La Fintech a été annoncée comme nouveau pilier de la croissance économique à l’instar de l’intelligence artificielle et de la technologie Blockchain dans le Budget 2018/2019. D’ailleurs, une des recommandations d’un comité de haut niveau sur la Fintech est la mise en place d’un National Regulatory Sandbox Licence Committee pour les activités liées à ce secteur. Dans le but de faire connaître la Fintech, toujours à un stade infantile, Polytechnics Mauritius a invité Jacob Bar-Shalom, fondateur du Financing and Innovative Consulting Services et spécialiste en Fintech, l’innovation et l’entrepreneuriat. Pendant trois jours, cet expert a expliqué aux décideurs politiques, banquiers et ceux directement liés à la Fintech non seulement l’importance de ce secteur mais également la manière de le développer. Il nous a accordé un entretien.

Pourriez-vous nous parler de l’objectif de votre visite à Maurice ?
Le but est de présenter, pour la première fois, la technologie financière et tout ce qui y est lié. Il vise aussi à montrer tout ce que nous pouvons apprendre de l’expérience mondiale et voir la position de Maurice dans cette industrie. Le fait que Maurice se trouve dans une bonne position géographique, la flexibilité qui existe grâce à sa petite communauté et la maîtrise de trois langues permettront au pays de développer ce secteur. Tout est cependant une question de temps. Maurice pourra faire son entrée dans ce secteur afin de pouvoir trouver des solutions pour elle-même.

L’éducation a été un point sur lequel vous avez accordé beaucoup d’importance. Après votre formation, pensez-vous que nous avons du potentiel au niveau de la Fintech ?
Je pense que Maurice fait un bon début. Le fait est que le pays se trouve entre l’Asie et l’Afrique et peut offrir des solutions aux deux continents. Mais pour dire si Maurice est prête, il faudra d’abord avoir les ressources. Il faudra réunir les universités, voir leurs programmes et quel type d’éducation offrir pour la Fintech. Après cette étape, il faut voir quels sont les avantages que peut offrir le pays par rapport à d’autres. Mais je constate que la vie à Maurice est meilleure que ces cinq dernières années. Nous devons savoir ce qu’il faut en termes d’éducation et de ressources. Ensuite, il faut comparer ce que le pays possède déjà avec ce dont il manque pour être prêt. Maurice n’est pas loin de pouvoir démarrer la Fintech car j’ai constaté que les gens la comprennent. La Fintech présente en effet plusieurs avantages.

Dans combien de temps Maurice pourra devenir un hub pour la Fintech dans la région ?
Maurice ne peut perdre de temps. Le marché est en constante croissance et cinq ans seront un laps de temps trop pour le pays. D’ailleurs, de grandes compagnies font déjà des investissements dans la Fintech et nous voyons de plus en plus de “start-up” ayant opté pour cette solution. Si Maurice veut avoir un rôle de leader et ses propres start-up, afin de les montrer aux autres pays, il faudra bouger très vite. Si on peut former encore plus de gens dans les différents secteurs, on peut réfléchir sur ce qu’il faut faire. Il faut non seulement penser pour aujourd’hui et demain, mais aussi se poser les bonnes questions. La Fintech n’est pas quelque chose que l’on doit commencer car elle existe déjà. Nous devons la saisir et la traduire selon nos goûts. Je ne crois pas qu’il serait un problème de faire venir des gens de l’extérieur pour aider le pays.

La Fintech semble s’étendre en Afrique. Comment se positionne Maurice par rapport au reste du continent ?
Nous devons d’abord faire la comparaison entre Maurice et le reste du continent. Certaines choses qui se font en Afrique ne marcheront pas à Maurice car le continent est immense et sa population aussi. Je ne dis pas que Maurice ne pourra pas offrir de solutions aux pays africains car votre pays présente des avantages, comme de réunir les affaires et le tourisme, sans compter que le pays peut attirer plus de personnes que les pays africains. Maurice possède aussi des atouts plus attirants que d’autres pays africains. En ce sens, le pays doit davantage se comparer à Singapour qu’à l’Afrique. Il faut penser en ce sens. Il faut établir un objectif et bouger rapidement. Il faut que toutes les parties prenantes soient incluses. En combinant les universités et les banques, elles pourront discuter pour trouver des solutions. Une fois que les gens commencent à comprendre ce qu’est la Fintech, ce secteur croîtra rapidement.

Certains clament que la Fintech a du mal à progresser au même rythme que les avancées technologiques. Qu’en pensez-vous ?
La Fintech se développe à grande vitesse et est présente partout. Lorsque nous parlons de la Fintech, il faut avoir à l’esprit que tout ce que nous faisons relève de la Fintech. Tout ce que nous faisons est de la Fintech. C’est une grande industrie qui vient de commencer. Peu de personnes parlent du Blockchain et de la Crypto Currency. Cette industrie couvre presque tout ce que nous faisons. Je pense que nous en sommes au début.

Où en est-on concernant la technologie Blockchain ? Est-elle totalement sans risque et réellement transparente et sécurisée ?
C’est la technologie la plus sécurisée que nous avons. C’est très difficile de la pirater. La façon qu’elle est faite est digne de confiance. Personne ne peut la contrôler. Jusqu’à maintenant, personne n’a pu la pirater. Les banques et les compagnies d’assurances ont commencé à l’utiliser pour garder leurs informations. Le Blockchain a apporté une grande révolution car nous pouvons échanger des informations sans que personne puisse s’en mêler. De plus, nous pouvons le faire de manière transparente. Même si elle est au stade infantile, il faut l’utiliser.

Les Fintechs représentent encore un faible pourcentage du marché mondial mais sont en croissance. Dans combien de temps, selon vous, arriveront-elles à maturité face à l’industrie bancaire ?
Dans plusieurs industries, telles l’assurance, le paiement numérique, le tourisme, la Fintech accroît en volume. Toutefois, tout son potentiel n’est pas utilisé. En ce sens, c’est vrai car les gens ont toujours une crainte lorsqu’il y a des banques et des services financiers. Par exemple, en Afrique, ceux qui n’utilisent pas les banques vont vers les services financiers. Nous constatons également que le “Crowdfunding” prend de l’ampleur aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Afrique pour lever des fonds sur l’Internet. Même si nous n’avons pas encore exploité tout le potentiel, il est énorme.