JOUR DU SOUVENIR—À LA CATHÉDRALE ST JAMES HIER : Le diocèse de Maurice inquiet et attristé

L'évêque de Maurice, Mgr Ian  Ernest, : « Un leadership dépouillé du sens de service corrompt »

Dans son homélie hier lors de la cérémonie organisée par l’Église anglicane pour marquer le Jour du souvenir, l’évêque de Maurice a mis l’accent sur l’esprit de service de manière désintéressée, généreuse, impartiale et sans préjugés, qui doit caractériser, selon lui, le leadership politique, social ou religieux. « If leadership is not exercised through service as taught by Christ then power corrupts », a dit Mgr Ian Ernest. 
L’évêque de Maurice a fait référence aux récents événements politiques en disant que « tout le monde est attristé » par la situation dans le pays et que plus d’un « en est inquiet ». En parlant de la qualité de leadership dans les divers domaines de la vie du pays, Mgr Ernest est d’opinion que « le leadership politique, social et religieux doit être consolidé ».
Cette commémoration de l’armistice par l’Église anglicane, qui avait pour thème cette année « Peace is who we are and that we make », s’est déroulée en présence d’Ameenah Gurib-Fakim, la présidente de la République, de Pravind Jugnauth, le Premier ministre et de son épouse Kobita. Plusieurs membres du gouvernement ainsi qu’un petit nombre d’anciens combattants y étaient présents. D’après quelques habitués à cette commémoration en la Cathédrale St James, l’assistance hier était plus nombreuse que les années précédentes. L’évêque de Maurice, qui a présidé la cérémonie, était entouré du Cardinal Piat, des membres de son clergé et d’autres responsables religieux.
En livrant sa réflexion sur le leadership, Mgr Ernest a évoqué le respect des institutions et la notion de service sans faire de tri. « We should show the way when it comes to respect the institutions of our Republic and when it comes to serve one and all with fairness, irrespective of race, creed and colour ».
Selon Mgr Ernest, plus que jamais il y a un besoin de paix à Maurice comme dans d’autres pays. Dans le cœur de tout individu, dit-il, il y a une « soif de paix » et un « profond désir » de travailler pour un monde meilleur, tendant vers plus de justice et d’équité. « We have to first recognise that in each of us there is that longing for peace ». L’évêque de Maurice a insisté auprès des Mauriciens à plusieurs reprises durant son sermon « à être des artisans de paix ».
Mgr Ernest constate que les conflits surgissent et que les efforts de paix sont anéantis lors qu’il y a jalousie, égoïsme, repli sur soi, injustice, pauvreté, la soif du pouvoir et la compétition démesurée. Il a parlé de la compétition effrénée dans toutes les sphères de la vie, qui engendre, selon lui, un lot frustrations parmi ceux qui ne réussissent pas à atteindre leurs objectifs. « Everyone wants to be in power and to reach the top somehow », observe l’évêque de Maurice. Ce dernier s’est appesanti sur ce point en disant que « tout le monde à toute heure est en train de courir derrière quelque chose, mais quelques personnes seulement connaissent le but qu’elles veulent atteindre ». « Même si la majorité ne sait pas à quoi elle aspire, elle est dans la course. N’est-il pas vrai qu’une poignée de personnes seulement réussissent à obtenir ce qu’elles désirent ? »
Par rapport toujours à sa réflexion sur la question de compétition, Mgr Ernest dit que « beaucoup d’entre nous par toutes sortes de moyens arrivent à contourner la voie de la justice et de l’équité ». Il ajoute que cette manière de faire n’est pas sans conséquence car elle donne lieu souvent à une colère des uns contre les autres, pouvant déboucher sur des propos capables de « semer la haine » et « pouvant aussi causer préjudice aux autres ». Ce mécontentement, dit-il, conduit aussi à la violence verbale et physique. C’est ainsi que le chef de l’Église anglicane s’est référé à la situation qui a prévalu dans le pays ces derniers temps. « We have witnessed to it in our country lately. We all feel saddened by the state of things, overwhelmed by anxiety ». Cependant, Mgr Ernest a le ton optimiste en disant que « Dieu donne les moyens à tout un chacun pour faire face à la situation ». Il devait alors mentionner sa rencontre vendredi dernier avec le Premier ministre à l’invitation de ce dernier dans le contexte de mécontentement dans le pays suite aux propos à connotation raciste de l’ancien ministre Soodhun. « Nous avons vu comment avancer et comment ensemble nous pouvons rétablir la sérénité dans le pays », dit Mgr Ernest par rapport aux questions abordées lors de cette rencontre avec le chef du gouvernement.
Mgr Ernest a aussi fait part dans son homélie de sa préoccupation concernant l’augmentation de la violence envers les enfants, les femmes et les personnes âgées et a émis le souhait d’une réflexion sur ce qu’il qualifie de « most distressing situation ». « Il s’agit d’un problème qui requiert une attention urgente. Il est temps que tous les partenaires de la société mauricienne trouvent les moyens pour discuter ensemble des racines de cette situation alarmante », dit l’évêque de Maurice.
 

 
COLLÈGE ROYAL DE CUREPIPE : Le jour du Souvenir  attire une grosse foule
 
La commémoration du jour du Souvenir a été marquée hier par le dépôt annuel de gerbes devant le monument des soldats inconnus devant le collège royal de Curepipe. La cérémonie, d’une grande solennité, a attiré une grosse foule pour assister au défilé de la force policière en présence de dignitaires du pays. 
La présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, a été la première à déposer une gerbe faite de coquelicots. Elle a été suivie du Premier ministre, Pravind Jugnauth, du chef juge Matadeen, du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, du speaker adjoint Sanjeev Teeluckdharry, du doyen du corps diplomatique et du haut-commissaire du Bangladesh, Abdul Mannan Howlader, entre autres.
La présidente de la République et le Premier ministre ont ensuite salué les anciens combattants encore vivants et les membres de leur famille.