Ganessen Annavee
Président de l’Union
tamoule de Maurice

L’Union tamoule de Maurice existait déjà depuis presque deux décennies, fondée par un laboureur fils de laboureurs, Permal Soondron, dont nous saluons aujourd’hui la vision, quand Maurice accéda à l’Indépendance. Elle était déjà très active au plan socioculturel, avec 52 branches à travers le pays et fut la première organisation à enseigner le tamoul aux niveaux primaire et secondaire, malgré les moyens limités d’alors.

Nombreux ceux à la barre aujourd’hui étaient trop jeunes à l’époque pour prétendre avoir pu saisir, alors, toute la signification de cet événement historique, que même les aînés – nous le comprenons aujourd’hui – pouvaient difficilement prévoir toutes les possibilités qu’offrait ce changement de statut, tous les défis qu’il allait occasionner… même les déceptions!

De 1968 à ce jour, l’Union tamoule de Maurice, tout en restant farouchement apolitique, a toujours su apporter sa contribution dans la construction de notre nation arc-en-ciel qui, il faut bien le reconnaître, a connu des hauts et des bas, bien que n’ayant jamais sombré dans les divisions sectaires destructrices qu’ont connues de nombreux pays pluriethniques qui, comme nous, se sont joints à ce grand élan d’indépendance ayant soulevé de nombreux territoires sous tutelle dans le sillage de la Deuxième Guerre mondiale.
D’après ce que nous ont relaté nos aînés qui ne sont plus actifs aujourd’hui, certains plus de ce monde, les cinquante années passées ont vu l’Union tamoule de Maurice – qui ne se targue pas d’être l’unique représentant de la communauté – s’établir néanmoins comme le fer de lance dans les grands combats pour la défense des intérêts de ce groupe minoritaire qui, un demi-siècle après la libération du joug colonial, se bat toujours pour une reconnaissance légitime de certains droits fondamentaux, pour se sentir à l’aise dans notre nation pluriethnique.

L’Union tamoule de Maurice, qui n’est pas une association de revendications, encore moins un ‘lobby’, reconnaît que l’Indépendance nous a ouvert de nouvelles avenues, que les possibilités d’avancement sont énormes, nouvelles perspectives que nous aurions aimé voir bénéficier à tous dans une plus large mesure de justice naturelle et d’équité, deux objectifs majeurs de l’Union tamoule de Maurice. Ce sentiment pernicieux qui persiste que ‘some are more equal than others’, bien que nous concédions qu’il n’y a jamais eu d’ostracisme délibéré. L’équité, il est vrai, quand elle est pratiquée, échappe souvent à l’attention puisque découlant de la justice naturelle ; mais l’iniquité saute aux yeux.
Ci-dessous, en vrac, quelques-uns de nos principaux griefs pour lesquels nous nous évertuerons à nous battre pour obtenir, enfin, satisfaction, aussi longue et ardue soit la lutte:
(1) La représentativité des Tamouls au sein des instances dirigeantes du pays qui s’est constamment rétrécie au fil des années. À l’heure actuelle, seulement deux représentants à l’Assemblée nationale. (Les Tamouls n’ont jamais bénéficié du système ’Best Loser’). Ici il n’est nullement question de ‘quota’ que l’Union tamoule de Maurice rejette comme rétrograde.
(2) On préconise officiellement l’épanouissement des langues orientales, mais le tamoul n’est pas enseigné dans des établissements confessionnels, ce qui entrave ceux qui veulent poursuivre des études supérieures.
(3) Nos demandes répétées pour une parcelle de terre de l’État pour la réalisation d’un projet d’envergure, un ‘multi-purpose complex’, dont le transfert de notre siège qui a fait son temps, ne pouvant plus accommoder notre siège administratif, l’Aile féminine, l’Aile jeune, Club du troisième âge, Club des professionnels, École de danse, École d’informatique, etc. – autant d’activités qui complémentent les efforts de l’État – privilèges accordés à d’autres (cette liste est loin d’être exhaustive).

Ce 50e anniversaire de l’accession de Maurice au statut d’indépendance, au vu de ce que nous avons constaté durant les décennies passées, sert aussi d’occasion d’attirer l’attention sur l’indifférence grandissante des Tamouls en général, qui ne mesurent pas pleinement le danger d’une telle attitude ; voire la défense de ‘vested interests’ à l’intérieur même de la Communauté, au détriment du vœu de la grande majorité. Nos coreligionnaires comprendront de quoi nous parlons. Où est passé cet élan spontané qui força les autorités à faire amende honorable quand l’écriture tamoule sur des billets de banque fut inversée ? Aujourd’hui, il y a beaucoup plus important que cette maladresse à corriger. Nous perdons nos repères, notre identité propre, notre droit à la différence qu’entrave notre ‘assimilation’. Dans le large sens du terme, nous sommes Hindous, mais Tamouls avant tout, sans intention de vouloir balkaniser pour autant notre jeune République.

Ce 50e anniversaire de notre libération du joug colonial peut ne pas sembler approprié pour étaler notre liste de ‘revendications et griefs’, mais un demi-siècle de souveraineté n’a pas suffi à éliminer des injustices criardes, des disparités qui interpellent, pour réaliser des promesses archi-répétées, comme la ‘méritocratie’ réclamée à cor et à cri par de nombreux secteurs. Pourquoi ces appels répétés même aujourd’hui, un demi-siècle après l’indépendance ? Faudrait-il qu’un jour quelqu’un expose ce que cache l’appel répété pour ce principe, toujours promis à l’approche des scrutins mais mis au placard aussitôt après, le fait de gouvernements successifs!

En tant qu’observateur neutre, l’Union tamoule de Maurice qui pense sentir qu’un regain de confiance prend naissance, qu’un désir renforcé de faire avancer le pays vers un palier supérieur de son développement économique et social apparaît, à l’amorce de la deuxième moitié de notre premier siècle d’existence en tant qu’État souverain (nous souhaitons ne pas nous tromper), prie pour la réussite de notre marche en avant. Mais il y a un prix à payer, un impératif à respecter, ‘Everybody (really) on board’. Que ce slogan ‘d’unité dans la diversité’, dont se glorifient nos gouvernants lors d’assemblées internationales, pour ne pas être qu’un vernis, soit aussi ‘équité malgré la diversité’.
Vive la République de Maurice!