Jean-Christophe Victor : « Un défaut de l'accord de la COP 21 est qu'il n'est pas contraignant et sans mécanisme de sanction »

L'anthropologue et expert en géopolitique, Jean-Christophe Victor, a disparu subitement le 28 décembre dernier. Nous l'avions rencontré au cours de son séjour à Maurice en février et vous proposons ci-dessous un entretien que les circonstances ne nous ont pas permis de publier à cette période. L'auteur de l'émission, Le Dessous des Cartes, avait donné deux conférences qui ont connu un grand succès d'affluence, l'une à l'IFM sur « L'état du monde qui vient » et l'autre à la résidence de France sur « Un monde vivable pour tous : que faire après la COP 21 ? ». Il avait aussi rassemblé suffisamment d'éléments pour consacrer une de ses émissions à Maurice, qui a été diffusée la première fois en mai sous le titre « Île Maurice : au-delà de la carte postale ». « L'espace des mondes polaires », le musée qu'il évoque ci-dessous, ouvre finalement début février, dans le Jura en France.

Vous avez déjà consacré votre émission Le Dessous des Cartes à l'océan indien. Pouvez-vous nous en situer les grands enjeux sur le plan géopolitique ?
J'ai fait deux émissions, une sur les grandes lignes maritimes et l'autre sur la rivalité entre l'Inde et la Chine. Cette rivalité maritime entre l'Inde et la Chine à laquelle il faut ajouter la présence anglo-américaine, est une réalité quand on sait que la Chine devient une puissance maritime. Tout ceci est connecté avec la sécurisation des lignes commerciales qui se situent quand même à la sortie du Moyen-Orient d'où continue à sortir le pétrole commandé par l'Asie et la Chine, tout ça transitant par l'océan Indien. Mais la Chine a fait il y a une dizaine d'années des investissements majeurs dans deux couloirs terrestres, l'un passant par le Pakistan et l'autre par la Birmanie, ce qui fait que le pétrole et le gaz qui la ravitaillent, ne passeront plus par le détroit de Malacca… Le pétrole, dont la Chine est le plus gros importateur au monde, transite actuellement par Bab-el-Mandeb, il croise au cap sud de l'Inde, remonte et passe par Malacca, le détroit de Formose avant d'arriver à destination. La donne devrait changer avec cet investissement dans un couloir énergétique terrestre entre le port de Gwadar au Pakistan et le Xinkiang chinois, de même qu'en Birmanie, où le port de Sitwe va permettre de livrer dans le Yunnan chinois.

Pourquoi éviter les lignes maritimes de l'océan indien ?
Pour ne pas être pris dans le goulot d'étranglement du détroit de Malacca ou de Formose en cas de conflit, zone que la flotte américaine sécurise. En cas de tension, la Chine enlève une partie de ses livraisons. C'est un des enjeux de l'océan Indien qu'on ne connaît pas. Après la rivalité Inde/Chine et les lignes maritimes commerciales, le troisième enjeu est les fonds marins, en termes de ressources halieutiques, de profondeurs marines, de biodiversité, de brevets, etc. Maurice n'est pas au cœur de tous ces enjeux parce qu'elle est quand même très au sud de ces lignes commerciales, mais comme le pays veut se poser de plus en plus comme un hub entre l'Asie et l'Afrique subsaharienne, ces aspects ne sont pas négligeables.

L'océan indien est plus important pour l'Inde dont les frontières terrestres sont fermées par l'Himalaya que pour la Chine qui dispose d'autres frontières terrestres et du Pacifique…
Oui c'est très important pour l'Inde mais il faudrait aussi qu'elle sorte de cette rivalité complètement dépassée avec le Pakistan. J'ai travaillé dans cette région en tant que jeune diplomate et j'ai pu constater que le logiciel géopolitique des élites pakistanaises est complètement bloqué. Si je suis optimiste, ils ne peuvent pas se permettre de faire la guerre mais d'un autre côté, ils ont besoin de montrer leurs muscles. Cela nourrit la mécanique nationaliste pakistanaise pour garder le peuple en éveil. Ils sont incapables de passer à autre chose, tout comme Israël aussi d'ailleurs, dans une autre région. En psychanalyse, on se fixe sur un truc qui fait souffrir et finalement ça vous nourrit et vous identifie en même temps. Ça vous fait souffrir et vous êtes votre souffrance. Transposés dans la grande péninsule, les Pakistanais sont incapables de sortir de ce logiciel vis-à-vis de l'Inde, alors que le problème n'est pas là. C'est évidemment l'islam radical qui est au cœur de ces rivalités.

On a parfois l'impression que les passions finissent par l'emporter…
Oui et non, car si les passions l'emportaient, les armes parleraient… Il y a toujours des espèces de petits clapets intérieurs ou extérieurs qui font que la guerre n'a pas lieu, mais l'irrationalité — plutôt que la passion — n'est jamais loin. Quand, par exemple, vous analysez les facteurs de guerre en 1912, 13 et 14, la passion l'a emporté avec un emballement médiatique peu courant à l'époque. L'armée française tenait ainsi sa revanche sur Sedan. Pourtant des gens très raisonnables disaient "mais vous êtes complètement fous". De même en 39, il y avait un aveuglement complet sur l'état de l'armement de l'Allemagne nazie. Donc parfois la passion l'emporte.

Les images de votre émission sont essentiellement faites de cartes. Qu'apportent-elles d'unique et indispensable qu'aucun autre document ne peut apporter ?
La carte est tout d'abord un outil pédagogique et cette émission marche très bien depuis vingt-cinq ans, tout simplement parce que les gens adorent apprendre. Elle marche grâce à la fidélité d'Arte, mais surtout parce que les gens sont heureux de se dire qu'ils ont compris quelque chose. Une de mes rares fiertés est que des gens super modestes, dans le bus ou les bagages d'Orly, me félicitent et se montrent heureux d'avoir appris quelque chose, et j'ai aussi des généraux, des hommes politiques ou des décideurs qui les utilisent.
Deuxièmement, les cartes sont des outils d'analyse. Si vous superposez des données, vous avez comme un bain chimique, et une explication qui surgit. Quand vous voyez la présence de certains groupes ethniques qui ont les pieds sur des ressources minérales, vous comprenez un certain nombre de positions ou de conflits. Par exemple, les Chiites des marais sont sur les ressources pétrolières du sud-est de l'Irak et les Kurdes sur celles du nord-ouest. Les Tikritis sont au centre parce qu'ils étaient là où il y avait l'agriculture, entre le Tigre et l'Euphrate. Quand vous faites apparaître ces couches carte par carte, que vous superposez les données, c'est très efficace.
La carte a aussi une dimension esthétique. Les cartes anciennes sont plus belles que les cartes actuelles. Elles sont moins justes mais elles font clairement apparaître la dimension historique. Si par exemple vous superposez la carte de l'Empire ottoman, la carte des mandats de la Société des Nations en 1922, les frontières britanniques et françaises qui découpent le Liban, la Syrie et l'Irak, puis la frontière aujourd'hui que l'État islamique a fait sauter entre la Syrie et l'Irak, quand vous faites ce va-et-vient entre le temps présent et le temps historique, vous avez une explication très intéressante de ce qui se passe aujourd'hui, pour laquelle les cartes anciennes sont indispensables…

Vous parlez de l'État du Levant auquel l'État islamique se réfère ?
Tout à fait, c'est la vision qu'ont les islamistes intégristes d'un état du Levant et de l'Orient où l'islam n'était qu'un et où finalement les états et les principautés n'existeraient pas. Ils ont commencé à faire sauter ces frontières et évidemment leur idée est de continuer. Attention, certains avancent que les cartes disent tout, mais pas du tout : elles sont totalement muettes et ne disent que ce qu'on leur fait dire… Donc par principe, il faut s'en méfier car on peut parfaitement faire de la manipulation politique ou historique avec ces outils. Il faut savoir rester extrêmement humble vis-à-vis des faits. Nous menons un vrai travail de recherche en allant collecter nos données aux sources, dans des rapports économiques par exemple. Curieusement la carte a de l'autorité et c'est pour cela qu'il faut aussi s'en méfier. Les cartes marocaines mentent en incluant le Sahara occidental, ce qui n'est pas reconnu comme tel par les Nations unies. Les cartes chiliennes mentent aussi en incluant une partie de l'Antarctique…

Vous manifestez régulièrement votre attachement aux questions d'environnement. Que pensez-vous de la COP 21 qui s'est tenue à Paris en novembre 2015 ? Croyez-vous à la mise en application des engagements qui en sont sortis ?
La baisse du prix du baril de pétrole qui est descendu entre 30 et 35 $ est à ce titre à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. C'est une mauvaise nouvelle car cela incite à l'utiliser massivement. Cette baisse explique d'ailleurs une légère relance de la consommation en France. Mais ce prix de vente extrêmement bas fait aussi que les producteurs n'ont plus intérêt à investir dans les explorations pétrolières… Chaque jour d'exploration coûte en effet à peu près dix millions de $, un investissement qui devient dès lors plus long et difficile à amortir, quand on entre en phase d'exploitation. Le nombre de sites d'exploration qui se sont arrêtés ces six derniers mois est à ce titre tout à fait significatif car ce n'est plus rentable. Le bon prix devrait être de 90 à 100 $. Pas mal de compagnies pétrolières et même d'états se retirent, notamment dans l'Arctique.
Par ailleurs, pour certains états qui ne sont que pétroliers, comme l'Algérie, le Nigeria, l'Angola, le Venezuela, ou même la Russie, ce prix est une catastrophe. L'Algérie où je suis allé en novembre, a conçu son budget 2016 en se basant sur un baril à $ 62… L'État est donc obligé de puiser dans sa cagnotte et d'aller à la banque. Au Venezuela c'est pareil. Ces états n'ont jamais diversifié leur économie. L'Algérie a même cessé d'être un pays agricole et importe son alimentation en raison de ses relations avec l'Europe. À l'inverse, d'autres états pétroliers se sont intelligemment diversifiés depuis une dizaine d'années comme Dubaï, les Émirats, le Qatar, et d'une façon mineure l'Arabie saoudite.
Le prix du baril de pétrole détermine en partie la réponse que vous me demandez… La baisse du baril qui rend le pétrole moins rentable fait qu'il devient de plus en plus intéressant d'investir dans le renouvelable, d'autant plus que ce dernier devient de moins en moins cher à la production. Maintenant il existe tellement de paramètres à prendre en compte pour pouvoir répondre à votre question. Un des défauts de l'accord de la COP 21 est qu'il n'est pas contraignant et sans mécanisme de sanction. Là où il est remarquable, c'est que tout le monde était présent et a signé. C'est exceptionnel, je me demande si on avait déjà réuni autant de pays depuis la charte de San Francisco, en 1945 pour les Nations unies. Tout le monde a signé mais en même temps, ce texte ne comprend même pas les mots "énergie renouvelable", car l'Arabie saoudite n'en voulait pas.

En même temps, malgré cette unanimité, il est permis de rester sceptique vu l'énorme contradiction entre notre modèle de développement fondé sur la consommation et la croissance, et les enjeux de l'environnement…
Je suis d'accord avec vous mais c'est beaucoup mieux qu'il y a dix ans. Je suppose qu'à Maurice, environ 80 % de l'énergie vient du pétrole. Tout ce qui nous entoure dans la vie quotidienne dérive du pétrole, mais quand vous regardez les courbes, vous voyez aussi que la chimie végétale augmente chaque année. Le papier, les bouteilles jetables, la pharmacopée, tout cela s'appuie de moins en moins sur la chimie du pétrole. Je suis cette question depuis très longtemps, avant même le sommet de Rio, et je trouve que le niveau de prise de conscience est grandissant.

Vous parlez d'une prise de conscience des décideurs ?
Les décideurs, c'est fait, ce qui ne veut pas dire qu'ils ont les mains libres pour le faire… Dans l'opinion publique c'est mieux qu'il y a dix ans. L'éloignement de la consommation de viande de bœuf, le retour du vélo, les investissements dans les tramways sont des signes positifs en France. Nous vivons dans une période de transition, ce qui nécessite au bas mot 50 ans, j'imagine de 1990 à 2040… Il a fallu cinquante ans pour passer concernant l'éclairage, du pétrole à l'électricité. C'est aussi une question d'investissements et d'opportunités. Je trouve que 2016 est mieux que 2006, 2006 est mieux que 1996.
Je suis préoccupé intellectuellement, mais optimiste dans l'action. Je le suis d'abord en m'appuyant sur l'analyse des données et ensuite parce que je n'en ai pas le choix. Il est vain de répéter constamment que ça ne va pas. Je ne le peux pas non plus moralement vis-à-vis des générations qui viennent. Je ne peux pas dire à mes quatre enfants qui ont entre 3 et 20 ans « Moi j'ai eu de la chance mais pour toi, ça va être beaucoup plus dur ! » Au contraire, je rêverais d'avoir 25 ans dans le monde d'aujourd'hui, qui est beaucoup plus passionnant que celui que j'ai connu dans ma jeunesse.
 
Les pôles font partie des zones les plus touchées par le réchauffement climatique. Or vous travaillez sur le nouveau musée français des espaces polaires qui ouvre prochainement. Quelle sera sa vocation en plus de rendre hommage à votre père, l'explorateur Paul Émile Victor ?
Ce sera sur l'œuvre de mon père et à partir de là, ce musée portera sur les enjeux pour l'Arctique et l'Antarctique, avec toute une partie de pédagogie scientifique, pour expliquer aux gens à quoi sert la recherche fondamentale aux pôles Nord et Sud. C'est justement la glaciologie avec l'océanographie qui ont permis de mesurer le réchauffement de la planète. Il ouvrira dans le Jura — mon père était jurassien et c'est là que j'ai trouvé le tour de table financier — et comportera plusieurs dimensions : pédagogie scientifique, l'œuvre des spécialistes du polaire en général et de Paul-Émile Victor en particulier, une expérience de la beauté pour que les gens mesurent l'extraordinaire beauté de ces paysages arctiques et antarctiques qui d'ailleurs attirent de plus en plus les touristes, et bien sûr la dimension patrimoniale.

Jusqu'à quel point ces zones sont-elles menacées aujourd'hui ?
Elles sont les plus affectées par le réchauffement climatique. Le réchauffement de quasiment un degré qu'on a connu au XXè siècle, est de 1,4°C ou 1,5°C en Arctique et en Antarctique. Et donc on assiste à une fonte de la calotte glaciaire du Groenland qui est absolument spectaculaire, extrêmement rapide qui entraîne d'ailleurs la montée des océans. Dans l'Antarctique, ça a été plus lent car la fonte se traduit par la création de rivières sous-glaciaires qu'on ne voit pas à la surface et qui se jettent dans l'océan antarctique.

Du coup, ça ouvre la porte aux humains pour qu'ils en exploitent les sous-sols ?
L'Antarctique est protégé car il fonctionne sous le traité de 1959, qui interdit d'y faire de l'exploration jusqu'en 2041. Mais des explorations ont lieu depuis une dizaine d'années en Arctique. L'Arctique est une zone sous souveraineté avec des États riverains, qui font ce qu'ils veulent dans la limite de leurs zones économiques exclusives. En même temps vous avez en ce moment un retrait des compagnies à cause de la baisse du prix du baril…

Pouvez-vous nous expliquer cette décolonisation des esprits que vous appelez régulièrement de vos vœux ?
Les décolonisations se sont toutes terminées en gros en 1962, en 68 pour Maurice. Or en fait, après ces décolonisations qui se sont faites en fonction des intérêts des anciens colonisateurs, les élites africaines, maghrébines y ayant aussi trouvé une partie de leurs intérêts même si c'était des post-guerres de libération, depuis 40 ou 50 ans environ, dans les mentalités, dans les comportements, dans la vision qu'on a de l'autre, dans les livres scolaires, on a continué, volontairement ou pas, d'avoir une vision de supériorité sur l'autre.
Je parle de l'Europe surtout, mais Israël a aussi une vision tout à fait désagréable, les Américains aussi. Il s'est propagé une colonisation mentale fonctionnant à double sens, pour les Européens qui s'estiment supérieurs et pour les anciens colonisés, qui se sont longtemps estimés soit redevables ou dépendants, soit comme ayant une revanche à prendre. Mais on n'a pas atteint une posture d'égalité. C'est fini maintenant mais on ne le sait pas encore, surtout en Europe.
Ça évolue rien qu'à cause du taux de croissance des anciennes colonies, quand vous voyez les taux indien, chinois, malais, indonésien, etc, comparés aux taux de croissance européens, depuis quinze ans, on a un différentiel de croissance de quatre points. Au bout d'un moment, des classes moyennes émergent, et ça change les rapports de forces, économiques et donc politiques. Cette posture de supériorité que je vois encore assez souvent, est non seulement ridicule mais aussi complètement obsolète. Elle est ridicule parce qu'on n'arrive pas à voir l'autre comme un total égal, obsolète pour des raisons de croissance et de sens de l'histoire.
La décolonisation mentale n'est pas tout à fait achevée pour deux raisons. Depuis cinq cents ans, l'Europe est et se croit le centre du monde, grosso modo depuis 1415, et jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, pour des raisons militaires, religieuses. Mais c'est fini depuis cinquante ans, même si les mentalités sont plus lentes à évoluer.
Cela explique par exemple ce que nous renvoient les peuples musulmans qui depuis quand même 1830, sont toujours dans le camp des vaincus. Une espèce de bras armé s'est créée, qui s'appelle selon les périodes Boumédienne, Nasser, Yasser Arafat, de nos jours Al Qaïda, l'État islamique, qui affirment qu'ils ont cessé d'être des vaincus. Israël est le vainqueur permanent et c'est exaspérant ! Si cette crise israélo-palestinienne avait été réglée, beaucoup d'autres crises ne seraient jamais survenues. En vous disant cela, je n'éprouve pas le besoin du repentir, l'histoire est là, c'est un fait, et on ne peut plus la modifier. Mais je dis : réveillez-vous les Européens, ce temps est terminé.
Nous revenons à une période soit d'apolarité, soit de multipolarité soit de domination de l'Inde et de la Chine comme aux XVIIè et XVIIIè siècles, en tout cas sur le plan commercial. La deuxième raison, beaucoup plus générale, relève de la vision qu'on a de l'autre, qui mérite une réflexion. Je dis toujours à mes étudiants de réfléchir en cercles concentriques et excentriques, en faisant des aller et retour du proche au lointain, pour prendre conscience de cette vision qu'ils ont de l'autre.

Maurice éloignée de sa géographie réelle…
Jean-Christophe Victor fait régulièrement dans son émission Le Dessous des Cartes un zoom sur un état particulier, toujours bien sûr en envisageant ses relations internationales. L'invitation à l'île Maurice l'a incité à en préparer une sur ce petit pays qui l'intéresse particulièrement. Au-delà de l'interview qu'il a faite de la présidente de la République, l'expert en géopolitique a multiplié les rendez-vous avec les différents représentants de l'élite mauricienne, dans les secteurs privé et public, économique, politique et culturel. « Si j'analyse les fondements économiques de l'Île Maurice, nous expliquait-il, il est intéressant de constater que l'essentiel de son commerce demeure avec l'Union européenne et pas avec la région. N'y a-t-il pas une contradiction entre la géographie commerciale et l'histoire ? Ça a été le cas de l'Australie qui a très longtemps gardé l'essentiel de ses relations avec l'Europe, et c'est terminé aujourd'hui. L'économie australienne s'éloigne de son histoire pour rentrer dans sa géographie réelle. Ce n'est pas encore le cas pour Maurice. Intéressant ! » Pour cette émission qui se concentre sur l'essentiel et les grandes tendances, l'approche systémique amène à travailler sur l'histoire du pays, sur sa géographie économique, ses relations sociales internes, ses relations commerciales et extérieures. Celle-ci a été diffusée sur Arte en mai dernier et peut être consultée gratuitement sur YouTube.