La décision d’Atma Bumma de se retirer comme co-défendeur dans la pétition électorale de Suren Dayal n’est pas une décision du Bureau national du Mouvement patriotique (MP). C’est ce qu’affirme Jean-Claude Barbier, président du parti. Cette décision est donc purement personnelle, selon lui, et n’implique pas les relations entre le PTr et lui. Dans l’entretien qui suit, l’ancien lord-maire évoque sa prochaine rencontre avec le leader du PTr, Navin Ramgoolam, pour passer en revue la situation après les dernières élections générales. Sur le plan, politique, il trouve « décevante » la performance d’Arvin Boolell comme leader de l’opposition. Tout en tirant à boulets rouges sur son ancien collègue de parti, Alan Ganoo, il évoque la paternité du nom et le symbole du parti.

Quel est votre constat de la situation après l’installation du gouvernement au pouvoir ?



D’abord,  je dois dire que c’est un gouvernement qui a pris le pouvoir avec seulement 37% des suffrages exprimés. C’est un gouvernement qui devrait être inquiet de sa performance aux dernières élections car il n’a pas su susciter cette adhésion citoyenne. Lorsqu’on analyse les régions qui ont voté pour ou contre ce gouvernement, on note une autre problématique en ce qui concerne le comportement de l’électorat dans les régions rurales et urbaines. Cela démontre une différente façon de faire. Si j’étais à leur place, je me serai posé la question de savoir pourquoi. Cela démontre quoi au fait ? Cela démontre qu’on est en train de vivre dans le populisme. Ce qui est plus important dans tout cela, c’est la situation économique du pays. Je le répète depuis cinq ans. D’année en année, la dette publique continue d’augmenter, il n’y a pas d’efforts pour trouver d’autres sources de revenus pour l’État et, malgré cette situation, on est en train de continuer de faire des investissements dans de gros projets où il n’y a pas de Return. Mais le gouvernement persiste et signe dans des investissements insoutenables. Nous nous retrouvons maintenant dans une situation où tout le monde est unanime à reconnaître que la situation économique du pays est néfaste. Maintenant, on tente d’utiliser le coronavirus comme prétexte pour justifier l’échec complet de la gestion économique du pays. Avec le nouveau ministre des Finances, Renganaden Padayachy, on attend qu’il vienne présenter des mesures pour redresser la situation lors du prochain budget. Au cas contraire, le pays se dirige vers une catastrophe économique.
Le gouvernement ne fait qu’emprunter ici et là pour réaliser des projets car il n’a plus de ressources financières, au point où il va jusqu’à puiser Rs 18 milliards du Special Reserve Fund de la Banque de Maurice pour le repaiement de nos dettes et d’autres choses. On risque de se retrouver dans la même situation que la Grèce à moyen terme. Avec la dévaluation continue de la roupie, le pays aura besoin de plus d’argent pour importer. C’est pourquoi une série d’augmentations est notée sur les produits importés en raison de la mauvaise gestion de la politique économique du pays. Il faut des techniciens patriotes pour sortir le pays du pétrin, et pas des politiciens. On ne peut pas gérer un pays juste en gagnant les élections et en s’agrippant au pouvoir.

L’Alliance Morisien a obtenu 37% des suffrages. Elle détient une bonne majorité au Parlement. Qu’en pensez-vous ?


C’est cette majorité qu’il faut craindre maintenant. Elle est en mesure d’instaurer une dictature dans le pays. Qui ne se souvient pas de leur intention de venir de l’avant avec la Prosecution Commission, qui avait incité le PMSD à quitter le gouvernement ? Il faut surveiller ce gouvernement qui avait tenté de mettre en péril la démocratie dans le passé en bloquant le principe de séparation des pouvoirs. Je pense aussi que ce gouvernement continuera à gouverner dans l’opacité et de continuer à accorder des miettes à la population pour faire bonne impression, et en même temps continuer à jouir du pouvoir. Jusqu’à maintenant, la population qui a voté pour ce gouvernement ne connaît toujours pas le contenu du contrat qui a été signé entre l’Inde et Maurice pour la gestion d’Agalega. L’Inde est considérée comme la plus grande démocratie du monde, et c’est pourquoi je lance un appel à la Grande Péninsule pour rendre public l’accord signé avec Maurice sur Agalega.

Après vos démêlés avec votre ancien collègue Alan Ganoo pour la paternité et l’emblème du parti lors des dernières élections, à qui appartient maintenant le MP ?

Il n’est pas difficile de savoir à qui appartient le MP. C’est Alan Ganoo qui a quitté le MP. Il a dit lui-même qu’il a personnellement décidé de se joindre à L’Alliance Morisien de Pravind Jugnauth. La décision d’aller soutenir Pravind Jugnauth n’était pas une décision du MP. Il faut savoir qu’après une réunion du MP, il avait convoqué la presse pour annoncer que le MP partait en alliance avec le PTr et quelque temps après, il a annoncé sa décision de se joindre au MSM. Le nom et l’emblème du parti ne sont pas d’actualité car c’est nous qui dirigeons le parti, c’est nous qui tenons les livres de compte et c’est encore nous qui payons la location de notre quartier général, à Quatre-Bornes. Alan Ganoo et consorts ne peuvent donc pas représenter le MP et c’est pourquoi ils se taisent sur la question maintenant. En tout cas, moi, je considère que la décision de l’Electoral Service Commission (ESC) à propos de l’emblème qu’on avait attribué lors des dernières élections « was a bias décision ». L’ESC n’a pas voulu trancher sur le fond du problème.
On aurait pu contester cette décision en Cour, mais on était à la veille des élections générales et nous étions déjà en alliance avec L’Alliance Nationale. C’est une honte ce qu’a fait Alan Ganoo. C’est une personne dépourvue de dignité et de principes. Pour lui, le pouvoir veut dire tout. Moi, je dis aussi oui au pouvoir, mais pas à n’importe quel prix. On ne peut pas avec un seul trait de plume renier nos principes, notre dignité et notre direction. Pour moi, c’est un véritable opportuniste qui fait le contraire de ce qu’il prêche. Ce n’est certainement pas un exemple à suivre. Je ne peux pas m’associer avec ce genre de personne. Je préfère être serein plutôt que d’entrer au gouvernement dans la honte et sans scrupule.

Le pont est désormais coupé avec Alan Ganoo ?

Il n’y a jamais eu de pont. Il est parti. Tout est fini. Moi, de mon côté, je n’ai pas gardé contact avec lui et je pense qu’il ne va pas tenter de nous approcher non plus. Au départ, certains camarades du parti disaient qu’il fallait suivre Alan Ganoo, mais 
trois mois après, ils disent maintenant « non papa » en se basant sur des informations qui proviennent de l’intérieur du gouvernement. Ils savent que les choses ne sont pas en train d’évoluer positivement entre ce qu’il s’agit des relations internes au gouvernement. Moi, je sais que Pravind Jugnauth pense que Alan Ganoo n’est pas une personne de confiance. Et c’est tout à fait normal. Il doit donc le surveiller constamment. Alan Ganoo n’est certainement pas exemple pour les jeunes après ce qu’il a fait. Moi, avec une telle volte-face avec mes collègues, je n’aurai jamais pu marcher la tête haute. Le problème de gestion du gouvernement de Pravind Jugnauth se fera sentir de l’intérieur. Comme tout bon patriote, j’aurai souhaité que ce gouvernement réalise ses objectifs pour que le pays devienne plus prospère et que le pouvoir d’achat des économiquement faible soit amélioré.

Le secrétaire général du parti, Atma Bumma, a décidé de se retirer comme co-défendeur dans la pétition de Suren Dayal. Est-ce que c’est une décision de la direction de MP ?

C’est une décision purement personnelle de sa part. Je n’avais pas été consulté avant qu’il prenne cette décision. À la suite d’une conversation que j’ai eue avec lui, il m’a fait savoir qu’il n’avait pas été consulté préalablement avant que cette pétition électorale soit rédigée. Ce qui est clair, c’est que ce n’est pas une décision politique du MP. C’est une action personnelle d’Atma Bumma. Cela ne change rien dans nos relations avec les autres partis de l’opposition, à l’exception du MMM. Je n’ai pas l’impression qu’il a subi des pressions pour se retirer dans cette affaire. Il est très serein. Nous, au niveau du MP, on n’a rien à reprocher à Atma Bumma.

Est-ce que le MP est toujours en alliance avec le PTr et le PMSD ?

Malheureusement, depuis les dernières élections, il n’y a pas eu de rencontre entre les dirigeants des trois partis pour faire une analyse des résultats des dernières élections générales. Quant à moi, je vais rencontrer le leader du PTr très prochainement pour faire un tour d’horizon de la situation. Nous avons toujours de bonnes relations avec le PTr et le PMSD, mais pas avec le MMM, qui m’avait expulsé du parti. J’ai aussi gardé de bonnes relations avec Ivan Collendavelloo, du Mouvman Liberater. C’est quelqu’un avec qui je peux discuter en tant que patriote.

En tant qu’ancien parlementaire de carrière, quel regard portez-vous sur les nouveaux venus au Parlement ?


J’ai été agréablement surpris de la capacité de nos jeunes parlementaires. Je constate que le député du PTr Fabrice David sort du lot. Je note aussi que Karen Fook Yune a fait bonne impression. Par contre, j’ai été très déçu par la mauvaise performance de la députée Tania Diolle, car je ne m’y attendais pas. La population est restée sur sa faim par rapport à une Lecturer qui donne des cours l’Université de Maurice. On a aussi eu droit à une intervention théâtrale à la Ravi Rutna. J’apprécie quand même le nouveau Parlement, car c’est quand même mieux
qu’avant.

Que pensez-vous de la performance du nouveau leader de l’opposition, Arvin Boolell ?


Je suis déçu de sa prestation. J’ai comme impression
qu’il est en train de jouer une carte qui éclatera son propre parti. J’ai des informations à l’effet qu’il chercherait à garder de très bonnes relations avec Paul Bérenger. C’est un très mauvais signe. J’ai par contre aimé qu’il se serve du poste de leader de l’opposition pour consolider son parti. Arvin Boolell est une personne intelligente que je connais bien, mais sa stratégie peut entraîner des cassures à l’intérieur de son propre parti. Je trouve que Ritesh Ramphul a le potentiel de devenir un jour un bon leader pour le PTr. Mais la relève au sein du PTr ne s’est pas encore dessinée. Arvin Boolell est une personne compétente, mais pour ratisser large autour de lui, c’est difficile.