INFRASTRUCTURE PORTUAIRE: L’offre de partenariat de DP World/CHCL rejetée

Dubaï n’avait prévu que 23 millions de dollars US (Rs 800 millions) au cours de deux ans alors qu’en Somalie, le montant est de Rs 16 milliards

Presque après deux ans de consultations et de négociations entre le gouvernement et DP World Ltd en vue d’un partenariat stratégique avec la Cargo Handling Corporation Ltd, le deal a été rejeté officiellement. La prochaine réunion du conseil des ministres, vendredi, prendra note de la recommandation du comité interministériel, présidé par le vice-Premier ministre et ministre des Terres, Showkutally Soodhun. Cette instance, qui s’est réunie hier, s’est penchée sur les conclusions des consultants de BDO au sujet des propositions soumises par DP World Ltd en vue de conclure ce deal. Des indications glanées de sources autorisées confirment que quatre facteurs majeurs ont poussé le comité ministériel à fermer le dossier de DP World Ltd avec des intérêts indiens de Bangalore bien en selle pour assurer le relais du développement dans le port, soit la perte de contrôle dans le port du gouvernement au profit d’une minorité, des investissements qualifiés d’insignifiants de la part de DP World Ltd pour les deux prochaines années, les risques de concentration entre les mains d’un unique opérateur étranger et un « mismatch of risk-reward ».
Dans les milieux concernés à l’hôtel du gouvernement, se basant sur le rapport présenté par des consultants, on soutient que le partenariat stratégique DP World Ltd et Cargo Handling Ltd ne constituait nullement une Win-Win Situation ni pour l’avenir du port ni encore pour les quelque 1 200 employés dans ce secteur névralgique de l’économie. En principe, dans le cadre de ce partenariat, le gouvernement devait détenir 60 % de l’actionnariat avec six représentants sur le conseil d’administration et quatre pour le compte de DP World Ltd. Toutefois, le document présenté au comité ministériel met en garde contre le « strong commitment of DP World to the effect that it wants to exercise significant influence over the Cargo Handling Corporation Ltd ».
En effet, DP World Ltd n’a pas caché ses intentions au niveau du contrôle des opérations dans le port avec une mainmise quasi-totale sur l’Operating Committee, vu que sur cette instance de cinq membres, trois devaient représenter les intérêts de DP World Ltd. Qui plus est, cette société de Dubaï avait réclamé que la nomination du Chief Executive Officer, du Chief Operating Office et du Chief Financial Officer, soit tous les postes stratégiques, relève de DP World Ltd avec le gouvernement n’ayant pas son mot à dire à ce sujet.
En sus de cela, DP World Ltd avait prévu qu’elle devrait être consultée et partie prenante de toute décision stratégique concernant le port. « Strategic Reserved Matters are more of a protection clause for minority shareholders instead of being strategic in nature and Corporate Reserved Matters are wide in nature, therefore as minority shareholder, DP World Ltd will exercise significant influence », note encore le document de BDO, qui sert d’argument pour le rejet du deal.
Le comité ministériel a exprimé de sérieuses réserves au sujet du montage financier de DP World Ltd et également l’absence de visibilité sur des projets pour le développement des opérations portuaires. Dans ses premières propositions, DP World a exclu les Net Pension Liabilities de l’ordre de Rs 1 milliard et autres « available-for-sale financial assets, capitalised concession rights, prepayments and deferred tax figures », ramenant l’évaluation à seulement Rs 364 millions alors que le Transaction Adviser avait évalué les avoirs à Rs 584 millions. DP World Ltd aurait également fait état de sa réticence à financer les 25 millions de dollars annoncés pour l’amélioration de l’infrastructure technologique dans le port.
Un autre point litigieux, classé au chapitre des « Deal Breakers » est que DP World avait prévu des investissements de 23 millions de dollars au cours des deux prochaines années dans le développement de la Special Economic Zone de Jin-Fei à Riche-Terre sur une superficie de 325 arpents. « Investment too low for exclusivity for exploitation of SEZ ($ 442m) in Somali, $515m in Pakistan », avance l’analyse des consultants en guise de comparaison.
À ce chapitre, DP World Ltd était des plus catégoriques sur la garantie du bail de 99 ans de l’Exclusivity for Logistics Activities. Les autres facteurs qui ont ajouté à l’échec de ces discussions sont « lack of plan on how to generate economic activities, no information on DP World’s proposed activities and Failure of DP World to agree on Key Performance Indicators », sans compter que les emplois dans le port n’étaient pas garantis.
Avec le Game Over pour DP World, le gouvernement compte se tourner vers des intérêts indiens pour le port, notamment avec le grant accordé par New Delhi et un engagement de la Mediterranean Shipping Company Ltd, un des plus gros clients de la Cargo Handling Corporation, intéressée à accentuer des activités à partir de Port-Louis.


Ashok Subron : « Une question de souveraineté nationale »
Ashok Subron, un des animateurs de Rezistans ek Alternativ, qui a été à l’avant-plan de la lutte contre le partenariat stratégique entre DP World Ltd et la Cargo Handling Company Ltd et par extension la privatisation du port, demande au gouvernement de mettre un terme aux négociations. Il maintient que cette affaire relève d’une question de souveraineté nationale.
« Se enn kesyon suverennte nasyonal, sekirite interyer, osi byen ki efisyans portyer. Enn pei pa kapav investi otan miliyar dan modernizasyon so lepor, pu lerla sed kontrol aktivite portyer a lot konpanye kontrole par enn Leta etranze. Li kler ki DP World ki kontrole par Leta EAU ule enn kontrol “prinsye” de tu aktivite portyer morisyen osi byen ki gayn akse a plis ki 325 arpan lor enn bay 99-an. Dayer bann premye propozisyon sete enn kontrol 75 % CHCL », note Ashok Subron, qui ajoute que des emplois étaient en danger dans le port avec le recrutement massif d’étrangers envisagé.
Rezistans ek Alternativ réclame la réintégration immédiate de l’ancien président de la Port-Louis Maritime Employees Association. « Rezistans ek Alternativ osi profit lokazyon pu reklam re-intergrasyon imedyat san kondisyon avek tu so tan servis, de Alain Edouard, ki finn lisansye par Xavier Duval ek so bann “zom” ek ki finn sibir enn santaz “odieu” pu prepar terin pu privatizasyon lepor. Kabine bizin osi koriz sa linzistis flagran, sinye Xavier Duval », conclut Ashok Subron.