Le président du Mouvement Patriotique, Alan Ganoo, est revenu à la charge au parlement à l’ajournement des débats dans la soirée d’hier pour réclamer que les parlementaires puissent utiliser la langue créole à leur guise afin de mettre les débats parlementaires à la portée du plus grand nombre de Mauriciens. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a fait comprendre que cette possibilité pourra être envisagée une fois que tous les problèmes techniques auront été réglés.  Le député de Savanne/Rivière-Noire n’a pas hésité à avoir recours au kreol pour faire avancer son point mais a été arrêté par la Speaker du fait que la langue créole n’est pas autorisée au Parlement.
Alan Ganoo a rappelé qu’il avait adressé une interpellation au Premier ministre à ce sujet, toutefois le temps n’avait pas permis à ce dernier de répondre et sa réponse n’a jamais été déposée au Parlement. Il a observé que la majorité des parlementaires interviennent en français ou en anglais. Or avec la diffusion en direct des débats parlementaires, beaucoup de personnes ont exprimé le voeu que la langue créole, parlée par la grande majorité des Mauriciens, puisse être utilisée. Il a observé qu’il y a eu un blocage voire un préjugé au sujet de l’utilisation du kreol. Cependant la situation a aujourd’hui évolué, il y a un lexique national et il est possible de distinguer ce qui est « parliamentary » de ce qui ne l’est pas. Il rappelle que le kreol est enseigné au MIE, qu’il y a désormais un dictionnaire en cette langue, qu’il y a même un logiciel pour corriger son orthographe, sans compter que le kreol est disponible sur google.mu. Alan Ganoo s’est dit convaincu qu’il y a un consensus au sujet de l’utilisation de la langue créole au parlement. Il a rappelé qu’en 1977, sir Anerood Jugnauth, alors leader de l’opposition, avait déposé une motion dans ce sens au Parlement. « 40 ans plus tard j’ai l’honneur de renouveler cette demande », a-t-il dit. Passant au kreol, Alan Ganoo a affirmé que « nou ti bizin kapav koz kreol pou ki tou Morisien konpran. Ena enn dezir de tou dimounn pou permett l’akse de debat a tou le Morisien. Sa demand la pou favoriz transparans ». « Honorable Ganoo, vous n’allez pas continuer en kreol », a lancé la Speaker. Alan Ganoo a alors souhaité que les parlementaires puissent utiliser le kreol à leur guise.
Pour sa part, le Premier ministre Pravind Jugnauth a observé que l’utilisation de la langue créole a fait l’objet de plusieurs interpellations au Parlement. Il a rappelé que la langue créole est utilisée au niveau des études primaires. Depuis 2012, le kreol est reconnu officiellement et est enseigné à l’école. Le PM a souligné que le kreol a désormais une orthographe uniforme, sa grammaire et dispose d’un dictionnaire. Le kreol est désormais optionnel du grade 1 au grade 10. De plus, l’Université de Maurice offre des cours de formation menant à un degré universitaire. Il a expliqué que l’introduction du kreol au Parlement a une dimension technique. Pour lui, il faudrait développer les logiciels appropriés, entre autres. Une fois que tous les problèmes techniques auront été surmontés, dit-il, l’introduction de la langue créole pourra être considérée.
Par ailleurs, commentant auparavant le Budget, Alan Ganoo a déclaré : « C’est un budget qui manque d’audace et de tonus, qui reflète l’état d’esprit d’un gouvernement qui n’a pas osé, un budget incohérent, insuffisant pour relancer notre économie. Et qui a également failli à sa tâche de rééquilibrer les grands axes de notre structure économique et qui ne s’attaquent pas aux bases macroéconomiques ». Chiffres à l’appui, le leader du MP a élaboré point par point sur ce commentaire général.
Durant son intervention, Alan Ganoo a plaidé pour le rapatriement de notre Constitution (sa mauricianisation) et la démonétisation (changement de billets de banque) de notre monnaie dans la lutte contre la corruption, comme récemment en Inde.