KI DIL SEYCHELLES?

« Si l’on passait l’année entière en vacances; s’amuser serait aussi épuisant que travailler. » William Shakespeare, Henri IV

Nous sommes arrivés aux Seychelles le 4 août… Ces vacances tardives (nous sommes des juillettistes convaincus) n’étaient pas sans attentes particulières : non contents d’être pressés de partir, nous privilégions depuis des années un break ensoleillé; hors de question de rentrer plus blancs que nous ne sommes partis. Ma peau de métisse se réjouit d’avance à l’idée de faire le plein de vitamine D. Seulement voilà: ce voyage ne commence pas dans les meilleures conditions. À notre arrivée, nous nous trompons de file à l’aéroport (30 minutes dans les pattes!). Avant de nous laisser partir, les douaniers nous taquinent à propos d’une vague, mais pas illégale, histoire d’alcool; mais ils sont seuls à rire. Mon chéri s’est foutu dedans en réservant notre véhicule, d’où l’annulation de notre réservation. Le taxi nous coûte 500 roupies seychelloises (MUR 1 275.00/13€) pour huit minutes de trajet. L’Internet est nase de chez nase, et pour couronner le tout, dès le lendemain, pluies ininterrompues pendant trois jours entiers… Au terme de ce troisième jour, il était temps de prendre le large, bye-bye Eden Island.
Pas de bol, le trajet de Mahé à Praslin sur Cat Cocos est plus que mouvementé, la mer n’est pas clémente, le ferry a vite fait de se transformer en hôpital. C’était pas joli joli. Nous avons fait honneur à notre statut d’îliens, mais pour les autres passagers… je vous passe les détails. Il pleut encore quand nous embarquons sur Gros Plan, le catamaran de la compagnie Dream Yatch Charter, où nous sommes invités par un ami de mon chéri – un milliard de mercis s’imposent ici. Nous adoptons Dereck, le skipper, comme un membre de la famille au moment même où nous le rencontrons. C’est notre premier contact véritable avec les Seychellois, et c’est lui qui nous emmènera vers le soleil, destination : Curieuse Island.
La couverture nuageuse se dissipe peu à peu, et « Bon Die beni » nous avons enfin droit à un coucher de soleil digne de ce nom. Eh oui, je suis exigeante à ce propos! Après tout, je vis sur la côte ouest de l’île Maurice, là où il y a les plus beaux couchers de soleil du monde, alors je peux me le permettre!!! (Ah, chauvinisme quand tu nous tiens!) Une nuit franchement agréable, où nous profitons pour faire connaissance avec notre marin chevronné. Au réveil, il nous conduit à Anse Lazio. Il s’agit d’une longue plage, suffisamment prisée pour que nous lui préférions une minuscule crique que nous joignons à la nage, équipés du strict minimum du snorkeleur de base, découvrant au passage les rochers de granite, les coraux et leur population de poissons colorés… Un bonheur à l’état pur… Je prie pour que mon appareil photo amphibie chope quelques clichés dignes de ce nom, parce que sans écran, je shoote à l’aveugle!
De retour à bord, nous décidons de revenir vers Curieuse où se tiennent des BBQ. Nous y visitons la maison du Dr Mac Gregor, transformée en mini-musée. À l’époque, il était responsable de la léproserie, car l’île servait de quarantaine à ceux atteints de la maladie. Le barbecue est excellent, et surtout, nous y croisons Ras Ricky, (l’un des interprètes de Foulilaba), chanteur et skipper.
De là, nous filons vers Côte d’Or, histoire de changer nos dollars en roupies seychelloises (SCR) et alimentons le crédit de nos cellulaires, parce que nos forfaits misérables de départ ont vite été consommés, faut savoir qu’Internet coûte une blinde ici! Nous rejoignons la côte d’Archipel à pied en observant les crabes qui sont embêtés par les vaguelettes. Le sable fin comme une farine tamisée, les plantes exotiques et la mangrove quasi-intacte réservent de belles surprises quand on y découvre des ouvertures servant de raccourcis pour piétons impatients.

La Digue

Aujourd’hui, nous arrivons sur l’île tant attendue de La Digue. Si je me suis mis à l’écriture si tôt, c’est que j’ai peur de perdre le fil à force de mouiller chaque soir sur une nouvelle côte…
Cette île a un truc spécial. Nous arrivons en pleine préparation des festivités du 15 août : ici, c’est l’événement qu’ils attendent toute l’année. Les gîtes, hôtels et autres logements à louer sont réservés un an d’avance pour cette occasion. Pour posséder un véhicule ici, il faut un permis spécial. Aussi, tout le monde se déplace à vélo. Qu’à cela ne tienne, nous en louons un chacun, et nous voilà partis pour une longue balade. Les routes sont en pavés de béton sur la plupart du trajet, ce qui facilite grandement la progression, la caméra embarquée tourne à plein régime. Arrivés à Grand Anse, nous découvrons une plage magnifique et des vagues splendides. Coup de soleil garanti pour tous…
À ce propos, dès le premier jour, dans mon empressement à découvrir les poissons phosphorescents, j’ai zappé la protection solaire et j’ai brûlé vive, il n’y a pas d’expression mieux appropriée pour l’exprimer. Ce qui m’a valu le sobriquet de Trump pendant quelques jours. Je sais bien que c’est pour rigoler, mais je n’ai pas particulièrement apprécié la comparaison; qui plus est, je suis plus marron qu’orange. J’aurais clairement préféré qu’on m’appelle Obama! Ceci dit, je ne suis pas une grande fan de la petite reine, je savais que le lendemain serait une journée de souffrance… Au retour, nous nous mettons d’accord, épuisés que nous sommes, hors de question d’aller dîner sur l’île, je vais me mettre aux fourneaux.

La vie à bord

Cette aventure est ponctuée d’une tonne de ‘premières fois’… Première fois que je cuisine en équilibre dans un espace de 70 cm de large, premiers bleus dus aux tangages, premières douches rock’n’roll pour les mêmes raisons, premières nuits bercées au rythme des flots, premiers réveils de rêve en mer… J’aime tellement ça, que je suis convaincue que j’aurais le mal de terre à la fin de notre délire marin… et d’une certaine façon, c’est arrivé ! Moi qui suis habituée aux grands espaces (même si je m’adapte sans peine à des espaces plus restreints en voyage), je me vois soumise à bien des contraintes : se shampouiner avec les coudes qui cognent aux parois de la cabine de douche, se transformer en girouette dans la cuisine, et puis, cette proximité de tous les instants…
Je ne suis pas une adepte de la vie en communauté, et même si j’aime mes compagnons de voyage de tout mon cœur, en sachant que c’est réciproque, je peux avancer sans me tromper que nous nous tapons mutuellement sur le système. C’est bien simple, sur un catamaran, on tourne en rond! Par bonheur, nous faisons des haltes passionnantes et nous avons de la visite quotidiennement.
Certaines choses sont impératives à bord : garder les parties communes propres, ce qui relève de la responsabilité de tout un chacun. Ce n’est pas bien compliqué, sur Gros Plan, chaque chose a une place, et les rangements ne manquent pas. Enlever ses savates en embarquant est une habitude facile à prendre, et j’adore être pieds nus. Quant aux cabines, nous ne nous y éternisons pas, juste le temps d’utiliser la salle d’eau et dormir… Du coup, la mienne s’est vite transformée en foutoir général, une cacophonie de t-shirts et de bouquins en cours de lecture, de sacs de voyage… Bref, le bordel habituel quoi! Mais en plus concentré.
Il n’empêche que très vite nous avons établi une routine. Réveil et petit-dej sur le pont arrière, et pendant qu’il y en a un qui fait la vaisselle, un autre range le désordre et les deux autres se douchent et puis on alterne jusqu’au départ qui est ponctué par une série de bips stridents et le bruit de l’épaisse chaîne de l’ancre qui remonte. Une semaine que je suis rentrée et me voilà déjà nostalgique de ces cinq jours passés sur l’eau.
Une superstition locale veut qu’avec des bananes à bord, les poissons ne mordent pas. Pour le moment, ils mordent, mais repartent avec nos appâts ou les relâchent… Bananes en stock: 5, prises à la fin du séjour en catamaran: 0.

La fin de l’aventure

Alors que le port reprend vie, que certains se réapprovisionnent en eau douce, les embarcations serrées servent de passerelles, on s’interpelle d’un pont à l’autre, on nous emprunte même notre serpillière. Nous croisons la famille d’à-côté, échangeons quelques sourires et quelques paroles polies… En un clin d’œil, nous sommes partis, nous avons plusieurs heures avant Mahé.
Le catamaran est magnifique, d’une blancheur éclatante, et les voiles déployées qui nous emmènent vers d’autres aventures confèrent à ce dernier trajet une certaine forme de majesté.
 

Guide du novice en catamaran
• Prévois une connexion Internet, ce n’est pas du luxe!
• Les courses sont aussi à prévoir, si t’as plus de bibine, ben… t’en as plus!
• Il est possible de laver ses vêtements (à la main, faut pas rêver non plus!) et les faire sécher à bord.
• ECOUTE les instructions… c’est important… non mais!
• Entrer dans les parcs marins – qui sont des réserves naturelles – ou sur certaines  îles, ça a un coût, donc faut avoir des roupies… évidemment! (SCR 60 pour mouiller à La Digue, SCR 200 pour descendre à Curieuse, etc.)
• Il te faut une petite pharmacie pour survivre à tout: bobos, coups de soleil, gueule de bois… et plus si affinités!
• Fais un petit stock d’eau, l’air marin ça donne soif.
• Il te faudra une protection solaire, une qui ne plaisante pas… même à l’ombre.
• Il est possible de louer des cannes à pêche, il suffit de le préciser lors de la réservation!