— Tu peux me dire où ce pays va, comme ça ?

— Mais je te le dis depuis toujours, toi : il ne va nulle part toi, il reste en place. Surtout avec les dirigeants qu’on a.

— Ayo, ne me parle pas d’eux. Tu as entendu parler de cette histoire de Conseil de ministre-là ?

— Quelle histoire encore ? Il y en a au moins une par jour maintenant.

— Tu sais qu’on n’a pas eu Conseil des ministres la semaine dernière ?

— Ah bon. Comment la MBC a fait, alors ?

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— Parce que le reportage des travaux du Conseil des ministres occupe la moitié du JT, le vendredi soir.

— Je ne sais pas ce que la MBC a passé à la place. Sûrement des reportages sur les ministres pour ne pas changer.

— Mais pourquoi il n’y avait pas eu Conseil des ministres, la semaine dernière ?

— Parce que le Premier ministre n’était pas à Maurice, toi.

— Oui, c’est vrai ça, il était en Inde pour aller prendre un bain privé dans une rivière. Mais quand le PM n’est pas là, il n’y a pas un vice PM pour le remplacer ?

— Si, mais il paraît que le PM n’a plus confiance en lui. A cause de ça même il ne lui laisse pas présider le Conseil des ministres.

— Je ne comprends pas. Ils sont dans la même alliance, le même gouvernement, non. Pourquoi ils sont pas d’accord ?

— D’après ce que les journaux disent, ils ne sont pas d’accord sur une affaire de turbine à gaz. Le vice PM veut faire mettre à Maurice, le PM lui ne veut pas.

— Pourquoi, c’est dangereux pour le pays ?

— D’après ce que j’ai compris, il s’agirait d’une histoire de commission. Un aurait eu beaucoup et l’autre pas assez.

— Tu crois que c’est vrai, toi ?

— C’est ce que les gens racontent en tout cas.

— C’est à cause de ça même que tu me demandais où va le pays va ta l’heure là ?

— Non. Moi je voulais te parler des congés lapli.

— Des congés quoi ?

— Des congés lapli. Tu ne sais pas que maintenant dès qu’il pleut un peu, les écoles sont en congé.

— Tu veux dire quand il pleut beaucoup.

— Quel quand il pleut beaucoup ! Il y a toujours eu des pluies en janvier et en février jusqu’à la fête de Grand-Basin. Ça a toujours été comme ça à Maurice. Ça même qu’on appelle les pluies d’été.

— Pourquoi tu me racontes ça ?

— Attends un coup, foutour va, tu es toujours trop pressée, toi ! Quand on était petit, on allait à l’école quand il pleuvait, non ? On prenait un pardessus ou un parapluie et on y allait, non ?

— Oui, toi. En plus, on allait jouer dans les flaques d’eau et dans les canaux et on rentrait à la maison trempés et on criait avec nous.

— Mais tu ne tombais pas malade et tu allais à l’école, même quand il y avait des jours et des jours de pluie, non ?

— Mais bien sûr. Il ne fallait pas rater les classes du premier trimestre pour bien terminer l’année et passer les examens.

— Aujourd’hui on ne va plus à l’école quand il pleut. La météo prévient le ministère de l’Education qui tire des communiqués pour dire que les écoles sont fermées et la pagaille commence.

— Quelle pagaille ?

— La pagaille généralisée parce que le Mauricien ne sait pas quoi faire quand il pleut. On dirait qu’il est devenu du sel ! Il ne sait pas conduire sous la pluie ; il ne peut pas envoyer ses enfants à l’école ; il ne peut pas aller travailler, parce qu’il ne trouve personne pour veiller ses enfants. Sa maman ne peut pas et sa servante doit veiller ses enfants à elle qui sont également en konzé lapli. Et pour couronner le tout, le gouvernement lâche ses employés

— qui ont réussi à aller travailler

— à 2 heures et demande au secteur privé d’en faire autant. Je ne te dis pas le trafic, déjà qu’avec le métro et les ponts en construction Maurice est devenu un embouteillage permanent.

— Il faut bien un peu de désordre pour installer le progrès comme ils disent, toi.

— Tu appelles ça le progrès toi ? un pays constamment embouteillé et qui est paralysé parce que, comme toujours, il y a des grosses pluies d’été en janvier et que ça va continuer jusqu’à mars !

— Tu exagères, comme toujours, mais je dois reconnaître que tu n’as pas tout à fait tort.

— Je n’ai pas tout à fait tort, mais entièrement raison toi. Je te donne un dernier exemple : comment on va faire pour remplacer tous ces jours de konzé lapli dans le programme d’école des enfants ?

— Quel est le problème ?

— Ces enfants ne vont pas à l’école et après on va s’étonner qu’ils n’arrivent pas à passer les examens ! Comment ils pourraient : ils ont déjà raté plusieurs jours en janvier entre les congés, les congés publics, les ponts et les konzé lapli ? Tu peux me dire où va aller le pays si on continue comme ça ?

J.C A