IMELDA : Des dégâts de 20 % aux cultures vivrières à Rodrigues

Des opérations de débranchage grandement facilitées par le déploiement des membres de la SMF affectés à Rodrigues
  • Rodrigues en situation de black-out, quelque 12 000 abonnés sans électricité avec des lignes de haute tension à terre au plus fort du cyclone tropical
  • Le CEB prévoit un retour à la normale d’ici jeudi avec le secteur commercial et des affaires reconnecté en priorité d’ici cet après-midi
  • 10 % du réseau des télécommunications, principalement dans la région de l’aéroport, hors d’usage
  • La reprise des liaisons aériennes Maurice/Rodrigues annoncée pour cet après-midi avec un retard de 11 vols à rattraper
  • Réunion ce matin à Port-Mathurin du Disaster Committee présidé par le chef commissaire Serge Clair pour dresser un bilan complet d’Imelda
  • Intervention de la SMF et de la police pour évacuer 39 scouts surpris par le cyclone dans leur camp à Mourouk
  • À ce matin, circulation rétablie sur les principaux axes routiers dégagés des obstructions cycloniques
  • Les dossiers des 162 sinistrés recensés dans les centres de refuge soumis à la NEF après enquête

Avec la levée de toute alerte cyclonique en début de soirée d’hier et le cyclone tropical Imelda à son point le plus rapproché de l’île tard dans l’après-midi, Rodrigues s’est réveillée ce matin avec des dégâts conséquents pour le secteur agricole et des routes impraticables en raison des obstructions principalement sous forme d’arbres et de branches déracinés. L’un des secteurs le plus affectés reste le réseau électrique avec des lignes de haute tension à terre et de ce fait à ce matin, l’île était en situation de black-out et ce, depuis la fin de journée d’hier. Le Disaster Committee, sous la présidence du chef commissaire de l’Assemblée Régionale de Rodrigues, Serge Clair, s’est réuni d’urgence ce matin pour dresser un premier bilan provisoire chiffré et pour prendre connaissance du plan d’action élaboré dans les principaux secteurs à Rodrigues pour un retour à la normale dans les meilleurs délais. À noter qu’à ce matin, Imelda n’a fait aucune victime à Rodrigues, sauf trois blessés, dont un a dû subir ce matin une intervention chirurgicale pour des tendons sectionnés en plein passage du cyclone tropical.
Des rafales avec une pointe de 120 kilomètres, qui ont balayé Rodrigues depuis la mi-journée d’hier, ont endommagé le réseau électrique. Dans un premier temps, toute la région Est, notamment Pointe-Coton, Rivière-Banane, Rivière-Coco et des environs, avait été privée d’électricité, soit quelque 7 000 abonnés. Toutefois, avec la détérioration du temps et le cyclone Imelda à son point le plus rapproché dans l’après-midi, ce fut le black-out total à Rodrigues.
À ce matin, les premières réparations menées par des techniciens du Central Electricity Board, avec le concours des spécialistes en la matière au sein de la Special Mobile Force, ont permis de rétablir la fourniture d’énergie électrique pour 10 % des abonnés. La région de Port-Mathurin, le principal centre d’activités économiques de l’île et abritant le siège du gouvernement régional, a été alimenté en électricité.
Lors des délibérations du Disaster Committee, le responsable du CEB, Jim Payen, a fait comprendre que vu les dégâts sur le réseau et la progression des travaux de réparation, il faudra s’attendre à un retour à la normale dans un délai de 48 heures, soit jeudi matin. Le secteur du commerce et des affaires sera privilégié dans le programme de reconnexion au réseau électrique. Le CEB réclame la prudence et la patience de la part des abonnés dans la conjoncture.
Toujours au chapitre de l’infrastructure, les routes de l’île étaient devenues impraticables depuis hier en raison des obstructions causées par des arbres. Des représentants de la Commission de l’Infrastructure publique ont entrepris un Survey général depuis ce matin pour une évaluation des dégâts au réseau routier.
Avec la collaboration des membres de la SMF, déployés depuis très tôt le matin, les principaux axes routiers menant du chef-lieu Port-Mathurin à l’aéroport de Plaine-Corail ont été déblayés pour permettre la circulation routière entre les agglomérations. Des membres de la SMF, des sapeurs-pompiers et des employés des différentes commissions étaient à pied d’œuvre, bénéficiant de l’aide d’un excavateur pour déblayer les routes et les radiers encombrés. À certains endroits, la route a été coupée en raison des débordements des cours d’eau.
Le réseau des télécommunications a été mis hors d’usage dans les régions de Plaine-Corail avec des câbles sectionnés à hauteur de Montagne-Cabris. Environ 10 % des abonnés du téléphone sont affectés depuis. Les techniciens de Mauritius Telecom se sont déjà attelés à la tâche en vue de réparer les fautes.
Du côté de l’aéroport Sir Charles Gaëtan Duval, le retour à la normale devra être initié dès cet après-midi avec la reprise des liaisons aériennes entre Maurice/Rodrigues/Maurice. Le premier vol a été annoncé pour 14 heures 30. Mais le département de Planning de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, aura du pain sur la planche pour rattraper les 11 vols de retard accumulés depuis dimanche. À la mi-journée, très peu de détails étaient disponibles quant à la reprogrammation de ces différents vols de Maurice et de Rodrigues.
Le secteur de l’agriculture a été affecté par le passage d’Imelda dans les parages de Rodrigues, en particulier par une surabondance de pluies. Sur la base des premières indications sur le terrain de la Commission de l’Agriculture de l’Assemblée Régionale, Serge Clair évalue le manque à gagner à 20 % après Imelda. Les cultures les plus en difficulté sont le maïs, les haricots et les oignons dans les régions de Montagne-Malgache, Mourouk et de Port-Sud-Est. La récolte de limons de Rodrigues semble être compromise pour l’instant.
Le chef commissaire a lancé un appel aux services spécialisés de la Commission de l’Agriculture pour un état des lieux plus approfondi des champs de maïs, de haricots et d’oignons endommagés dans une tentative de les récupérer.
Les services de la Sécurité sociale ont recensé 162 réfugiés dans les centres. Le chef commissaire a réclamé une enquête détaillée sur chacun des cas, soit l’état des maisons entre autres, en vue de soumettre leurs dossiers à la National Empowerment Foundation (NEF) pour une éventuelle assistance. Les responsables du centre communautaire du village de Petit-Gabriel ont été sollicités en plein cyclone pour venir en aide à une dizaine de personnes, dont un bébé d’un mois, surprises sur la route par la détérioration du temps.
Lors d’une patrouille, hier après-midi, la police avait intercepté deux femmes et huit enfants, dont le bébé d’un mois, marchant le long de la route à Petit-Gabriel, alors que le cyclone tropical Imelda se rapprochait de Rodrigues. Ils se rendaient à pied à Baie-Topaze, leur village natal. Vu la distance à parcourir et le temps qu’il faisait, l’assistance des membres du centre communautaire de Petit-Gabriel fut sollicitée pour les héberger pendant la nuit. Des lits de fortune, des chaises et des matelas aussi bien que des vêtements de rechange furent mis à leur disposition. Sains et saufs, ils devraient rentrer chez eux en cours d’après-midi.
De leur côté, 39 scouts, qui avaient établi leur camp dans la région de Mourouk, ont eu la peur de leur vie avec le débordement de la rivière Mourouk. Ils étaient devenus prisonniers des eaux. Ils ont dû faire appel à la police et à la Special Mobile Force pour leur évacuation de cette zone devenue dangereuse avec les pluies torrentielles accompagnant Imelda.
Imelda n’a fait que trois blessés, dont une victime ayant à subir une intervention chirurgicale. Mais le secteur de la Santé se retrouve avec un problème très grave. Le principal hôpital de l’île, le Queen Elizabeth II Hospital de Crève-Cœur, ne dispose plus d’une goutte d’eau. Le réservoir de l’hôpital a été vidé de son contenu depuis hier après-midi quand le raccord d’alimentation a été sectionné. Des mesures d’urgence ont été prises ce matin en attendant les travaux de réparation.
Au chapitre des principales lacunes relevées, les participants à la réunion du Disaster Committee de ce matin ont souligné l’urgence de la mise en place d’un Management Disaster Centre pour une meilleure coordination des opérations sur le terrain en période de catastrophe naturelle. De leur côté, les représentants des sapeurs-pompiers ont mis l’accent sur les difficultés rencontrées lors des interventions avec la seule caserne installée à Port-Mathurin et l’absence cruelle de pompes et autres équipements de base.