Un jour nous avons été eux

« Tant qu’un seul enfant naît dépourvu de ce qui lui revient légitimement en tant qu’être vivant, il y a usurpation car les biens venus de la terre, qui sont encore abondants, sont dédiés à tous les êtres vivants qu’elle héberge et non à ceux qui, par le pouvoir politique, la loi du marché, les finances ou les armes s’en attribuent la légitimité »
Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse)
Monsieur Soodhun, à la lecture du papier d’opinion de Sabrina Quirin dans la dernière édition de Week-End, je me permets d’avancer que vous n’êtes pas payé des deniers publics pour faire le pitre. Rien par contre ne vous empêche de pratiquer assidûment la clownerie, chez vous, discrètement entre amis, dans l’éventualité d’une reconversion. Je crois même que vous en avez de bonnes prédispositions. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais vos frasques verbales doivent causer de sérieux embarras au Premier ministre et à l’ensemble du gouvernement. À croire qu’ils n’en ont pas suffisamment.
Annoncer en public qu’une dame que vous auriez aidée « ena sink zanfan ek sink papa diferan » relève d’un manque flagrant de savoir-vivre. Mais de là à dire que vous gagn riye en pensant aux habitants de longères de Baie-du-Tombeau qui, pour la plupart, pran lamok al deor, vous faites preuve d’une cruauté monstrueuse. C’est pire que si on leur mettait un révolver sur la tempe. Cela démontre une absence d’empathie de votre part envers ces laissés-pour-compte de tous nos gouvernements qui se sont succédé depuis cinquante ans.
Monsieur le ministre, vous n’avez aucune raison de vous vanter d’être unique au monde. Vous ne l’êtes pas ! Le projet de construction de dix mille maisons pour les démunis, s’il se réalise, aura été le devoir du gouvernement. C’est une des missions que le peuple lui a confiées. Vous n’êtes qu’un exécutant, grassement payé des deniers publics. Même s’il vous a fallu, pour cela, aller quémander aux portes des princes. Il n’y a aucune générosité de votre part. Le budget et les terrains appartiennent de plein droit au peuple. 2019 approchant à grands pas, vous avez intérêt à vous magner si vous avez en tête de présenter un bilan acceptable à l’électorat. Ne laissez pas votre mégalomanie vous aveugler au point d’oublier que c’est le peuple qui est votre patron et qui sera votre juge à la prochaine échéance.
Avant d’offrir ses services, tout éventuel candidat à la députation devrait prendre conscience qu’il s’engage à travailler pour la population tout entière et que celle-ci, ainsi que ses générations à venir, est propriétaire du bien qui lui est confié. Son devoir est de faire en sorte qu’aucun être vivant de ce morceau de terre ne soit dépourvu de ses besoins basiques, surtout ceux que lui offre la nature : l’air, l’eau et la terre.
Un conseil à tous ceux, politiciens ou autres, qui, arrivés à un certain niveau, se croient au-dessus du lot : souvenons-nous toujours de notre passé. Nous  trouverons toujours dans un coin de notre histoire des parents ou grands-parents qui ont souffert de la grande pauvreté. Cela nous aiderait à mieux comprendre la douleur de nos frères qui subissent aujourd’hui les affres de la misère extrême.
Dans un discours fustigeant le sentiment antiréfugié, Barack Obama disait ceci : « Comme nous oublions vite. Une génération passe, puis deux et nous ne nous souvenons plus d’où nous venons. Et nous nous mettons à penser en termes de « nous » et « eux ». Sans nous rappeler qu’un jour nous avons nous-mêmes été « eux » ».
Nous pouvons en dire autant, concernant notre attitude envers nos pauvres.