INONDATIONS DU SAMEDI 30 MARS À PORT-LOUIS : Sévère réquisitoire de SAJ contre le PM et le ministre Bachoo

"De par son indécision, Navin Ramgoolam n'est pas apte à diriger le pays", affirme l'ancien président de la République

Sévère réquisitoire de l'ancien président de la République et leader du Remake 2000, sir Anerood Jugnauth, contre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, hier matin, lors d'une conférence de presse très largement consacrée aux inondations du samedi 30 mars dernier à Port-Louis. Pour lui, par son "indécision", Navin Ramgoolam n'est pas apte à diriger le pays et devrait s'en aller. Sir Anerood trouve également qu'il est temps pour Anil Bachoo de partir. "Dans un pays réellement démocratique, un ministre comme Bachoo aurait dû avoir démissionné depuis longtemps", estime-t-il. C'est d'ailleurs ce que souhaite, selon lui, la majorité des Mauriciens.
SAJ trouve que la population est "dans un état de choc" après les inondations meurtrières du samedi 30 mars dernier. "Lors de ma visite à Canal Dayot, j'ai pu lire la psychose et la tristesse sur le visage des sinistrés que j'ai rencontrés", dit-il. Il y a aussi, selon lui, un sentiment de révolte qui anime depuis la population dans son ensemble. Celle-ci, explique-t-il encore, s'interroge sur ce qui se serait advenu si cette catastrophe s'était produite en semaine, un jour d'école, à un moment où l'ensemble de la population active aurait été au travail.
Sévère dans ses propos, l'ancien président de la République trouve qu'une fois de plus, le Premier ministre n'a pas été à la hauteur. "Ramgoolam est, dit-il, incapable de prendre des décisions et de diriger le pays et c'est la population qui paie les pots cassés". Le leader du Remake 2000 accuse le service météorologique d'avoir, soutient-il, "induit la population en erreur" dans la mesure où le bulletin émis par la station de Vacoas, le jour du drame, ne laissait en rien supposer que les pluies qui allaient s'abattre sur l'île allaient être d'une telle intensité.
Alors que, explique SAJ, aucun mort n'a été déploré juste à côté, à l'île de La Réunion, en dépit d'une pluviométrie de 400 mm, l'on aura eu à compter 11 morts pour 152 mm de pluies chez nous. Sir Anerood note que bien que le Premier ministre a tenté, dans un premier temps, de défendre le service météorologique qui tombe sous sa responsabilité, le directeur de la station a bien dû, finalement, "admettre" que la station de Vacoas avait "induit la population en erreur". Pour l'ancien président de la République, cela est arrivé en raison, notamment, de l'absence d'un radar.

"Lev paké allé !"

Soulignant le fait que le chef du gouvernement a laissé entendre que le radar existant est hors service depuis 2002, soit au moment où lui-même (SAJ) était Premier ministre, sir Anerood dit "mettre au défi" quiconque qui viendrait établir qu'il avait été mis au courant de cet état des choses à l'époque. "Qu'a fait, pour sa part, Ramgoolam pour équiper la station d'un tel équipement, lui qui est au pouvoir depuis 2005 ?", se demande-t-il. Selon SAJ, c'est après que le directeur de la station a donné la raison de la prévision approximative du temps le jour fatidique du samedi 30 mars qu'il aurait été appelé à "lev paké alé".
"Le plus grand coupable, c'est Navin Ramgoolam lui-même, et c'est lui qui devrait s'en aller", réclame le leader du Remake 2000. Pointant du doigt un autre service tombant sous la responsabilité du chef du gouvernement, à savoir la police, sir Anerood l'accuse, elle aussi, de n'avoir pas été à la hauteur de ses responsabilités. La police, selon lui, serait intervenue trop tard. Alors qu'il y a des caméras de surveillance dans la capitale, affirme SAJ, il ne s'explique pas "le retard d'intervention de la police". Il cite notamment le recours "très tardif" aux hélicoptères.
Autre service qui essuie les critiques de l'ancien président de la République : la MBC. Sir Anerood accuse en effet la radio/télévision nationale de s'être fait prier pour informer la population des dangers en cours et d'avoir joué un rôle "infect" pour "couvrir" et "protéger" le gouvernement, qu'il accuse de n'avoir tiré aucune leçon des précédentes inondations, celles du 13 février, toujours à Port-Louis. Il s'interroge par ailleurs sur la somme avancée de Rs 500 millions qui aurait été dépensée depuis cette date pour l'aménagement de drains.
SAJ s'en prend, dans un deuxième temps, au ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo : "Il est temps aussi pour lui de prendre sa retraite !" Il évoque, comme tant d'autres, l'absence de tout entretien des drains et autres canaux d'évacuation des eaux pluviales, ainsi que l'aménagement de parapets sur l'autoroute qui ont, soutient-il, empêché le bon écoulement des eaux torrentielles vers la mer. Le leader du Remake 2000 parle aussi des travaux entrepris sur la Ring Road "sans canalisation adéquate" des eaux provenant de la Montagne des Signaux.

"Ramgoolam seul maître à bord"

"Et Bachoo, s'insurge SAJ, a le culot de nier tout cela et prétend que ce sont les slabs qui ont été installés du côté de Rogers House quand j'étais Premier ministre qui sont responsables de cette catastrophe ! Pourquoi ne parle-t-il pas des slabs que le ministre travailliste, Siddick Chady avait, lui, mis en place tout le long du Ruisseau du Pouce ?" Il avance que, dans le passé, il est arrivé d'avoir une pluviométrie de plus de 200 mm à Port-Louis sans que cela ne cause des inondations dans les environs de Rogers House.
Le leader du Remake 2000 évoque aussi le rapport de la Wastewater Management Authority (WMA), datant de 2011, évoquant le risque qu'avec les travaux en cours sur la Ring Road, les drains ne se retrouvent bloqués. "Tout comme le rapport du juge Bushan Domah, ce rapport, dit-il, n'a pas été considéré et dort dans un tiroir". "Dans un vrai pays démocratique, un ministre comme Anil Bachoo aurait dû avoir démissionné depuis longtemps", affirme SAJ. Pour lui, si le ministre en question n'a pas le courage de prendre une telle décision, le Premier ministre n'a, de même, pas le courage de lui demander de partir.
Mais l'ancien président de la République n'en démord pas. Pour lui, en effet, le premier des responsables est avant tout le Premier ministre. "Ramgoolam, explique-t-il, dit toujours qu'il est le seul maître à bord. D'ailleurs, tous ses ministres ne manquent jamais une seule occasion de dire – avec tant de révérence – comment tout ce qu'ils entreprennent ne découle que de la seule vision du Premier ministre". Revenant aux sujet des parapets installés sur la Nationale, sir Anerood se pose la question de savoir si ceux-ci n'avaient effectivement rien à faire avec les inondations, pourquoi ils ont alors été démolis, après avoir été aménagé à grands frais.
Pour lui, puisqu'il y a eu mort d'homme lors de ce drame, si l'ouverture d'une enquête judiciaire est dans l'ordre des choses, une telle enquête ne visera qu'à établir la responsabilité de ceux qui sont responsables de ces morts. Pour sir Anerood, il convient, comme le demande le Remake 2000, qu'une commission d'enquête soit parallèlement instituée pour situer les responsabilités à tous les niveaux. "Xavier Duval a lui-même reconnu que Bachoo a fané", déclare SAJ, qui soutient que si un sondage était organisé ces jours-ci, la grande majorité des Mauriciens aurait exigé le départ immédiat du ministre des Infrastructures publiques.