KEVIN RAMKALAON: « L’accent est mis de plus en plus sur une “attraction based tourism” »

La Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) a publié cette semaine la version française de la nouvelle brochure touristique de l’île, qui sera mise à la disposition de toutes les agences de promotion à Maurice et dans le monde. Dans une interview accordée au Mauricien à cette occasion, Kevin Ramkalaon, directeur de l’agence de promotion touristique de Maurice, parle de la stratégie de promotion dans laquelle la MTPA s’est engagée. « L’accent est mis de plus en plus sur une “attraction based tourism” », explique-t-il. S’il insiste sur les efforts consentis en vue de diversifier le marché touristique de Maurice, il considère aussi que l’apport d’Air Asia est complémentaire, et non pas concurrentiel, par rapport à Air Mauritius.

La MTPA vient de présenter sa nouvelle brochure. Pouvez-vous nous en parler ?
La brochure regroupe les activités disponibles à Maurice sous quatre thèmes, à savoir s’évader, se revitaliser, s’amuser et découvrir. La brochure s’ouvre avec la photo en gros plan d’un mannequin mauricien et présente brièvement Maurice. Puis on entre directement dans le chapitre « s’évader » en présentant toutes les activités marines, aériennes et terrestres. Il y a très peu de pays qui offrent une telle variété d’activités en dehors des hôtels de luxe et des plages. Nous présentons des activités sous-marines, d’autres à la surface de l’eau avec des catamarans et des bateaux hors-bord, des activités aériennes avec des ULM, des hydravions, des hélicoptères, des activités terrestres avec le golf, les parcs et les jardins… Nous recommandons par la même occasion la visite d’une série de parcs incontournables. Le chapitre « se revitaliser » présente tous les sports nautiques qui peuvent être pratiqués dans l’île ainsi que des sports « d’adrénaline » comme le kite surf, la tyrolienne et le saut en parachute. Les sports terrestres comprennent la marche avec les lions, les trails, le cyclisme. Le spa et le ressourcement sont incontournables pour se revitaliser. Le chapitre « s’amuser » tient en compte les activités familiales ou entre amis. Cela comprend la cuisine traditionnelle et gastronomique, les plages, les randonnées permettant de découvrir l’île Maurice profonde et le shopping. À ce propos, des idées cadeaux sont mises à disposition des visiteurs.
Les sites des patrimoines nationaux et internationaux figurent également. Les sites et les activités ont été choisis par des « destinations managers » travaillant sur tous les marchés touristiques. Ils n’ont rien raté et présentent également les musées, la faune et la flore du pays. Les choix ont été faits de façon scientifique. Des itinéraires sont également proposés, dont une journée à Port-Louis. Des itinéraires à suivre pour une dizaine de jours sont également présentés. La brochure fait en sus la part belle à Rodrigues et aux Îles Vanilles. Elle est lancée en français, sera bientôt traduite en anglais et sera distribuée à travers le monde avec l’aide de nos partenaires.

La brochure illustre l’évolution de la promotion touristique à Maurice. Que vend-on de nos jours ?
Aujourd’hui, on démontre aux touristes qu’en venant à Maurice, ils peuvent découvrir les meilleurs hôtels de l’île, mais aussi une panoplie extraordinaire d’activités et de produits. L’accent est mis de plus en plus sur une « attraction based tourism ». À travers ces brochures, les touristes peuvent s’éduquer en amont et organiser eux-mêmes leurs vacances dans l’île, en choisissant ce qu’ils souhaitent voir et en préparant leurs propres programmes de visite. Les touristes européens s’intéressent en premier lieu à la plage et aux activités marines. Graduellement, ils sont initiés aux activités culturelles, historiques et attractives de l’île. Pour leur part, les touristes asiatiques viennent dans l’île surtout pour les activités. Nous leur montrons que Maurice est une « island resort » et qu’ils peuvent avoir ce qu’ils souhaitent en termes « d’island experience », mais qu’il y a aussi d’autres activités. Les Chinois voyagent pour la culture et veulent observer la dimension culturelle. L’Indien s’intéresse également à la culture, mais on l’offre aussi toute une gamme d’activités sportives et de découverte de l’île. Les touristes peuvent avoir accès à l’application « my Mauritius » sur leur tablette et smartphone pour mieux appréhender leur voyage, que ce soit à travers une copie imprimée ou en ligne de notre brochure, qui a été préparée par toute une équipe sous la supervision du ministre du Tourisme, qui a donné beaucoup d’idées.

Vous avez participé à une série de foires et à des activités de promotion. Avez-vous constaté une évolution du profil des touristes ?
Pour les marchés matures comme la France, ceux qui vendent Maurice connaissent déjà nos offres en termes de plages et d’hôtels. Ils sont toutefois toujours surpris par la richesse des activités que l’on offre. Nous rentrons de Top Resa, qui était exceptionnel cette année. Bien sûr, la dimension sécuritaire est importante. Lorsque quelqu’un est en vacances, la première chose qu’il souhaite est d’avoir un séjour « stress free » en étant libre de faire ce qu’il veut. Parmi nos marchés principaux, notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, on positionne l’île Maurice comme une destination « premium ». Cependant, nous sommes obligés de bien mettre l’accent sur la spécificité de nos produits par rapport aux autres destinations de la région, comme les Maldives ou les Seychelles, grâce à notre richesse culturelle.

On parle beaucoup de diversification du marché touristique. Concrètement, comment cela se traduit-il ?
Il y a dix ans, 67 % de notre marché étaient européens et 5 % à 6 % asiatiques. Aujourd’hui, le marché européen représente toujours 55 % de notre marché touristique. Mais le marché asiatique est passé à 18 %. La diversification est vraiment en train de se produire.
La diversification doit être vue de manière globale. Ce n’est pas uniquement le nombre de marchés qui compte, mais également le « timing ». La diversification tient en considération la saisonnalité. Durant la saison de pointe, qui commence en septembre, Maurice est ouverte à toutes les destinations. Les touristes arrivent essentiellement de nos marchés traditionnels. La diversification nous est beaucoup plus propice entre mai et septembre. Durant cette période, nous recevons davantage de touristes indiens. En juin, juillet et août, les touristes chinois arrivent en force. Ces marchés nous permettent de rééquilibrer la courbe des arrivées et permettent aux opérateurs touristiques d’avoir de meilleures prévisions pour l’industrie touristique.

Au vu des statistiques, il n’y a pas eu de basse saison cette année ? Pouvez-vous continuer sur cette lancée ?
Nous souhaitons continuer à niveler le taux d’arrivées tout au long de l’année vers le haut. Maurice, en décembre, n’est pas la même en juin. Sa beauté est différente. Nous continuerons à mettre l’accent sur l’attrait du pays durant la saison hivernale. On prévoit l’organisation l’année prochaine du Festival des Alizées, en août et septembre.
A cette occasion, toutes activités associées à la mer et aux vents seront mises en valeur, notamment le Kitesurf et le windsurf, qui ont un potentiel international. Ces activités attirent des grands noms dans ce domaine. Ainsi, on a eu, en septembre de cette année, le championnat mondial de kitesurf. En regroupant toutes les activités associées aux vents et à la mer, on peut créer une belle publicité pour l’île et attirer aussi bien les Mauriciens que des étrangers à des spectacles extraordinaires, et qui sont magnifiques à voir. Notre stratégie consiste à mettre de l’avant les avantages de chaque période. C’est ainsi que nous assurerons une croissance durable.

Quid du festival du shopping ?
On ne l’a pas organisé cette année. Il y a eu la Shopping Fiesta, en 2015. En 2016, nous avons regroupé toutes les activités de la saison hivernale sous la bannière de Maurice 365, qui a été une réussite. Une brochure consacrée à cette période a été bien accueillie. Nous avons été visibles dans les médias mondiaux à travers CNN, Skynews, LCI, etc. Nous avons inclus le shopping dans cette campagne de promotion. L’expérience nous a montré que les touristes viennent pour les activités sportives et culturelles ou parce qu’on a réussi à marquer leurs esprits.

Le golf est-il inclus dans votre portefeuille de promotions ?
Nous continuons à promouvoir le golf. L’Afrasia Mauritius Golf Open a bien marché jusqu’ici. Toutefois, l’année prochaine, nous envisageons de l’organiser plutôt en novembre qu’en juin. Ce mois est plus propice pour présenter Maurice sur la scène golfique. On compte désormais 11 golfs à Maurice, qui commence à se faire un nom parmi les tour-opérateurs. Hormis ce sport, Maurice commence également à être connue pour le cyclisme, que ce soit à travers le tour de l’île ou pour les autres courses. Le « trail » prend également de l’ampleur, notamment à l’intérieur du pays, ce qui permet aux participants d’avoir une vue du paysage de l’île. Tout cela a permis d’augmenter la visibilité du pays. C’est la raison pour laquelle les compagnies aériennes s’intéressent de plus en plus à Maurice. Edelweiss a effectué son premier vol saisonnier mercredi matin, Austrian arrivera à la fin du mois. Lufthansa reprendra du service à la fin du mois. Condor a mis un vol additionnel à destination de Maurice. Air Asia est arrivé mardi. L’idée de visites conjuguées dans deux destinations comme Maurice-Réunion fait son chemin. On travaille actuellement avec une compagnie située au Sud de La Réunion. On continuera éventuellement avec d’autres pays de la région, dont Madagascar.
Il est inévitable que la croissance touristique passera par l’apport asiatique, que ce soit en provenance de l’Inde et la Chine, mais aussi de Corée du Sud, du Japon et d’Australie. Il faut d’abord travailler sur le produit mauricien. En plus des bureaux de promotion en Inde et en Chine, nous comptons mettre en place d’autres bureaux pour la Malaisie et Singapour. Pour réussir, il nous faut des connexions aériennes. Actuellement, Air Mauritius a des vols directs sur la Chine. Beaucoup de Chinois passent également par Dubaï grâce à Emirates, qui est également présente sur le marché chinois. Plus on aura des connexions vers l’Asie et mieux ce sera. C’est ainsi que l’idée du couloir aérien Singapour-Maurice est en train de faire son chemin.
Du côté Afrique, grâce à Air Mauritius et SAA, nous avons belle perspective en Tanzanie. Les dirigeants du Tanzanie Tourism Board seront d’ailleurs à Maurice cette année pour pouvoir présenter un « two centered product ». Les touristes pourront venir à Maurice pour les plages et les autres activités avant de se rendre en Tanzanie.

Pensez-vous que la campagne de promotion en Chine est suffisante ?
Il est clair que le marketting en Chine passera par les services « online » et les télévisions chinoises. La campagne dans la presse chinoise et les billboard ne donne pas les résultats escomptés. La Chine et tellement grande.

Quels sont les touristes chinois qui viennent à Maurice ?
Ce sont d’abord des groupes d’amis et des familles. Récemment, on a lancé une campagne concernant le « Free Wechat », qui est très utilisé en Chine. Nous prévoyons l’organisation d’un Shanghai Week. Deux projets sont en gestation, notamment la création d’un Chinese Club, qui permettra de regrouper les partenaires touristiques mauriciens qui voudraient travailler sur le marché chinois. Nous avons également des projets avec des opérateurs chinois, qu’on présentera plus tard.

La MTPA devrait normalement participer à une campagne menée conjointement avec le Changi Airport…
Le Shangi Airport organisera un « road show » en Asie en partenariat avec Air Mauritius. Nous y participerons également.

Quel sera l’apport d’Air Asia pour Maurice ?
Air Asia est un « low cost » permettant à ceux voulant venir à Maurice d’avoir un choix. L’apport d’Air Asia est plutôt complémentaire à notre stratégie de promotion. Elle couvre quelque 40 villes de Chine. Elle peut nous amener la clientèle des petites villes. Elle peut également nous amener le marché indonésien, malaisien et asiatique en général. Air Mauritius est un partenaire de choix travaillant surtout sur le « tiers one ».

Le mot de la fin…
Maurice est une destination de classe. Notre promotion se fait au niveau des couples et de la famille. Après avoir eu la chance, depuis mon arrivée, de voir de visu ce que représente la marque Maurice dans le monde, je peux vous dire que je suis fier de travailler pour le tourisme mauricien. Quel que soit l’angle dont vous regardez Maurice – que ce soit dans le secteur financier, comme producteur de sucre ou de textile, voir en tant que port et aéroport –, il faut reconnaître que notre image dans le monde est extraordinaire. C’est une grande fierté pour moi de travailler au sein de la famille de l’industrie touristique locale.


ARRIVÉES TOURISTIQUES: 40 000 touristes supplémentaires durant la période hivernale
Maurice a accueilli 91 384 touristes en septembre dernier, soit une hausse de 8,2 % par rapport à septembre 2015. De janvier à septembre de cette année ce sont 880 890 touristes qui ont séjourné dans le pays, ce qui fait une augmentation de 9,7 % pour les neuf mois, par rapport à la même période en 2015.
Élément marquant, la période de mai à septembre traditionnellement connue comme la basse saison a vu l’arrivée à Maurice de 40 000 touristes supplémentaires cette année par rapport à l’année dernière.
En effet, de mai à septembre, environ 462 000 touristes ont séjourné à Maurice comparé à 422 000 durant la même période en 2015.
« Nos efforts pour éliminer la basse saison ont été un succès », se réjouit le Premier ministre adjoint Xavier-Luc Duval. La destination mauricienne a ainsi atteint ses objectifs de croissance durant la saison d’hiver tropical.
De plus, la plupart des marchés importants ont enregistré une bonne performance en septembre, notamment les marchés européens qui totalisent 51 565 visiteurs. C’est ainsi que la France, le marché numéro un de la destination mauricienne, augmente de plus de 9 % avec 12 300 touristes le mois dernier. L’Allemagne a fourni pratiquement autant de touristes que la France avec 10 800 visiteurs en septembre et 40,3 % d’augmentation. Mais c’est le marché britannique qui a fourni le plus de touristes en septembre avec 14 000 visiteurs et une augmentation de 5 % par rapport à septembre 2015.
Ailleurs, l’Afrique du Sud, La Réunion et l’Inde affichent aussi des taux de progression intéressants en septembre.