Le leader du FLN, Ismael Nazir

Ismael Nazir, le leader du Front Libération National (FLN) estime que les élections générales se tiendront bientôt. Car, dit-il, le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, « ne sera pas en mesure de présenter le Budget 2018-2019, car l’Inde ne lui viendra pas en aide cette fois-ci ». De plus, le FLN aspire à faire alliance avec des partis dits progressistes pour prendre le pouvoir du gouvernement.

Quel est votre regard sur la situation politique à Maurice ?
Nous avons l’impression d’être dans un panier rempli de crabes, qui vont dans tous les sens. L’Assemblée nationale ne fonctionne plus comme il le fallait. Les parlementaires étaient autrefois dans une alliance, dont la majorité dans le gouvernement. Donc, ils n’évoquent pas les questions qu’il faut. De plus, il y a des questions qui restent sans réponse. C’est inacceptable, surtout dans un pays souverain. Par ailleurs, nous avons un gouvernement désespéré qui fait toute sorte de concessions pour rester au pouvoir, même en allant contre les aspirations de la population et en endettant le pays comme jamais auparavant. Il y a une croissance catastrophique de la dette publique, qui a caractérisé les trois ans du gouvernement au pouvoir. Si nous faisons une comparaison, la croissance économique est d’environ 3%, alors que la croissance de la dette publique est de 30%. Quand l’alliance Lepep est arrivée au pouvoir, la dette publique s’élevait à Rs 224 milliards et aujourd’hui, elle a dépassé la somme de Rs 290 milliards.

Quel bilan dressez-vous de Pravind Jugnauth en tant que Premier ministre ?
Depuis que Pravind Jugnauth est au poste du Premier ministre, la situation s’est aggravée dans le pays. La mafia est encore plus confiante d’elle-même et la drogue entre au pays facilement. D’ailleurs, le nom du Premier ministre a été cité lors des interrogatoires à la commission d’enquête sur la drogue. Et je trouve étonnant que le président de la Commission, Paul Lam Shang Leen, ne l’ait toujours pas convoqué.

Pensez-vous à une possibilité que le PTr remonte cette année ?
Le PTr porte un poids lourd, qui n’est autre que le leader, Navin Ramgoolam. Si un nouveau Labour prend naissance, sans Navin Ramgoolam, il sera plus bien accueilli par la population. Navin Ramgoolam doit envisager sa retraite politique et passer la main aux jeunes. Il semble que le PTr ira seul aux prochaines législatives puisque Arvin Boolell ne parvient pas à quitter le leader des Rouges.

Et votre avis sur le MMM ?
Le MMM ira seul aux prochaines législatives. Il y a trop de défections dans ce parti. Je ne vois aucun parti qui voudrait faire alliance avec le MMM. C’est pourquoi le parti mauve essaye de ratisser large.

Pourquoi pensez-vous que les élections générales ne tarderont pas à venir ?
Ce gouvernement tient sur un brin de fil. Par exemple, le Premier ministre doit capituler devant Ivan Collendavelloo en ce qui concerne le problème de l’eau à Maurice. Si le Muvman Liberater (ML) quitte le gouvernement, il sera encore plus fragile. D’où la raison au FLN pour laquelle nous croyons que le gouvernement est en train de faire toute sorte de concessions. Par ailleurs, l’Inde est venue en aide à l’île Maurice à deux reprises pour faire le budget. Je ne pense pas qu’il y aura une troisième fois. C’est pour cette raison que je crois que les élections générales se tiendront avant la présentation du Budget 2018-2019.

Vous avez invité le Mouvement 1er et Rezistans ek Alternative à s’allier au FLN. Quel est l’objectif derrière ?
Le Mouvement 1er-Mai et Rezistans Ek Alternativ sont deux partis progressistes. La population ne veut plus entendre parler des partis traditionnels. Je pense que ces deux partis vont faire une remontée, ensemble avec un nouveau PTr. Je n’ai rien contre le PTr mais Navin Ramgoolam est devenu un poids lourd. Le FLN avec un nouveau PTr, le Mouvement 1er-Mai et Rezistans ek Alternativ représentent l’avenir du pays. De plus, le FLN est solidaire avec Rezistans ek Alternativ pour sa lutte contre l’accaparement de la plage de Pomponette. Le FLN pense que la mise sur pied d’une cour constitutionnelle est importante pour évaluer toutes les lois présentées au Parlement, voire les décisions du Conseil des ministres. Je félicite Jack Bizlall qui a inclus une Cour constitutionnelle dans son projet de nouvelle Constitution pour une deuxième République.

Pourquoi le FLN croit fermement que le départ d’Ameenah Gurib-Fakim de la présidence est un coup d’État ?
Ameenah Gurib-Fakim n’est pas partie de son propre gré. Le “Criminal Code” stipule qu’on ne peut forcer un président dans l’exercice dans ses fonctions. L’ancienne présidente de la République a clairement indiqué qu’elle ne démissionnerait pas, même si elle doit se présenter devant un tribunal. Jamais un président de la République n’a subi ce qu’Ameenah Gurib-Fakim a subi, avec tous les propos d’un Premier ministre à l’encontre de la dame. Si le Premier ministre trouve qu’elle a commis une faute, qu’il vienne avec une motion au Parlement. De plus, le départ forcé de la présidente intervient dans le cadre du 50e anniversaire de l’Indépendance du pays.

Donc, vous croyez qu’elle n’a pas commis de faute…
Nous ne souhaitons pas porter de jugement à ce sujet. Selon certains, elle a violé la Constitution. Personnellement, je crois que seuls la Cour suprême ou le Conseil Privé sont en mesure d’interpréter la Constitution.

Vous dites que le Premier ministre n’a aucun droit d’initier une commission d’enquête sur l’ancienne présidente. Pourquoi ?
En tant que présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim avait le droit d’émettre un communiqué pour annoncer la mise sur pied d’une commission d’enquête. Par contre, ni le Conseil des ministres ni le Premier ministre n’ont ce droit. Je pense que Pravind Jugnauth a beaucoup de choses à cacher. D’où la raison pour laquelle il se cache derrière cette commission d’enquête.

En ce qui concerne la drogue dans le pays, vous ne semblez pas satisfait de la commission d’enquête initiée…
Je suis d’avis que le président de la commission d’enquête n’a pas complété sa mission, car il n’a pas convoqué certaines personnes dont les noms ont été cités lors des interrogatoires, nommément Pravind Jugnauth et Geanchand Dewdanee. Par contre, l’ADSU a réalisé un grand coup en saisissant une importante quantité de drogue.

Parlez-nous du combat du FLN contre la « braderie du patrimoine », qui est Agalega…
C’est la preuve que nous avons un gouvernement en faillite, qui veut réaliser des projets pour montrer le contraire. Nous entendons dire qu’il construira 10 000 logements avant 2020. En ce qui concerne Agalega, la situation est grave. Je me demande si Pravind Jugnauth n’a pas commis un délit ou un outrage au Parlement. Interrogé par l’opposition sur le dossier Agalega, le Premier ministre n’a donné aucune explication. C’est un outrage parce que Pravind Jugnauth a refusé de produire les documents concernés au Parlement. La Constitution ne donne aucun pouvoir à qui que ce soit pour retrancher des parties de ce territoire.

Quel avenir réserve le FLN pour le pays ?

Le Front Libération National (FLN) aspire à changer la manière de pratiquer la politique à Maurice. D’abord, nous ne voulons pas dépenser sur les campagnes électorales, car nous estimons que c’est une sorte de corruption. Le FLN invite toutes les personnes, et même les parlementaires, à se joindre à nous pour mener le combat. Nous aspirons à gouverner avec le soutien de la population. Notre combat portera, entre autres, contre la croissance de la dette publique.