KEE CHONG LI KWONG WING (SBM Holdings Ltd) : « Des ressources financières adéquates pour le rachat de la FCB»

Kee Chong Li Kwong Wing, président du conseil d'administration de la SBM Holdings Ltd, annonce la relance, début 2017, des activités de la Fidelity Commercial Bank (FCB) au Kenya, institution que vient de racheter le groupe bancaire mauricien et qui sera connue sous l'appellation SBM Bank (Kenya) Ltd. Dans l'interview qui suit, il revient sur les conditions d'acquisition de la banque kényane et les garanties obtenues des parties concernées par la transaction. Il affirme que la SBM Holdings Ltd dispose de ressources financières adéquates pour injecter des capitaux frais dans la FSB.

Pourquoi la Fidelity Commercial Bank et non une autre banque kényane ou régionale? N'aviez-vous pas la possibilité d'implanter une nouvelle branche au Kenya ou en Afrique de l'Est?
Une excellente opportunité s'est offerte à la SBM Holdings Ltd à travers ce rachat de la FCB. Il est bon de souligner que notre groupe était en discussions avec d'autres banques depuis plus d'une année en vue d'une acquisition mais nous n'avons pas jusqu'ici d'offres intéressantes. Concernant la FCB, qui compte une vingtaine d'années d'existence, il faut se rappeler que ses performances étaient satisfaisantes jusqu'en 2014 et que les difficultés ont commencé en 2015, l'institution financière concernée devant faire face à une crise de liquidités et à un accroissement de ses créances douteuses.
La banque est passée sous l'administration de la Banque centrale du Kenya. Celle-ci a ensuite cherché un acquéreur crédible et solide pour reprendre les activités de la FCB. La SBM Holdings Ltd s'est mise sur les rangs et a engagé des discussions avec les autorités bancaires ainsi que le ministre des Finances du Kenya en vue d'obtenir certaines garanties. Nous avons négocié ferme avec les propriétaires de la FCB, des négociations qui ont duré environ huit mois. Quand toutes les conditions ont été réunies pour un "take over", nous sommes passés à l'action. La banque centrale du Kenya a très bien accueilli la décision de la SBM de racheter la FCB dans le but de redonner confiance dans le système bancaire kényan et surtout pour la sauvegarde des dépôts de la clientèle locale.
Quant aux possibilités d'implantation d'une nouvelle branche au Kenya, je dois souligner que c'est une option difficile à envisager si l'on n'a pas une bonne connaissance et maîtrise du marché, un personnel local d'expérience et un portefeuille de clients. Un démarrage "from scratch" aurait comporté des coûts énormes. Nous avons racheté la FCB pour un dollar. Il y a eu des négociations ardues pour qu'on mette de côté les créances douteuses, les actifs dit toxiques. Il faut en outre considérer que nous avons obtenu un "running bank" avec un bilan de l'ordre de Rs 4,5 milliards, des bâtiments et un réseau de quatorze succursales.

La décision a-t-elle été mûrement réfléchie?
Le projet de rachat a été disséqué et évalué par les conseils d'administration de la SBM Bank et de la SBM Holdings Ltd. Il a fait l'objet d'une étude dite de "due diligence" par le cabinet BDO ainsi qu'un "enhanced due diligence" par la firme PwC. Le cabinet de légistes d'African Legal Network dont le représentant local est la firme BLC a aussi travaillé sur cette acquisition pour laquelle notre groupe a bénéficié des conseils de l'expert indien Moses Harding, qui a une grande expérience de la réglementation bancaire et des rapports avec les banques centrales.

D'aucuns affirment que la FCB est une petite institution bancaire et qu'elle faisait face à des difficultés au niveau de la gouvernance et du respect des normes bancaires.
Nous étions au courant de l'état de situation de la banque et c'est pour cette raison que nous avons effectué plusieurs missions d'évaluation au Kenya avant de faire une offre de rachat. Le Kenya, comme vous le savez, a enregistré la fermeture de trois banques sur la période août 2015-avril 2016, une situation qui a engendré une crise de confiance systémique. Des répercussions négatives ont été notées sur d'autres banques incluant la FCB. Cela a entraîné une érosion de la base des dépôts, un manque de liquidités et des pertes, forçant la banque centrale kényane à y injecter des liquidités.
Le mot dans l'écriture chinoise se décline en deux caractères qui démontrent, d'une part, le danger, et, d'autre part, l'opportunité. La SBM Holdings Ltd a voulu minimiser tous les risques et prépare un plan de relance de la FCB.

Des informations reproduites par la presse africaine font état d'indicateurs de performance en dessous des normes prescrites et des règlements de la banque centrale du Kenya. Vos commentaires.
La banque centrale du Kenya est en train de faire le ménage dans le paysage bancaire du pays. Des normes et règlements stricts sont appliqués pour assurer une meilleure gouvernance des institutions concernées et une consolidation du capital des banques. C'est une démarche saine qui augure d'un meilleur avenir pour le secteur bancaire national. Le moment est donc propice pour une incursion dans ce marché.
 
Quelle est la prochaine étape à suivre avant votre installation physique à Nairobi?
Nous procédons à l'ébauche du document de rachat (Share Purchase Agreement) de la FCB, cela en concertation avec les propriétaires et les banques centrales de Maurice et du Kenya. Il y aura définitivement un "ring fencing" de tous les "non performing loans" de la FCB que nous ne porterons pas dans nos livres et que nous allons aider les propriétaires à recouvrir au fil des temps. Nous procéderons également à des changements au niveau du "Top Management". Nous avons déjà délégué des chefs de département à Nairobi pour veiller à ce que la transition se déroule sans difficulté. Nous sommes à la recherche d'un Chief Executive Officer déjà basé au Kenya pour prendre la tête des opérations. Ces actions se passent très bien. Le public kényan, avons-nous constaté, a accueilli notre démarche avec beaucoup d'espoir.
Il ne faut pas oublier que l'État mauricien est actionnaire majoritaire dans la SBM Holdings Ltd, groupe bancaire qui, en outre, est coté sur le marché officiel de la Bourse. Les autorités bancaires kényanes nous font confiance et sont au courant du fait que notre entrée sur le marché local cadre avec la stratégie africaine du gouvernement. Au regard de son bilan, la SBM Holdings Ltd se classe parmi le Top "Tier-I " des banques basées au Kenya. Par ailleurs, il faut savoir que certaines banques locales ont été amenées par le passé à se retirer de certains pays africains.

Pouvez-vous donner une indication de la date à laquelle la SBM Holdings sera en mesure de compléter les procédures administratives et légales avant le démarrage de ses opérations kényanes?
Nous avons jusqu'à décembre 2016 pour compléter toutes les démarchés légales pour la relance des activités de la FCB sous la franchise SBM. Nous prévoyons pour début 2017 le lancement officiel de notre nouvelle filiale qui portera le nom de SBM Bank (Kenya) Ltd.

Etes-vous en mesure de dire comment vous comptez financer l'acquisition de la FCB?
Je suis étonné de constater que certains soi-disant experts financiers s'interrogent sur notre capacité à financer ce rachat. Il est utile de souligner que la SBM Holdings Ltd dispose actuellement d'actifs liquides en excès de l'ordre de Rs 11 milliards dont un excédent de fonds propres de Rs 5,8 milliards destiné à des investissements stratégiques tels des projets d'expansion à l'international. Le groupe bancaire a, en outre, un montant estimé à Rs 3 milliards qui a déjà été placé depuis trois ans en Inde en vue du développement des branches et qui n'a pas été utilisé jusqu'ici.
L'injection d'un montant d'environ Rs 510 millions dans le capital de la FCB n'affectera en aucun cas la liquidité de la SBM à Maurice. La banque dispose d'un ratio d'adéquation du capital de 27% qui est supérieur au minimum requis ( 12%) par la Banque de Maurice en conformité avec les dispositions de Bâle III.
L'occasion est aussi propice pour corriger une analyse malveillante des résultats de la SBM cette année et qui soutient que ces résultats ne peuvent être comparés à ceux de 2014 et de 2015 mais à ceux de 2013. Il faut préciser que les résultats de 2014 et de 2015 ont été plombés par des "impairment losses" dues aux problèmes rencontrés par un conglomérat ainsi qu'à des dépenses non inscrites dans notre bilan "Profit & Loss" et attribuables au projet informatique. Ce projet, je dois le faire ressortir, est un héritage lourd de la précédente direction de notre groupe bancaire.
Même si l'on doit comparer les résultats de 2016 à ceux de 2013, il y a lieu de les relativiser. On doit considérer que les revenus de 2013 ont été artificiellement relevés par un "one off sale" de nos investissements dans VISA et MasterCard et que les dépenses pour la même année ont été allégées par la non-comptabilisation des dépenses dans la plateforme informatique. Cette situation est expliquée par le fait que l'ensemble de l'équipement IT ainsi que le logiciel avait été déprécié en totalité alors que les nouvelles dépenses liées à notre système informatique n'avaient pas été prises en compte mais ont été retenues sous un item séparé pour dépréciation après la livraison finale du système. Par contre, les résultats de 2016 prennent déjà en compte la dépréciation de notre système informatique qui est déjà fonctionnel.
Bref, tout cela est très technique mais au final nous avons un bilan qui a été épuré de toutes les charges "intangibles" et cachées. La SBM Holdings Ltd jouit d'une bonne gouvernance et d'un management nouveau. Nous sommes confiants que les résultats seront meilleurs à l'avenir. Nous avons en perspectives d'autres acquisitions dans les marchés émergents.