Kim Yip Tong est chargée de la vidéo projection pour l’ouverture des Jeux des Îles de l’Océan Indien. De la projection visuelle aux tableaux, l’artiste cumule les projets artistiques à Maurice et ailleurs. Le temps d’une rencontre chez elle à Tamarin, elle invite Scope dans son univers, entre pinceaux et curseur.

Cheveux au vent, Kim Yip Tong arbore un look d’été dans un débardeur ample. L’air marin et la chaleur étouffante ne l’empêchent pas de s’atteler à son travail, à l’ombre de sa terrasse en tôle cannelée blanche et rouge. L’artiste travaille sur une animation visuelle pour le spectacle de la cérémonie d’ouverture des Jeux des Îles de l’Océan Indien, qui se dérouleront du 19 au 28 juillet à Maurice. Elle est responsable de toute la partie consacrée à la vidéo projection. Un contenu audiovisuel où le son, les images et la voix captent l’attention. “Nous avons commencé la création en décembre 2018. J’ai trois mois pour réaliser 60 minutes d’animation”, dit-elle d’une voix fluette. “C’est un vrai défi.” Car la conception d’un film d’animation peut prendre jusqu’à un an.

Peinture animée.

Kim Yip Tong est chargée de cours d’art contemporain à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes (ENSA) à Médine. Rayonnante, la fille de Percy Yip Tong crée au gré de ses envies. “L’animation vient d’une volonté de donner vie à mes tableaux. Même quand ils sont statiques, il y a toujours une histoire dans ma tête.”

Pour la jeune femme de 27 ans, le point de départ a été la peinture. “Dans ma famille, nous sommes tous assez créatifs. Ma grand-mère peignait. Avec ma sœur et mes cousines, on passait nos vacances à dessiner ensemble”, raconte la jeune femme, dont la mère est allemande.

Ses œuvres font entrer celui qui les contemple dans un univers particulier. “Pour moi, l’animation, c’est de la peinture animée”, dit-elle en montrant à Scope sa première animation visuelle, réalisée pour le FullDome Festival en Allemagne en 2016. Un festival international qui récompense les meilleurs films liés à l’astronomie. Sa réalisation s’intitule Lucent Matter. Elle et son équipe ont figuré parmi les finalistes du festival. “Cela a été une très belle expérience. C’était une très bonne collaboration avec mon équipe”, confie celle qui a exposé à Calcutta, Londres, Singapour, et tout dernièrement à l’Organik Expo à l’Aventure du Sucre. Elle fait beaucoup d’animations en stop motion. Une technique qui est la même que celle du dessin animé, mais avec des objets.

Travail et curiosité.

“La plupart des projets audiovisuels que j’ai réalisés l’ont été durant mon Master”, précise la titulaire d’une licence en Textile Design à Central Saint Martins et d’un Master en Information Experience Design au Royal College of Art en Angleterre. Elle a participé à plusieurs festivals, dont FullDome à Leicester et en Allemagne, Sonar +D à Barcelone et Porlwi by Nature en 2017. Pour la dernière édition de Porlwi by Nature, la peintre a fait du mapping video, une technologie multimédia permettant de projeter de la lumière ou des vidéos sur des volumes, de recréer des images de grande taille sur des structures en relief ou de recréer des univers à 360 degrés.

Avec le même enthousiasme, elle a conçu un film d’animation à Madagascar l’année dernière. Un film intitulé Tany Mena, où elle raconte sa vision de la capitale. “J’ai fait une résidence pendant un mois. J’ai adoré Madagascar. C’était une rencontre humaine exceptionnelle.” Tany Mena a été présenté au Festival Île Courts, l’année dernière. “Pour arriver à un résultat de qualité, cela demande énormément de travail et de la curiosité. Il ne s’agit pas seulement d’être douée.” Kim Yip Tong est revenue vivre à Maurice en 2017 après avoir mis le cap sur Paris en 2009 pour étudier à l’école Olivier de Serres et ensuite en Angleterre.

Le quotidien comme une aventure.

La Tamarinoise est animée par les rythmes locaux. Et c’est souvent au son de la ravanne qu’elle puise ses inspirations. La musique est omniprésente dans ses animations visuelles. “Mon père m’a beaucoup inspiré en musique.” Cela a été le cas pour Konser Leker, un heartbeat concert en kreol morisien, qu’elle a créé lorsqu’elle étudiait au Royal College of Art à Londres pour explorer la construction de l’identité humaine à travers la musique et la relation entre le public et la performance. “Au moment où j’ai créé Konser Leker, Maurice me manquait. Mon inspiration numéro un, c’est Maurice. J’ai baigné dans la musique locale et j’ai de nombreux amis artistes.” À travers les sons et les images projetées, ce film procure de nombreuses sensations et émotions. Pour ce projet, elle avait installé des ravannes et des capteurs de pouls que les gens pouvaient essayer. “La société européenne est assez aseptisée. Intégrer la ravanne à mon projet a suscité une réelle curiosité. C’est un objet organique et porteur d’histoire”, explique-t-elle en faisant courir ses doigts sur son clavier.

Les yeux irisés de soleil, Kim Yip Tong se livre : “Tout m’inspire : la musique, les gens, les voyages… C’est une façon de voir la vie.” L’artiste voit son quotidien comme une aventure. “Je me pose constamment un milliard de questions.” Aguerrie par les expériences cumulées, elle pose un regard aiguisé sur l’art. Sa tasse à la main, elle nous montre quelques-unes de ses peintures. “Tout mon travail ne parle que de Maurice. Être Mauricienne veut dire beaucoup de choses. J’ai vécu en France et en Angleterre. Je suis née en Allemagne, mais je ne me vois pas vivre en Europe”, confie cette passionnée de plantes. Face à la mer et entourée de ses plantes comme la citronnelle et le bois d’ébène, Kim Yip Tong embrasse sa carrière avec ferveur.