JOSEPH BUISSON LEOPOLD, député de l’OPR : En tant que politicien, je suis devenu un “social doctor” »

Joseph Buisson Léopold est parmi les trois jeunes députés de l’Assemblée nationale à avoir récemment participé à un programme de familiarisation en Inde aux côtés de trente autres jeunes parlementaires de plus de quinze pays d’Afrique. Dans cet entretien, il nous parle de cette riche expérience et estime que « la politique est liée au bien-être des gens ». Pour ce Rodriguais qui a étudié le Nursing à Maurice, en Angleterre et en Australie, en tant que politicien, il est devenu un « social doctor ». Le député et secrétaire général de l’OPR n’oublie pas ses origines modestes où il se rendait nu-pieds à l’école. « La première paire de chaussures que mon père a pu m’acheter, c’était à l’occasion de ma première communion, à l’âge de 9 ans ». Les priorités à Rodrigues, selon lui, sont le câble optique, le développement du port et de l’aéroport.

Vous avez visité l’Inde du 29 juillet au 7 août dans le cadre d’un programme de familiarisation organisé par le gouvernement indien pour les jeunes parlementaires africains. Quels ont été pour vous les moments forts de ce voyage ?
Nous avons eu un programme très chargé dès notre arrivée. Nous avons rencontré le ministre de l’Agriculture et nous avons pris connaissance des diverses incentives proposées par l’Inde à l’Afrique. Nous avons visité le Taj Mahal et avons rencontré la Speaker de la Lok Sabha. Nous avons assisté à des séances parlementaires à la Lower House (Lok Sabha) et l’Upper House (Raja Sabha). Nous avons d’autre part visité la commission électorale. L’Inde est le pays qui compte le plus d’électeurs dans le monde.

Que retenez-vous surtout de cette expérience ?
L’Inde est une des plus grandes démocraties avec presque 1,2 milliard de personnes. Il est difficile de gérer un tel nombre d’habitants mais ils y parviennent. Il y a aussi beaucoup d’extrêmes en Inde, tant au niveau social qu’au niveau du climat. C’est un pays très avancé en technologie. Il y a la connexion du réseau routier. Les PME sont très bien organisées, surtout au niveau de la production de lait. Avant, le pays ne pouvait répondre à la demande de sa population en lait mais aujourd’hui, grâce au système mis en place pour les PME, l’Inde produit du lait en surplus ! Ce qui est aussi intéressant, c’est que les éleveurs de vaches bénéficient de 80 % des revenus. En somme, cela a été une expérience très enrichissante. Ce qui m’a de plus marqué, c’est l’accent mis sur l’éducation. C’est un pays plein d’opportunités mais sans éducation, une personne y vivant ne peut pas avoir de choix.

Depuis décembre 2014, vous êtes député de l’Assemblée nationale (OPR), comment êtes-vous entré en politique ? La politique vous a toujours intéressé ?
Oui, la politique m’a toujours intéressé ! J’étais dans le domaine médical. J’ai suivi ma première formation à la School of Nursing à Maurice. J’ai par la suite fait quatre ans en Angleterre et trois ans en Australie où j’ai été Associate Unit Manager dans le Nursing. J’ai toujours aimé aider les autres. La santé, ce n’est pas seulement regarder la maladie d’une personne mais aussi le bien-être psychologique et social. En tant que politicien, je suis devenu un social doctor. Je m’attarde sur l’aspect social des gens. La politique est liée au bien-être des gens. Je viens à leur aide en faisant connaître leurs doléances. Par exemple, je promeus la politique de l’OPR qui est le respect des Rodriguais, leur dire la vérité, les aider à se tenir sur leurs propres pieds et les sortir de la pauvreté. La politique de l’OPR, c’est aussi protéger la dignité de l’homme et de la femme rodriguaise. Nous nous assurons qu’ils aient une bonne éducation, un bon logement, ce qui est nécessaire pour leur épanouissement. Ce qui m’a poussé aussi vers la politique, c’est qu’il y avait des transfuges dans l’Assemblée régionale. J’ai donc décidé de donner un coup de main pour expliquer aux gens que la politique, ce n’est pas pour son intérêt personnel mais que le peuple doit en sortir gagnant.

Vous faites le va-et-vient entre Maurice et Rodrigues pour assister aux sessions parlementaires à l’Assemblée nationale ?
Oui, chaque mardi je suis à Maurice quand le Parlement siège. Mais, je passe un maximum de jours à Rodrigues pour rester en contact avec mon électorat. Je suis aussi le secrétaire général de l’OPR et président du comité régional 1. Je suis donc sur le terrain en permanence pour passer des messages sur l’actualité politique. Nous expliquons aux gens où nous en sommes arrivés dans notre programme électoral. Etant donné que je siège sur le comité parlementaire de Gender Caucus, une fois par mois je dois être à Maurice même quand le Parlement est en vacances.

Racontez-nous votre enfance à Rodrigues…
Je suis né en 1975. Je suis issu d’une famille très pauvre. C’est pour cela que je suis une personne très simple. Mon père est allé en Syrie et en Israël après la Deuxième Guerre Mondiale. Mon père devait travailler la terre et pêcher pour nourrir sa famille. Mais, il croyait dans l’éducation. Il s’est toujours débrouillé pour que nous puissions aller à l’école. J’ai plusieurs demi-frères et demi-sœurs du premier mariage de mon père. Ensuite, il s’est remarié avec ma mère et a eu quatre enfants. Je me rendais nu-pieds à l’école. La première paire de chaussures que mon père a pu m’acheter, c’était à l’occasion de ma première communion, à l’âge de 9 ans. J’ai fréquenté le collège Maréchal et à l’époque, le transport n’était pas gratuit pour les scolaires. Je marchais trente minutes pour m’y rendre. Au retour du collège, j’allais planter des légumes pour ensuite les vendre. L’argent que je recevais servait à payer mes examens. Après mon SC, faute de moyens, je n’ai pu faire mon HSC. C’est là que j’ai décidé de suivre une formation en Nursing à Maurice. Après quoi, je suis allé en Angleterre et en Australie pour des études plus poussées.

Pourquoi avoir décidé de vous rendre en Angleterre ?
Un jour, je discutais avec un jeune médecin sur un médicament et nos points de vue étaient discordants. Il est donc allé vérifier nos dires et le soir même, il est venu me voir alors que j’étais de garde à l’hôpital pour me dire que j’avais raison. Il m’a alors conseillé d’étudier la médecine. Il a fait une demande pour que j’aille en Angleterre. Mais, pour étudier la médecine, il fallait suivre le cours à plein-temps mais je n’en avais pas les moyens. J’ai donc effectué des études plus poussées en Nursing à l’Université de Swansea, au Pays de Galles. Après quatre ans, j’ai mis le cap sur l’Australie où je suis entré directement comme Associate Unit Manager dans le département de Nursing.

Quels sont les sujets qui vous tiennent à cœur et sur lesquels vous travaillez le plus en tant que député pour donner un coup de pouce à leur avancement ?
La jeunesse. Il faut donner aux jeunes les outils nécessaires : câble optique, connectivité, port… Je lutte pour que les jeunes puissent aller plus loin. Ils peuvent trouver en moi un modèle car j’ai commencé petit et eux, ils ont beaucoup plus de facilités que je n’en avais à leur âge.

Lors d’une des dernières séances parlementaires avant les vacances, vous étiez remonté contre le leader de l’Opposition pendant sa PNQ sur Rodrigues…
Le leader de l’Opposition a empiété sur l’autonomie de Rodrigues à travers cette PNQ sur Rodrigues. Où était-il quand il était ministre des Finances ? Qu’a-t-il fait pour Rodrigue alors ? Notre économie dépend beaucoup du tourisme. Pourquoi n’a-t-il pas exploité davantage le tourisme ? C’est maintenant, alors que nous acquérons notre autonomie, qu’il veut le progrès de Rodrigues ? Il y a plusieurs choses qu’il ne connaît pas de Rodrigues. Il a parlé d’un gynécologue pour 40 000 personnes. C’est faux.

Que souhaitez-vous pour Rodrigues ?
Cela fait trop longtemps que l’on parle du câble optique. Les jeunes sont pressés. Cela doit maintenant être une réalité. Il y a aussi le développement du port et de l’aéroport comme priorités. Au niveau de l’eau, des efforts sont faits pour quatre unités de dessalement qui seront bientôt opérationnelles. On fera de sorte que les Rodriguais aient de l’eau au moins une fois par semaine. Il faut souligner que le système est différent de celui de Maurice. À Maurice, la distribution d’eau se fait par pression, l’eau vient directement dans le robinet. À Rodrigues, la distribution se fait par gravité. On doit pomper l’eau vers la montagne, ensuite vers d’autres réservoirs et ce n’est qu’après que l’eau est acheminée vers les résidences. À Maurice, si l’eau ne coule pas pendant deux heures, c’est le chaos. À Rodrigues, chacun a un réservoir d’eau dans sa maison pour stocker l’eau pour une vingtaine de jours. Donc, on va faire de sorte que les Rodriguais aient de l’eau une fois chaque semaine, ce qui leur permettrait de stocker pour plusieurs jours.

Que pensez-vous de l’élection partielle au no 18 ?
Cela ne servira à rien car le gouvernement a déjà une majorité confortable. C’est juste parce que selon la loi, il faut tenir cette partielle… Mais, cela n’aura aucun impact au Parlement. Je ne sais maintenant si le gouvernement alignera un candidat car je ne suis pas porte-parole de l’Alliance Lepep. Mais, pour moi, c’est juste un exercice démocratique.


VISITE EN INDE : Participation de 30 parlementaires de plus de 15 pays d’Afrique
Trois jeunes députés mauriciens, Joseph Buisson Leopold (OPR), Kalyan Tarolah (MSM) et Patrice Armance (PMSD) ont visité l’Inde du 29 juillet au 7 août dans le cadre d’un programme de familiarisation organisé par le gouvernement indien à l’intention de trente jeunes parlementaires de plus de 15 pays d’Afrique. Ils ont eu l’occasion de visiter quatre villes indiennes, Delhi, Agra, Ahmedabad et Mumbai. Ils ont rencontré le ministre d’État (Affaires extérieures), Vijay Kumar Singh, et ont assisté à une séance du Parlement indien avant de visiter la Commission électorale de l’Inde. Ils ont en outre eu l’occasion de visiter de grands établissements industriels tels la Oil and Natural Gas Corporation, le Jawaharlal Nehru Port Trust at Mumbai, la Pharmaceutical Company CIPLA et le fabricant de l’automobile, Maruti Udyog Ltd, Gurgaon.