Maurice pourrait être le premier pays à voir 100 % de sa production sucrière bénéficier d’une certification Bonsucro, une garantie que le sucre provient de fournisseurs écologiquement et socialement responsables. C’est le constat fait par le directeur de Bonsucro et le directeur pour l’Afrique, respectivement Simon Usher et Boudewijn Goossens, qui étaient à Maurice au début du mois à l’invitation du Syndicat des sucres et d’Omnicane.
La certification Bonsucro a été développée par la Better Sugarcane Initiative Certification, un ancien groupe de parties prenantes du secteur sucrier préoccupé par les impacts sociaux et environnementaux de la production de canne à sucre. C’est ce qu’explique Jean Claude Autrey, qui siège sur le conseil d’administration de Bonsucro et qui préside le Technical Advisory Board de l’agence. « Au départ, dit-il, l’introduction d’une certification n’avait pas été bien accueillie, les producteurs y voyant une nouvelle barrière non tarifaire. Aujourd’hui, tout le monde est conscient que cette certification est devenue un atout incontournable dans la mesure où elle dotera les producteurs certifiés d’avantages sur la concurrence en s’adaptant à l’évolution des attentes des consommateurs ».
De nos jours, tous les gros consommateurs mondiaux de sucre ont adhéré à Bonsucro, notamment Coca-Cola et Nestlé, auxquels se sont joints des consommateurs de produits énergétiques, comme l’éthanol, ou des fabricants de bioplastiques à partir de la canne à sucre, comme Shell ou BP. Coca-Cola a même construit en Thaïlande une unité de bioplastique en vue de fabriquer des chopines.
Sinon Usher relève qu’il y a aujourd’hui « une prise de conscience mondiale » concernant la rareté des terres et de l’eau. Considérant que la population mondiale est passée de 3 milliards en 1950 à 7 milliards en 2010 et qu’elle devrait atteindre les 9 milliards en 2050, il est important que les terres et les eaux soient utilisées et gérées de manière durable afin de nourrir la population mondiale, et ce, en ayant la meilleure productivité possible. Raison pour laquelle les consommateurs à travers le monde sont de plus en plus exigeants par rapport au caractère écologique et social des produits, lesquels doivent être manufacturés de manière responsable.
En vue d’obtenir une certification de Bonsucro, les producteurs doivent démontrer qu’ils sont propriétaires de terres exploitées, qu’ils pratiquent la bonne gouvernance de manière à bénéficier de la meilleure productivité possible à tous les niveaux sans avoir recours à la main-d’oeuvre forcée — aux esclaves ou aux travailleurs engagés, voire à la main-d’oeuvre infantile — et que cette production se fasse dans le respect de l’environnement. Les usines et autres producteurs de canne à sucre doivent, en outre, en premier lieu, adhérer à l’agence Bonsucro. La certification est accordée après que les producteurs et planteurs ont démontré, par le biais d’un audit effectué par une agence indépendante, que tous les standards sont respectés. À noter que la certification Bonsucro couvre non seulement la production sucrière, mais tous les autres produits obtenus de la canne. Pour le moment, seule Omnicane en est membre à Maurice. Bonsucro compte quelque 500 membres dans le monde, dont les plus gros consommateurs sucriers.
« L’audit Bonsucro préalable à la certification comprend une évaluation d’indicateurs de production clé, tels que votre consommation d’énergie et d’eau et vos émissions de gaz à effet de serre. La conformité réglementaire, le droit du travail, une source de nourriture locale sûre et continue et d’autres facteurs humains concernant l’impact de la production sur la population locale sont également évalués », font ressortir les représentants de Bonsucro. Ces derniers, durant leur séjour à Maurice, ont rencontré les dirigeants de compagnies et les planteurs, à la salle Boname. Ils ont également eu des séances de travail avec Omnicane, Medine, Terra et Alteo.
« Nous sommes dans la bonne voie », constate Jean Claude Autrey. « À partir de ce qu’on a vu à Omnicane, nous sommes convaincus que la production sucrière de l’usine sera certifiée Bonsucro à la prochaine saison », estiment Simon Usher et Boudewijn Goossens. « Si toutes les compagnies sucrières adhèrent à Bonsucro, la production usinière pourrait être certifiée dans deux ans. Le seul problème réside dans les planteurs individuels, qui devront se regrouper ou créer des sociétés coopératives. Ce qui ne devrait pas être difficile dans la mesure où les planteurs sont déjà familiers au système “smart agriculture”. Dans ce cas, toute la production sucrière mauricienne pourrait bénéficier d’une certification Bonsucro, ce qui sera une première dans le monde », soulignent les représentants de Bonsucro.
Pour Devesh Dukhira, CEO du Syndicat des sucres, une telle perspective boostera considérablement la commercialisation du sucre mauricien à l’international. « Notre sucre bénéficiera d’un avantage compétitif indéniable face à la concurrence », conclut-il.