Espoir, colère, lassitude ou combat : les sentiments sont nombreux et mitigés face à la pauvreté. Et c’est encore plus dur et compliqué pour un jeune de vivre une telle situation. Yolita, Fadil et Dylan, âgés entre 17 à 22 ans, nous parlent de leur quotidien. Alors qu’ils auraient préféré jouir de leur jeunesse, ils sont contraints à n’avoir aucun plaisir superficiel. Leur réalité se résume à trase pou manze ou être au chaud pour dormir.
Dans cette banlieue de Port-Louis, la chaleur est écrasante. Dans la case en tôle où il vit avec sa mère malade, ses frères et ses soeurs, un ventilateur aurait été d’un grand réconfort. Fadil en rêve. Dans le petit deux-pièces, cet objet banal aurait été un élément de “luxe”. À 17 ans, l’adolescent sait que cela est hors de portée. Même à bas prix, dit-il, il ne pourra pas s’en acheter un. Et même si on lui en offrait un, “mo pa sir nou ti pou servi li.” Car l’appareil ferait grimper la note d’électricité et il faudrait alors couper dans le budget dédié à la nourriture. Donc, il préfère “manz ar saler lete la”.
À Baie du Tombeau, Yolita, 18 ans, et son époux de 22 ans apprennent également à survivre en situation de grande pauvreté, en tentant de déterminer les priorités. Récemment, ils se sont permis une “petite folie”. Ils ont acheté un four surmonté d’une plaque à gaz. Un signe de “richesse” pour lequel le jeune couple doit dorénavant “ser sintir” pour s’acquitter des mensualités. Les mois sont tellement difficiles que le four ne sert pas forcément à préparer les repas. Mais il permet d’offrir à leur bébé un bain chaud tous les soirs.
À Plaine Magnien, la pauvreté a mené Dylan, 22 ans, à une situation où il ne discerne plus le bien du mal. Pour survivre, il fait de menus boulots, mais s’adonne souvent à la mendicité. Parfois, il vole. “Je suis fatigué de vivre au jour le jour. Je n’ai aucun espoir de m’en sortir, même si je suis conscient que si je m’en donnais les moyens, je pourrais améliorer un peu ma situation.”