« On note aujourd’hui une plus grande fréquence de la myopie dès l’enfance et l’adolescence. Une étude a démontré que près de 90% des jeunes en fin de parcours scolaire dans les pays développés d’Asie sont myopes, contre 25 à 40% chez les générations précédentes », fait ressortir le Dr Charles Lim Fat, ophtalmologue à l’hôpital Wellkin, dans le cadre de la Journée de la Vue, observée le 12 octobre. Par ailleurs, au vu de la forte prévalence du diabète à Maurice, le spécialiste encourage les patients diabétiques à se soumettre régulièrement à un contrôle ophtalmologique. « La rétinopathie diabétique reste la cause première de cécité chez les gens en âge de travailler dans les pays industrialisés », souligne-t-il.
Dans le cadre de cette Journée mondiale de la Vue, le Dr Lim Fat estime important de sensibiliser sur la prévention de la cécité évitable et l’amélioration de la vue. Et dans le contexte mauricien, il est particulièrement important, dit-il, « de sensibiliser sur  les complications oculaires liées au diabète ». Il conseille ainsi aux patients diabétiques de se soumettre à des tests réguliers. Quant aux jeunes, selon le médecin, ils sont de plus en plus nombreux à souffrir de myopie, qui « entraîne une mauvaise vue des objets éloignés sans affecter la vision de près ».
« Aujourd’hui, on note une plus grande fréquence de la myopie dès l’enfance et l’adolescence. Une étude a démontré que près de 90% des jeunes en fin de parcours scolaire dans les pays développés d’Asie sont myopes, contre 25 à 40% chez les générations précédentes. Aux Etats-Unis, le taux est passé de 25% dans les années 70 à 40% en l’an 2000. On ne connaît pas la cause particulière de cette épidémie de myopie mais les études aujourd’hui se penchent sur un autre facteur de risque potentiel, soit le manque de lumière naturelle », dit-il.
Se prononçant sur la lumière bleue provenant des écrans, le Dr Lim Fat indique qu’il s’agit d’une partie du spectre de la lumière dont les longueurs d’onde se situent entre 380-500 nanomètres. « Elle est émise par le soleil ainsi que les sources lumineuses artificielles, comme les ampoules LED ou les écrans de tablettes, portables, télés et laptops. La lumière bleue, en temps normal, nous aide à avoir notre rythme circadien (alternance veille/sommeil, Ndlr) et à notre humeur. Cependant, des recherches scientifiques ont démontré qu’une exposition prolongée au rayonnement de lumière bleue peut provoquer des lésions photochimiques de la rétine et du cristallin. En d’autres mots, la lumière bleue est un facteur de risque suspect dans le développement de la DMLA (dégénérescence maculaire liée a l’âge qui affecte la rétine, Ndlr) ainsi que la cataracte. ». D’autre part, poursuit le médecin, « des chercheurs ont démontré que deux heures d’exposition aux écrans à intensité maximale peuvent être suffisantes pour affecter la production nocturne de mélatonine », qui est notre “hormone du sommeil”. « Ils concluent qu’à long terme, cela peut interférer avec notre rythme circadien et engendrer des troubles du sommeil chroniques. »
Quant aux enfants, selon le Dr Lim Fat, l’Académie américaine de pédiatrie recommande d’éviter l’exposition à tout écran avant l’âge de 18 mois. « Pour les enfants de 2 à 5 ans elle préconise que le temps consacré aux écrans ne devrait pas dépasser une heure par jour. De 5 à 11 ans, les directives canadiennes suggèrent un maximum de 2 heures par jour. Outre le danger potentiel pour les yeux, qui n’est pour l’instant pas quantifiable, plusieurs études indiquent qu’une trop grande exposition aux écrans en bas âge pourrait nuire au développement du langage, à l’attention, au comportement, à la qualité du sommeil ainsi qu’à la santé générale chez l’enfant, comme l’obésité, la fatigue, les troubles de postures ou le manque d’activités physiques. »
Les problèmes de vue les plus fréquents pour lesquels les patients viennent consulter sont la cataracte (opacification graduelle du cristallin de l’oeil qui cause des symptômes tels la baisse de la vue et l’éblouissement face à la lumière vive), le glaucome (maladie insidieuse où il y a atteinte au nerf optique pouvant aboutir à la perte totale de la vue, souvent causée par une pression oculaire trop élevée) et la rétinopathie diabétique, qui affecte les vaisseaux sanguins de la rétine et, souvent, commence à poser des problèmes visuels lorsque le diabète est mal contrôlé. « Il faut se rappeler que particulièrement dans les cas de glaucome et de rétinopathie diabétique, l’identification précoce de la maladie et la mise en place d’une intervention appropriée sont essentielles afin de prévenir la déficience visuelle. »
Les patients doivent subir une chirurgie lorsque « dans le cas de la cataracte, par exemple, le cristallin de l’oeil devient de plus en plus opaque et les lunettes n’arrivent plus à corriger la vue » suffisamment. La chirurgie (la phacoemulsification) enlève le cristallin et le remplace par un implant intraoculaire, qui va ainsi restaurer la vision. « S’agissant du glaucome, la chirurgie est généralement réservée pour les cas ou la pression oculaire n’est pas adéquatement contrôlée avec des collyres ou s’il y a détérioration du champ visuel malgré les médicaments. Les complications liées au diabète, notamment hémorragie intraoculaire ou décollement de rétine, se traitent également à travers la chirurgie. »
Pour une bonne vue, le médecin recommande de protéger ses yeux au moyen de port de lunettes de protections durant les activités manuelles, comme le bricolage ou les activités sportives, comme le squash. « Les lunettes de soleil protègent les yeux contre les rayons ultraviolets. On sait que le tabagisme est associé à la cataracte et à la DMLA. » Une alimentation riche en légumes verts, caroténoïdes et antioxydants peut limiter les maladies dégénératives. Par ailleurs, « un contrôle systématique régulier et annuel est conseillé à partir de 40 ans et est surtout primordial pour éviter la déficience visuelle dans les cas de diabète et de glaucome, surtout s’il y a un antécédent familial. »