Photo : David Ademas/ Ouest-France

Seattle, ville de Jimi Hendrix, Bill Gates, Boeing, Nirvana, Starbucks, Amazon… et des vieux chewing-gums mâchés. Depuis 25 ans, ils recouvrent par milliers une ruelle du centre-ville transformée en fresque multicolore. Pas très ragoûtante, mais franchement rock’n’roll.

Paris a ses cadenas d’amour du pont des Arts. Rome, ses pièces jetées dans la fontaine de Trévi. Et Seattle… son mur du chewing-gum, le « Gum wall ». Bien plus qu’un mur, en fait, puisqu’il s’étale de chaque côté de Post Alley, une ruelle cachée sous le très fréquenté marché de Pike Place (le paradis des poissonniers et des fleuristes). Depuis le début des années 1990, les passants viennent y écraser le fruit de leur mâchouillages.

Photo : David Ademas/ Ouest-France

L’histoire veut que tout ait commencé en 1993, au n° 1428, devant l’entrée d’un café-théâtre, le TheatreSports Improv Comedy : coincés dans la file d’attente, des spectateurs auraient eu l’idée de décorer la façade avec leurs vieux chewing-gums. Le top départ d’une surenchère potache et déjantée.

Au fil des ans, des centaines de milliers de petites boules molles se sont accumulées sur les murs de briques. Sur deux mètres de haut, ça colle, ça coule, ça dégouline jusqu’à l’écœurement.

 La plupart se contentent d’écraser leur pâte à mâcher imbibée de salive. D’autres, plus inspirés, dessinent des fleurs, des animaux, des étoiles, des cœurs ou… des zigounettes. Le résultat – impressionnant – est à mi-chemin entre le dessous-de-table crasseux d’un écolier mal élevé, et l’authentique œuvre d’art. Mais ce bouillon de culture microbien n’est pas vraiment du goût des autorités. Pas très hygiénique, surtout à côté d’un marché alimentaire, ni bien terrible pour les murs : le sucre, le bicarbonate, l’élastomère, les colorants et autres composants ont une fâcheuse tendance à ronger la brique.

Du coup, un grand nettoyage a été décidé, fin 2015.

Photo : David Ademas/ Ouest-France

Pendant trois jours, les agents de la ville ont décapé à l’eau chaude et à haute pression les murs de Post Alley. Après 130 heures de travail, ils ont ramassé plus d’une tonne de vieilles gommes !

Trois ans plus tard, les murs sont à nouveau recouverts de pâtes multicolores. Seattle n’est pas un cas unique. Une autre ville des États-Unis a également sa rue du chewing-gum : San Louis Obispo, entre San Francisco et Los Angeles (Californie). Elle aussi a été nettoyée plusieurs fois. Et les chewing-gums sont toujours revenus. Collants.

-Ouest-france.fr