Jean-Pierre Sauzier

A l’approche des 10es JIOI, qui se tiendront à Maurice du 19 au 28 juillet 2019, Jean-Pierre Sauzier, le CEO du Comité d’organisation des Jeux des îles (COJI), nous fait part de l’avancée des travaux et des différents dossiers. Il nous livre, avec un franc-parler sans détours, son opinion sur cette compétition inter-îles, qui fêtera ses 40 ans. Celui-ci revient également sur les partenaires qui accompagnent le COJI sur la route des Jeux.

* Jean-Pierre Sauzier, pour l’organisation des Jeux des Iles 2019, vous avez eu une enveloppe de Rs 450M, qui doit regrouper plusieurs items. Pensez-vous que cette somme est suffisante ?
—Il faut savoir que, de ces Rs 450 M, l’État fournit 70%. Le reste viendra des sponsors et des contributions des pays participants pour le logement. Les grosses commissions qui sont concernées par ce chiffre sont le logement, le transport, la commande de matériel technique pour les différentes disciplines. Et cela représente quasiment 60% de notre budget.

* Et les autres enveloppes ?
—Les autres enveloppes ne tombent pas sous la responsabilité du COJI.  Cela, il faut bien le faire comprendre.  Il ne faut pas croire que nous prenons un panier rempli à coups de miliards. Autre chose, maintenant. Il existe une association (ndlr, Upgrading of IOIG Infrastructure) sous l’égide du ministère de la Jeunesse et des Sports, qui est en charge de la rénovation des sites pour les Jeux. Et la dernière enveloppe, qui n’est pas directement reliée aux JIOI, mais qui pourrait être utile au COJI, c’est peut-être celle allouée au complexe de Côte D’Or.

*Le complexe sportif de Côte d’Or est toujours un gros chantier. Sera-t-il prêt à temps ?

—Pour être honnête, neuf questions sur dix concernent Côte d’Or. Quand je rencontre des gens, la première interrogation ne va jamais vers l’organisation des Jeux. Elle est toujours dirigée vers le complexe sportif. Dédramatisons ce site ! Ce complexe se trouve sous la responsabilité de MMIL (Mauritius Multisports Infrastructure Ltd), avec qui nous sommes en contact de manière permanente. Nous suivons l’évolution de ce dossier de façon régulière. Si le complexe de Côte d’Or est livré à temps, alors, ce serait la cerise sur le gâteau. Si ce n’est pas le cas, nous avons aujourd’hui différentes infrastructures qui sont en cours de rénovation et qui seront rénovées à temps pour les Jeux.

* Peut-on parler de délais ?

— Nous avons besoin d’un« cut off time » à ce stade. Il nous faut savoir à quel moment tout sera prêt. C’est surtout par rapport à toute la logistique. On ne pourra pas établir un planning à trois semaines des Jeux.

* Comment avance ?
— On est bien satisfait dans la visite que nous avons faites il y quelques semaines de cela. Avec les rapports que nous avons reçus des différents contracteurs, on est confiant que les avancées se font correctement. Sachez que nous les surveillons comme le lait sur le feu de par le faite qu’il ne faut pas que nous puissions avoir des retards. Maintenant nous avons eu la chance que le cyclone Cilida soit passé à côté de nous.

*Krouink a été présenté en juin dernier. Depuis, la mascotte a effectué plusieurs sorties.  Etes-vous satisfait de l’engouement qu’elle suscite ?

— Je pense que la mascotte a fait le buzz. Elle crée beaucoup d’éveil sur le marché. Nous utilisons Krouink régulièrement lors de nos nombreuses manifestations publiques ou privées. Nous réalisons aujourd’hui qu’elle a crée un engouement et je ne peux qu’être satisfait.

* Lors de la présentation de Krouink, la présence d’anciennes gloires du sport mauriciens n’est pas passée inaperçue. Cela découle-t-il d’une stratégie de communication auprès de la population ? 

— L’idée première était de rendre hommage à ces athlètes, qui sont désormais des ambassadeurs du sport mauricien. Ensuite, la communication autour des Jeux passe par eux. Quand nous visitons des écoles avec les anciens sportifs, nous embarquons aussi la nouvelle génération d’athlètes pour créer la connexion aux Jeux. Disons les choses comme elles sont : aujourd’hui dans le sport, plus personne ne connait personne. A l’époque lorsqu’on parlait de Desiré L’Enclume, de Judex Lefou ou de Stephan Buckland, on avait des figures de proue. A l’heure actuelle, nos athlètes ne sont pas connus ! Demandez à une personne qui aime le football qui est l’actuel capitaine du Club M ! Il y a des chances que les gens ne le sachent pas.

* Donc, peut-on avancer que les Mauriciens s’approprient difficilement les JIOI ? Ou faut-il encore attendre pour voir les choses bouger ? 

— Au moment où je vous parle, les Mauriciens n’ont pas vraiment la tête aux JIOI. C’est la fin de l’année, et ça peut se comprendre. Je pense que le travail qui a été fait jusqu’ici concerne plutôt les gros dossiers. L’impulsion va commencer à se faire sentir à partir de maintenant. Avec des manifestations et la communication qui seront ciblées, nous arriverons à créer cette ambiance.

* En juillet dernier se tenait une marche dans les rues de Quatre-Bornes. On était alors à un an des Jeux. Or, l’impact a été minime, selon les avis récoltés…
— Je voudrais savoir sur quoi vous vous basez pour avancer que l’impact n’a pas eu l’effet escompté. Combien d’athlètes ont été interviewés, combien ont affiché leur satisfaction ou leur mécontentement. Je n’émettrais aucune opinion, car cette manifestation a été organisée par le Club Maurice et le MJS. Mais je peux toutefois dire que nous pouvous toujours nous améliorer dans tout ce que nous faisons.

* Et de votre point de vue ?
— Je l’ai trouvé correcte. Mais il a peut-être manqué ce petit quelque chose, ce petit peu de vie supplémentaire pour inspirer un peu plus la population. Maintenant, si vous trouvez des organisateurs de manifestations populaires, qui arrivent à toucher à la perfection, je suis preneur.

* Les Mauriciens ont peut-être subi la longue absence des Jeux sur leur sol…  ?
— Il faut savoir que les JIOI n’ont pas eu lieu à Maurice depuis 16ans. Cela représente une génération. Et l’actuelle n’a pas la moindre idée de ce que sont les JIOI. Donc, il va falloir trouver des moyens pour les reconnecter à cette manifestation. Ce qui passera, bien évidemment par la communication. Les seize dernières années ont vu évolution technologique qui a beaucoup changé les attitudes et les mœurs chez les Mauriciens, dont les plus jeunes. Et je pense qu’aujourd’hui nous devons créer cette connexion avec la nouvelle génération afin qu’ils soient les premiers supporteurs des JIOI. Il y  un élément patriotique qu’on doit éveiller chez chacun des Mauriciens.

* Comment arriverez-vous à le faire ?
— Nous allons engager des professionnels pour pouvoir communiquer dans ce sens. Nous espérons fortement que le peuple de Maurice se connectera pleinement à ces JIOI.

* A sept mois des Jeux, quelles sont les appréhensions que vous avez ? 

— La réussite des Jeux passe par trois composantes essentielles. Premièrement, il faut réussir tout le côté organisationnel. En deuxième lieu, les Jeux eux-mêmes. La troisième branche est le peuple mauricien, qui devra, et je l’espère sera, partie prenant des Jeux des îles.

* Nous connaissons déjà quatre sponsors des JIOI – la SBM,  Quality Beverages, KFC et  Mauritius Telecom. Comment se passe la quête de partenaires ?
— Nous venons de contracter avec un « gold sponsor » la semaine dernière, dont je ne pourrais vous dévoiler le nom. Il faut savoir qu’un sponsor de cette trempe va chercher entre les Rs 8 M à 10 M. Nous avons aussi une dizaine de bronze sponsors (entre Rs 1M et 2M) qui se sont manifestés. Valeur du jour, outre les quatre gros sponsors, nous avons a peu près 12 a 15 partenaires qui sont pratiquement certains de signer. Ce qui nous amènerait a Rs 20 M. Je ne vous dis pas que nous atteindrons la totalité de nos sponsors mais nous nous approchons des objectifs que nous nous sommes fixés.

* Vous êtes toujours confiant de recueillir les Rs 100M au niveau des sponsors ?
— Je ne peux que l’espérer. Il reste encore sept mois avant l’échéance. Certains se sont positionnés, nous en avons relancé d’autres. D’autres encore signeront en janvier. Nous avons des rendez-vous déjà fixés avec des grosses entreprises et un gros groupe intéressés, malheureusement pris par la fin de l’année. Aujourd’hui, la recherche des sponsors est en tout point différente de ce qui se faisait il y a 15 ou 16 ans. Vous avez des conditions qui ont changé avec le CSR. Peut-être aussi que les nouvelles firmes n’ont aucune notion de ce qui est les JIOI et de ce que ça peut apporter au pays.

* Pourquoi cela selon vous ?
— A l’époque, la dimension du sport était différente. Encore une fois, cette évolution technologique a fait que les gens sont désormais plus axés sur « touch button way of life ». Personellement, je trouve que c’est une bonne chose, mais la déconnexion qui s’ensuit touche les sportifs actuels.  Dans nos prochaines communications, nous voulons faire connaître la nouvelle génération et la rendre plus visible auprès des Mauriciens. C’est aussi et surtout une question de budget. Car si nous avions les moyens, nous aurions pu nous permettre des spots radiophoniques ou être dans les médias.

* Parlons de la flamme des Jeux. L’itinéraire est-il prêt ?

— Oui. Tout est finalisé, tant à Maurice qu’à Rodrigues.

* Et au niveau de l’hébergement ?
— Là encore, tout est prêt. Nous avons finalement huit hôtels qui hébergeront les différentes délégations et les VIP.

* Parlons de bilan comptable, maintenant. Vous vous attendez a combien de médaille pour  Maurice, en vue de ces Jeux ?
— C’est une excellente question à laquelle je n’ai pas de réponse pour le simple et bonne raison  que mon objectif est l’organisation des Jeux des Iles. Je souhaite qu’on puisse avoir le maximum de médailles. Je ne suis pas dans le calcul, et  je laisse cet aspect à ceux qui savent le faire.

* D’un point de vue global, êtes-vous satisfait de l’avanée de l’organisation ?
— Oui, je suis satisfait de ce qui a été effectué jusqu’ici. Toute organisation regroupe différentes composantes, plusieurs facteurs qui mènent à sa réussite. Il faut arriver à les cordonner les différents acteurs. Ceci dit, à ce stade, je considère que nous avons beaucoup avancé et nous bénéficions d’une bonne visibilité.

* Quelle a été la plus grande difficulté depuis que vous avez été nommés à la tête de l’organisation des JIOI ?
— Peut-être de cordonner l’élan momentum de chacune des différentes commissions. Ça n’a pas été évident de trouver les bonnes personnes, celles qui sont motivées, compétentes et qui sont prêtes à donner de leur temps à leur pays. Mais aujourd’hui, allons dire que nous avons pu réunir les bonnes personnes, avec les compétences requises et qui arrivent à tenir les différents postes.