JONATHAN ARSÈNE : Réussir sa vie malgré les aléas

Fils d’un toxicomane et d’une ouvrière d’usine, Jonathan Arsène a dû s’accrocher pour gravir les marches de l’échelle sociale. Malgré les fléaux qui gangrenaient la Résidence Barkly à Beau Bassin, le jeune homme s’en est sorti. Aujourd’hui, il s’adonne aux œuvres caritatives et est devenu un exemple à suivre.
En dépit de la précarité, de la drogue et de l’atmosphère qui régnait au sein de sa cité, Jonathan Arsène, 29 ans, s’est battu pour ne pas finir comme les jeunes de son âge. Il est heureux de pouvoir aider les jeunes de Résidence Barkly à Beau Bassin et est aujourd’hui responsable du projet de développement communautaire. Un projet mis en place au début des années 2000 par Jean-Noël Adolphe pour aider les enfants à sortir du décrochage scolaire et qui lui a permis d’accomplir ses rêves. “C’est en partie grâce aux volontaires que j’ai pu apprendre à lire. J’étais analphabète !”, confie-t-il à Scope.
Coordinateur au sein de Caritas depuis 2014, le jeune homme nous raconte son enfance peu ordinaire. “Mon papa était toxicomane. Il n’a jamais été présent dans ma vie et ne m’a jamais soutenu. Enfant, je ne me souciais pas du fait qu’il était toxico. Il est décédé il y a trois ans.”

Faire le tour des régions à problèmes.
Il a su se faire un chemin et se dissocier de lui. On sait que la toxicomanie est susceptible d’entraîner des dommages autour de ceux qui tombent dans ses filets. “J’ai grandi dans un milieu où la drogue était consommée par beaucoup de gens. La tentation d’y goûter était là, mais j’ai tenu bon. Mes amis en prenaient mais ne m’ont jamais influencé pour en consommer.”
Notre conversation est entrecoupée de coups de fil qu’il reçoit pour un événement familial qu’il organise au Barkly Centre of Learning. Jonathan ne sait pas où donner de la tête. “Il est important pour moi d’aider les jeunes de mon quartier à ne pas sombrer dans les fléaux de la société. Ils sont vulnérables et la moindre incartade peut leur porter préjudice. Je suis moi-même issu d’une famille modeste. Quand j’étais gamin, j’ai eu la chance d’être soutenu par des volontaires. J’essaie d’en faire de même.”
Le travailleur social connaît la situation de plusieurs jeunes de son quartier et d’ailleurs. “Mon job me permet de faire le tour des régions à problèmes. Je suis triste de constater que certains adolescents ne sont pas conscients de la chance qu’ils ont. Pour beaucoup, l’éducation n’a pas d’importance. Ils préfèrent vaquer à leurs occupations. Ils n’ont personne pour les guider, pour les mettre sur le droit chemin. À Résidence Richelieu, les gosses sont marginalisés.”

Pour le bien du quartier.
Jonathan Arsène nous confie : “Le déclic, je l’ai eu à l’école primaire. Alors que je prenais part aux examens du CPE pour la deuxième fois, un enseignant de quatrième m’a dit que j’avais le potentiel d’apprendre. Il m’a donné des leçons particulières gratuitement une fois par semaine. Je me faisais également aider par des volontaires. C’est grâce à eux que j’ai pu réussir mes examens.”
Depuis, il s’est appliqué et a même obtenu un diplôme en travail bénévole au Charles Telfair Institute. “Ma mère est très fière de moi. C’était son vœu le plus cher. Elle a passé sa vie à travailler dans une usine pour élever ses quatre enfants.” Avant de décrocher ce diplôme, il a dû faire face à de nombreux obstacles. “À 16 ans, peu de temps avant les examens de School Certificate, j’ai été contraint de rester chez moi car j’avais un grave problème de peau. Au collège, certains se moquaient de moi”, confie l’ex-élève de New Devton. Il ne fréquente plus alors cet établissement secondaire et se rend tous les jours à la bibliothèque de Rose-Hill pour étudier. “Les gens me regardaient bizarrement et avaient peur de s’asseoir à côté de moi.”
Jonathan Arsène souhaite créer une plate-forme communautaire à Barkly. “Mon but est de rassembler toutes les ONG de la localité et toutes les parties concernées afin de collaborer pour le bien du quartier de manière plus cohérente. Si à 21 ans, j’ai pu créer Zen Aktif (un groupe visant à réunir les jeunes), je ne vois pas pourquoi cette idée ne marcherait pas.”