« L’amour s’avance comme une sorte de fleuve vital, côtoyé par les puissances hostiles à l’amour et par les puissances avec lesquelles nous pouvons entretenir une sorte d’infini dialogue. Ce que je souhaiterais appeler amour, c’est un renoncement à la réquisition d’un moi voulant exercer un pouvoir sur l’autre, un renoncement qui accepterait, sans s’incliner, donc de bon coeur, de se livrer, d’ouvrir, de donner lieu à l’autre en le respectant, et c’est ça, l’amour même. Un amour qui comprend qu’il s’agit de se rendre, au sens de partir, de s’envoler, mais aussi de rendre les armes, puisque, hélas, tout est toujours mesuré à la guerre. » Cette réflexion est signée Hélène Cixous, militante féministe [entre autres]. Elle parlait au juste de son oeuvre « L’amour même : dans la boîte aux lettres » parue en 2005. Je ne suis pas une féministe mais voyons, un peu de philosofiture en cette Saint Valentin vaut mieux qu’une rose plastique non ?! D’autant qu’il n’a jamais été aussi question de la protection [écologique] de notre île depuis … depuis quoi déjà ? La vallée de Ferney ?
En y réfléchissant, qui nous aimons et comment nous les aimons, sont tout aussi une déclaration sur notre conscience sociale que les lettres ouvertes que nous écrivons au Premier Ministre dans « Forum » ou autre figure d’autorité [s’il y en a d’autres] ou encore, les votes que nous octroyons. En fait, il est beaucoup plus difficile d’être bon envers quelqu’un d’autre ou « les autres ». Ces « autres » qui sont en réalité, le pivot du changement social. La Saint Valentin c’est certes officiellement aujourd’hui mais depuis quelques semaines, l’amour tonne sur les réseaux sociaux. Ils sont des centaines, que dis-je, des milliers à exprimer leur amour pour notre île. « Sarbon nu pa le ». Bon, les drains bouchés dès que des grosses pluies s’abattent sur le pays, on n’en a ras-le-bol aussi [entre autres] ! Bref, qu’on les qualifie de néo-hippies qui arborent sur leurs épaules l’inépuisable slogan « paix, amour et nature » des années 70 mais en version plus matures et modernes, à la base, il faut souligner qu’ils ont pour intérêt supérieur le bien-être de leur patrie et de la génération future. Nou kontan nou Moris ! Donc, ceux qui estiment que les jeunes [soit disant néo-hippies] n’ont que faire de la nation devraient revoir leurs maths, parce qu’au final, qu’ils soient plus individuels, plus urbains, plus consommateurs que ceux des années 70, activistes de salon, de weekend ou « koltar », ils aiment leur pays d’un amour … informé. Cette île Maurice meilleure, ils la perçoivent à travers des binocles politico-artistiques, où l’on consomme assurément mais de façon plus … déontologique. Ce « mouvement », ou plutôt cette fougue qui vient de naître, par amour incontestable pour notre écologie, pour notre pays, pour autrui, présuppose l’éruption d’une conscience nationale [tant attendue] voire, une contre-culture inédite. J’irai même plus loin [parcequ’à mes yeux, l’idéologie n’est pas morte] cet amour de la patrie et ce dévouement de ces centaines de désintéressés qui se sont joints à cette noble cause, se présentent comme une révolution passionnante de l’intelligence créative … la manifestation d’une vision rédemptrice pour notre pays. Il a besoin de ce genre de Cupidons de la patrie.
Ceci dit, au-delà d’Hélène Cixous et de l’esprit patriotique [authentique] qui s’affiche sur les réseaux sociaux, il nous reste les questions les plus décisives : dans quelle genre de relation voulons-nous être ? Quelle genre d’association nous poussera à être/donner le meilleur de nous-mêmes, à être libres et heureux ? Il ne s’agit pas de renverser les rôles ou de réagir à des modèles déjà vus, mais d’effacer l’ardoise et d’imaginer les plus humaines et transcendantes des unions possibles. Quel amour pour la patrie ? Avec quel degré d’honnêteté ? Comment créer cet amour qui reflète nos valeurs et qui ne soit pas qu’une mauvaise parodie des définitions de bas étage de cette culture ?
Il paraît que ce n’est pas le moment où nous choisissons d’aimer que nous commençons à avancer vers la liberté, parce que l’amour est rarement un choix. Il est dit que l’amour est un instinct, un accident, une épiphanie, une crampe à l’estomac. Les philofituristes nous racontent que l’amour peut être une incarcération et un pardon, une aliénation et une intimité, une tragédie et une comédie. On ne le choisit pas. Il nous accapare. Il nous entraîne dans mille et une directions. C’est de cet amour de la patrie dont je parle.
L’amour, le meilleur des activistes.
Bonne Saint Valentin.