l’on vendait des disques. Maintenant, tout se fait beaucoup par internet. Mais je suis bien content d’être encore dans le train.
Je ne sais pas si l’on peut parler de come-back. Mon disque est prévu pour février 2018. On a déjà seize titres. Après un mois dans l’océan Indien, on risque d’en avoir d’autres…

Quelle sera la couleur musicale de cet album ?
Il peut y avoir des surprises. Car on ne peut pas répéter les mêmes choses. Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit un album pour moi, même si j’ai collaboré dernièrement avec des artistes en France. Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit une quinzaine de chansons pour moi. Je ne peux pas écrire aujourd’hui comme j’écrivais à 25 ans.
Je ne peux pas faire du ragga comme les jeunes de maintenant. Je ne peux pas non plus rester bloqué dans le ragga de mes débuts. Il me fallait trouver une façon originale. D’où ce retour vers l’océan Indien, pour mettre dans mes chansons une petite pulpe de séga. Ainsi que des inspirations malgaches et indiennes. Si l’on réussit à faire une bonne alchimie en cherchant une petite magie des guitares et des voix… Sur ce disque-là, pour ne pas avoir l’impression de refaire la même chose, j’ai essayé d’être encore plus personnel…

Le 12 octobre, vous aurez 50 ans. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Je suis assez content, car même en étant relativement marginal, je suis arrivé comme un extraterrestre. D’un côté, le rap connaissait un gros succès et, de l’autre, les regards se tournaient sur les gars qui avaient les cheveux rastas. Pour moi, c’est une fierté d’avoir pu élever mes enfants grâce à ma musique. Surtout que notre famille à La Réunion est assez déchirée.

Quel est votre rapport à La Réunion ?
Je suis né à Paris et c’est là que j’ai grandi. J’ai effectué pas mal d’allers-retours à La Réunion. Mon père, ma mère et toute ma famille sont Réunionnais. Je suis le petit dernier, né en France. J’étais le petit enfant gâté. Quand je montrais des photos de Champigny, là où j’habitais, mes cousins disaient que c’était “la classe”, alors que moi, je rêvais de vivre à La Réunion ! Plus le temps passe, plus je veux me rapprocher de l’océan Indien.

Les cartes médiatiques sont aujourd’hui redistribuées. Comment vivez-vous cela ?
Il n’y a plus d’émissions télé comme j’ai pu en connaître. Mais je le vis bien, car j’ai réussi à faire mon petit trou de musicien; j’arrive à trouver des collaborateurs avec qui travailler. En plus, ma mentalité évolue : plus ça va, plus je me rapproche des rythmes que j’ai pu entendre quand j’étais jeune. Mon grand truc dans ces années-là était de me rendre en Jamaïque. Je suis allé en Jamaïque et on a joué au Reggae Sunsplash. C’était bien sur le moment, mais c’était juste un passage. Maintenant, avec quelques cousins, on fait des kabar, on fête la Fet Kaf. Avant, je me tenais un peu à l’écart de ces festivités. Je suis aujourd’hui capable de passer des heures entières à écouter Ousanousava, Cassiya, Kaya… Je me souviens qu’un des concerts les plus importants que j’ai faits à La Réunion, c’était avec Cassiya.

Avez-vous le sentiment du devoir accompli ?
Accompli, je ne pense pas, car j’ai le sentiment que j’ai encore à faire. Tant qu’on n’est pas sorti du jeu, on est encore dans le jeu ! J’ai encore plein de belles choses à vivre. Ce voyage qui se profile dans l’océan Indien sera un de mes grands souvenirs de 2017.

Pourquoi vous êtes-vous installé à la compagne, loin de Paris ?
Comme je travaille beaucoup avec les Allemands, je me suis rapproché de la frontière, avec ma femme et mes quatre enfants. La campagne me permet de ne pas être trop dépassé, car mes objectifs et mes rêves passent désormais à travers mes enfants. J’aimerais bien qu’ils aient une bonne vie. Et lorsque je serai sûr que mes quatre enfants auront une bonne vie, alors seulement, je pourrai me dire : mission accomplie.


En bref
David Grammont commence à faire ses premiers pas dans la musique à la fin des années 80 avant de signer son premier titre, Peuples du monde, dont le refrain tourne en boucle. “Issus d’un peuple qui a beaucoup souffert / Nous sommes issus d’un peuple qui ne veut plus souffrir.” L’artiste s’engage d’emblée et publie son premier album, Le blues des racailles, en 1991.
Mais c’est trois ans plus tard que le titre Sûr et certain lui ouvre la porte du succès à grande échelle. La chanson se classe neuvième des meilleures ventes de singles en France. Chacun sa route, interprétée par le groupe KOD & Katché & Oryema et enregistrée pour le film Un indien dans la ville, explose dans les classements.
La carrière de Tonton David se poursuit avec l’album Allez leur dire, emmené par les titres Ma Number One et Il marche seul. L’artiste collabore ensuite avec Cheb Mami sur Fugitif et Doc Gyneco sur l’album Liaisons dangereuses.


Tonton David à Tamarin
Tonton David sera au Big Willy’s de Tamarin pour un concert qui débutera à 21h et qui réunira plusieurs artistes. Jason Heerah, Otentikk Groove, Kaso (de France) sont aussi programmés pour cet événement de Live N Direk Entertainment. Les billets sont en prévente à Rs 400 et Rs 1,000. Ils coûteront Rs 500 et Rs 1,200 à la porte, le soir de l’événement. Disponibles chez Otayo.