Moment lourd d’émotions, ponctué de larmes et de souvenirs pénibles, ce matin, pour les familles des 11 victimes des terribles inondations du 13 mars 2013. En présence de plusieurs personnalités, dont le DPM Xavier-Luc Duval, la vice-Présidente de la République, Monique Ohsan-Bellepeau, et le ministre Alain Wong, entre autres, les parents et proches de Keshav Ramdharri, Amrish et Trishul Tewary, Vikesh Khoosye, Sylvia et Jeffrey Wright, Simon “Margéot” Henriette, Rabindranath Bhobany, Vincent Lai Kin Wong Tat Chong, Retnon Navin Sithanen et Christabel Moorghen se sont recueillis, le temps d’une prière.
« Douler la li reste mem ; souffrans la ankor parey. Kot kapav bliyer… » Vinod Khoosye est le père de Vikesh, qui a perdu la vie ce tragique samedi 30 mars 2013. Ce matin, il peine à retenir ses larmes : « Les gens vous disent que le temps passe et qu’on finit par oublier. Mais comment puis-je oublier mon unique fils ? Comment accepter qu’il ne soit plus là ? Chaque jour qui passe, chaque événement, chaque activité, c’est à lui que nous pensons en premier… Il aurait fait telle chose ou aurait participé à telle fête… Mais il y a trois ans, tout a changé. Plus rien ne sera comme avant. Il n’est plus à nos côtés, nous ne pouvons le voir vivre, avancer dans la vie… Des fois, je me demande, pourquoi est-ce que le bon Dieu me l’a pris ? Est-ce qu’il ne pouvait pas lui laisser la vie sauve et prendre la mienne plutôt… »
Inconsolables, Sharda Ramdhari, mère de Keshav, et soeur de Brinda Tewari, mère de Amrish et Trishul, le sont tout aussi bien. Les deux femmes sont toujours très affectées par les disparitions de leurs fils et neveux respectifs ce jour-là. Pour la première nommée, « mo zanfan sa… Li ankor dan mo lizie. Tulezur res pense limem ». Elle explique que c’est surtout « mon mari qui vit péniblement cette tragédie… Depuis la mort de Keshav, il fait des va-et-vient à l’hôpital. Sa santé n’est plus la même. Il est devenu très fragile et ne parle presque pas… » La soeur de Sharda, Brinda Tewari, pense surtout à ses deux petits-enfants, Deeya, 8 ans, et Kushal, 11 ans : « Tan ki mo pou vivan, mo pou guette zot. » Cependant, relève cette grand-mère courage, « j’aurais souhaité que l’État comprenne dans quelle situation difficile nous vivons… Ce n’est pas facile avec seulement la pension de veuve que je touche de subvenir à tous nos besoins. Mes fils étaient tout pour nous. Ce sont eux qui faisaient tourner la maison. Maintenant nous n’avons rien… » Elle explique, certificat médical en mains, avoir « fait des démarches pour une pension, mais le ministère de la Sécurité sociale a rejeté ma demande. Je voudrais lancer un appel au gouvernement. Nous sommes des familles pauvres. Aidez-nous… »
Marie-Hélène Henriette, soeur de Simon “Margéot”, originaire de Rodrigues, et Leela Devi Rambhujun, mère de Retnon Sithanen, se joignent à Brinda Tewari : « Si l’État pouvait nous aider, partiellement, ce serait bien. » Vinod Khoosye et Alan Wright reviennent à la charge : « Bon nombre de victimes de cette tragédie étaient les “bread winners” de leurs familles. Depuis leur décès, ces familles sont démunies. » Les années passent, « mais on ne peut que vivre dans le souvenir de nos chers disparus ».
Alan Wright soutient que « ces 11 Mauriciens sont des apôtres, des fils du sol. Ils ont trouvé la mort dans une catastrophe naturelle. En tant qu’apôtres, ils nous prêchent un message commun, envers l’État, la municipalité, la société civile. Celui de nous rappeler cette terrible tragédie, pour que nous prenions chacun nos responsabilités et que plus jamais aucun Mauricien ne perde la vie dans de telles circonstances ». De ce fait, conclut celui qui a perdu son épouse et l’un de ses fils, « cette Emotional Memorial Ceremony, nous allons autant que possible la garder comme un devoir de mémoire, une activité régulière ».
A noter que le Rassemblement pour l’unité de Selven Patten a une nouvelle fois marqué sa présence.