Johan Chelin, 28 ans, est pilote au Laos. Engagé dans les missions humanitaires, ce Mauricien a survolé les terres hostiles d’Afrique de 2014 à 2016 pour venir en aide aux nécessiteux dans des régions isolées. Il a travaillé pour le Programme Alimentaire Mondial, la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières.

Johan Chelin a choisi de se mettre au service de l’humanitaire, accomplissant des vols qui sont parfois à hauts risques. Ce pilote mauricien a effectué son premier vol en 2014 pour la compagnie Air-Tec Global, qui offre des frets rapides et efficaces vers des zones de crise et d’intervention médicale. “La compagnie a des contrats en Afrique pour le United Nations Humanitarian Air Service, qui gère le Programme Alimentaire Mondial”, confie cet habitant de Tamarin. Après avoir cumulé 200 heures de vol, il a été engagé comme pilote.

Le chaos

Première mission, premier choc. Il s’envole pour Bangui en République centrafricaine pour œuvrer au sein de la Croix-Rouge. Juste après la guerre entre la Séléka (les rebelles) et les anti-balaka (les milices d’autodéfense), qui a fait une centaine de morts. “C’était le chaos, il y avait des rebelles partout en pleine ville. Nous avons dû impérativement éviter les grandes foules et les rassemblements pour notre sécurité.”

Il effectue des vols de Bangui vers différents villages du pays et transporte principalement ceux qui travaillent pour l’ONG. L’avion sert aussi à des évacuations médicales. “Nous transportions les gens qui s’étaient battus à coups de couteau ou qui avaient reçu des éclats de grenade. Dans ces régions, les hôpitaux n’étaient pas suffisamment équipés. Nous transportions aussi du matériel pour réparer les dégâts”, précise le pilote, qui vit à Vientiane au Laos.

L’aviateur opère des vols périlleux. Il se souvient d’une scène à Bambari, qu’il n’oubliera pas de sitôt. Son équipe et lui ont dû rester au sol pendant quatre heures à cause de la guerre. “Nous sommes partis avec la délégation au bureau de la Croix-Rouge à Bambari. Pendant tout le long du trajet, il y avait des hommes et des femmes qui se cachaient dans les buissons. Ils avaient des fusils et des machettes à la main. C’était assez surprenant de voir ça de près”, confie l’ex-étudiant du Lycée des Mascareignes.

Réunification transfrontalière

“Je n’ai jamais vraiment eu peur. D’être là pour Médecins Sans Frontières et la Croix-Rouge, ça me donnait quand même une certaine sécurité.” Il suit à la lettre les consignes pour ne pas se mettre en danger. “Je fonce autant que je peux. C’est quelque chose que je n’ai jamais pensé faire. C’est une aventure unique”, explique ce mordu de surf, qui assouvit sa passion régulièrement sur les vagues mauriciennes et balinaises.

Plongé au cœur de l’Afrique, Johan Chelin assiste à des situations pénibles à Goma au Congo, en Libye et en Mauritanie. Il y mène des missions humanitaires riches en émotions. Il survole Bukavu au Congo en 2015 pour une réunification transfrontalière afin de réunir sept enfants et leurs familles. Après des mois de recherches et de planifications menées par la société de secours, le transport aérien fait un vol à Yambio au Soudan du Sud pour récupérer les sept enfants, séparés de leurs familles cinq ans plus tôt à cause de la guerre. “Après avoir récupéré les enfants, nous nous sommes envolés à Doruma pour y déposer deux d’entre eux. Nous avons emmené les autres à Bili, un petit village du Congo. Les familles respectives attendaient impatiemment l’arrivée de notre avion.”


Rien ne laissait présager qu’il aurait connu la guerre de l’Azawad au Mali et la troisième guerre civile centrafricaine. Après sa licence commerciale de pilote à 43 Air School en Afrique du Sud, il connaît plus d’un an d’inactivité à Maurice. “Je n’avais pas l’apport financier nécessaire pour entamer les études dans une autre filière. Il était difficile de me sécuriser un job de pilote car j’avais peu d’expérience et c’est un marché saturé.”

Aviation de brousse

Peu de temps après, il rencontre le directeur de la société Air-Tec Global. Il est embauché comme Base Manager pour faire le lien avec les membres des Nations Unies. “Le directeur m’a clairement expliqué que je n’avais pas assez d’expérience par rapport aux politiques de contrats de la compagnie.” Il apprend les ficelles du métier.
“Sans ces missions en Afrique, je n’aurais jamais mis les pieds sur ce continent.” Avoir été en contact avec les cruautés de la vie lui donne envie de vivre à 200%. “J’ai appris l’aviation de brousse, qui apporte énormément d’expériences en termes de pilotage. J’ai connu des conditions qui ne sont pas structurées, comme dans une compagnie de ligne. C’était beaucoup de decision-making.”

“Après deux ans passés en Afrique, je travaille maintenant pour une société minière australienne à Sepon au sein d’Air-Tec Global. Je vis en permanence au Laos.” Loin des guerres et de la pauvreté qui règnent en Afrique, il mène une vie tranquille. “J’ai une vie sociale au Laos.” Grâce aux réseaux sociaux, il est toujours connecté à sa famille. “Le fait de savoir que je vais rentrer à Maurice pour un mois, après huit semaines de travail, me motive. Cela me permet de recharger les batteries. C’est apaisant.”