Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, trouve que l’affaire Bramer Bank-BAI est en passe d’évoluer en un énorme “imbroglio légal”. Il en veut pour preuve le fait que le conservateur et l’administrateur nommés pour traiter du cas de la BAI sont désormais en “guerre ouverte”. Le chef de l’opposition estime que cette affaire a largement terni l’image de Maurice à l’étranger en tant que centre financier. Il cible particulièrement le ministre de tutelle, Roshi Bhadain.
Paul Bérenger exprime sa “profonde inquiétude” par rapport à la “présente situation de crise profonde” dans le pays. Le leader de l’opposition réitère son pessimisme quant à la réalisation des objectifs fixés de croissance économique et de création d’emplois. Il évoque aussi la situation précaire dans l’industrie sucrière de même que les risques qu’encourt, selon lui, le pays en matière de fourniture d’énergie électrique.
Mais c’est surtout l’affaire Bramer Bank-BAI qui, selon le chef de l’opposition, fait courir au pays un “grave danger”. Sans vouloir, assure-t-il, prendre fait et cause pour l’un ou pour l’autre, Paul Bérenger évoque à cet effet la “guerre ouverte” que se livrent le conservateur nommé par la Financial Services Commission (FSC) pour traiter le cas de BAI Co. (Mtius) Ltd, d’une part, et l’administrateur nommé par la BAI, de l’autre.
Le leader de l’opposition aborde ensuite la “grande angoisse” que vivent, dit-il, ces jours-ci les salariés de l’ex-Bramer Bank ainsi que ceux de l’ex-BA Insurance par rapport à leur sécurité emploi. Paul Bérenger juge à ce propos indispensable que le gouvernement renouvelle la garantie officielle donnée par le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, à l’Assemblée nationale à l’effet que ces derniers ne seront pas licenciés.
Il estime tout aussi nécessaire que les autorités réitèrent la promesse faite que les intérêts des quelque 135 000 souscripteurs de polices d’assurance et autres plans de pension réguliers seront sauvegardés. Dans le cas du controversé plan Super Cash Back Gold lancé par la BAI, Paul Bérenger dénonce ce qu’il considère être le “zig-zag” du ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain.
Le chef de l’opposition rappelle que, dans un premier temps, ce dernier avait assuré que les cas méritants seront positivement considérés. Aussi, s’insurge-t-il que le ministre Bhadain ait choisi par la suite de traiter “cruellement” l’ensemble des souscripteurs à ce plan controversé après la nomination par la BAI d’un administrateur.
Remboursements : les banques avant les clients
Paul Bérenger explique par ailleurs que si, vendredi, le ministre des Finances a révélé que, par solidarité avec les souscripteurs, le gouvernement renoncera à son droit de premier créancier de la BAI en cas de liquidation de la société d’assurances, le conservateur André Bonieux a quand bien même laissé comprendre qu’en vertu de la loi, il faudra d’abord dans une telle éventualité de liquidation rembourser les banques avant de considérer les clients.
Par rapport à cette question de compensation des souscripteurs de plans d’assurance en cas de problèmes, le leader du MMM regrette que tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 2005 n’ont pas, à ce jour, institué le fonds compensatoire qui est prévu à cet effet sous l’Insurance Act voté en 2007. Paul Bérenger estime par ailleurs que toute cette affaire Bramer Bank-BAI a lourdement terni à l’image de Maurice à l’étranger en tant que centre financier.
Il en veut notamment pour preuve que, dans sa dernière livraison de vendredi, The Economist consacre un article à un énorme scandale financier allégué impliquant Belvédère Management, une société opérant dans notre juridiction. Le leader de l’opposition note qu’en conclusion, l’auteur de l’article évoque l’affaire Bramer Bank-BAI en citant la déclaration du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, qui avait affirmé qu’il s’agissait bien là d’une pyramide de Ponzi impliquant Rs 25 milliards.
Le chef de l’opposition explique que, si au plan local des Mauriciens s’accomodent bien d’un certain langage et d’une certaine manière de faire, la perception est malheureusement tout autre à l’étranger, comme par exemple les conditions d’arrestation de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, ainsi que celle de l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Beenick. Ou encore, dit-il, le fait même du retrait du permis d’opérer d’une banque commerciale.
Si dans toute cette affaire Paul Bérenger égratigne au passage Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui serait selon lui “dépassé par les événements”, le leader de l’opposition s’en prend surtout à Roshi Bhadain pour “l’impétuosité” avec laquelle ce dernier traite cette question.
Financement des partis :
défi lancé pour une loi
Tout compte fait, le leader de l’opposition estime réconfortant que Navin Ramgoolam ne soit plus là “après tout le tort qu’il a causé aux institutions”. Il estime néanmoins qu’avec un “excité” comme Roshi Bhadain, le nouveau gouvernement est bien parti pour faire “pire que Ramgoolam”. Citant aussi les nominations controversées de ces derniers mois, Paul Bérenger explique que l’installation d’un nouveau gouvernement était pourtant “l’occasion d’un nouveau départ”.
Interrogé quant aux liens entre les “affaires” d’argent et le financement des partis politiques, le leader du MMM réaffirme que son parti a toujours été en faveur d’une législation pour tout réglementer. “Au MMM, nous n’avons rien à cacher. Nous recevons des contributions par chèques que nous versons sur le compte du parti”, assure-t-il. Et Paul Bérenger de “défier” le gouvernement de présenter une loi “avec effet rétroactif” à cet effet.
Par rapport à l’invitation faite par le ministre des Finances aux souscripteurs du plan Super Cash Back Gold de s’enregistrer, le leader de l’opposition concède que les autorités pourrait bien aussi par ce moyen avoir dans la ligne de mire ceux d’entre les souscripteurs qui auraient des difficultés à justifier leurs “investissements”. “Pour ceux-là, il ne faut surtout pas compter sur le MMM pour les défendre”, laisse entendre Paul Bérenger.
Dans le cas de l’arrestation à Parme en Italie de Nandanee Soornack, la femme d’affaires proche de l’ancien Premier ministre, le leader de l’opposition dit laisser à la justice suivre son cours. Il rappelle quand même au passage que, depuis quinze ans, les autorités attendent toujours l’extradition du dénommé Teeren Appasamy.
Dans un autre ordre d’idées, le leader de l’opposition dénonce le fait que le projet de loi portant sur un nouveau système de permis à points sera débattu simultanément en première, deuxième et troisième lectures à l’Assemblée nationale en une seule et unique séance vendredi prochain, 24 avril.
Il renouvelle enfin les sympathies de son parti à la mère et à toute la famille d’Helena Gentil à la suite de l’agression mortelle dont a été victime cette fillette de cité Anoska. Notons par ailleurs que le secrétaire général du MMM, Ajay Gunness, a confirmé la présence de son parti à la marche qu’organise demain, lundi, à Port-Louis les salariés de la BAI.