L’ENTREPRENEUR DE L’ANNÉE 2017: Yan Mayer fait la révolution verte

« Favoriser une production agricole qui préserve l’intégrité écologique de la Terre tout en créant un écosystème économique viable, ici et en Afrique, c'est ça mon challenge. » Yan Mayer est le fondateur de Proxifresh, spécialisée dans l'import et la distribution de fruits et légumes. Rien ne prédestinait cet ingénieur logisticien à une telle aventure... Issu d'une fratrie de trois enfants, dont Arnaud Mayer (fondateur du groupe Evaco et ancien nominé au Tecoma Award), Yan a effectué le début de sa carrière en France. Après ses études, cet ancien du lycée Labourdonnais a commencé par intégrer le groupe Carrefour, numéro deux mondial et numéro un européen de la grande distribution. Chargé des négociations avec les grands groupes internationaux, il y restera quatre ans. Après une courte année dans un cabinet de conseil en logistique monté par son « mentor », Jean-Marie Picard, ex-directeur Supply Chain du groupe Carrefour, il rentre à Maurice. Alors que son épouse Cécile obtient un poste de professeur à l'école du Nord, il intègre le Groupe IBL où il reste trois ans.

LE DÉFI DU « MANGER SAIN »
Intéressé par les problématiques du « manger sain », du respect de l'environnement et « influencé » par son épouse, il monte Proxifresh en 2010 avec 100 000 roupies (2 500 euros). Cette entreprise achète localement et importe en vrac d’Afrique du Sud, d’Égypte et d’Europe des fruits et légumes. Ils sont ensuite emballés à Maurice et revendus sur le marché local. C'est un défi tant par son inexpérience dans ce secteur du périssable, sa méconnaissance de la filière et « surtout le manque de structure du marché lui-même ».
S'il obtient des contrats avec certains hôtels, « la situation est compliquée ». Sa chance viendra, en 2011, d'une rencontre avec les patrons de la chaîne sud-africaine Pick and Pay. Désirant avoir un distributeur exclusif en fruits et légumes à Maurice, ils sont séduits par son projet. Et lancent un nouveau segment de « prêt-à-manger » : de petites barquettes de mini légumes (carottes et tomates) et de champignons conditionnés, nettoyés, découpés et prêts à être consommés. Il s'agit d'un nouveau modèle de consommation des fruits et légumes à Maurice.
Parallèlement, Yan s'associe à Marc Goupille qui avait une petite structure d'exportation. « Aujourd’hui, nous exportons du litchi. Ce produit haut de gamme – livré branché, ultra-frais – est expédié par avion et distribué sous deux jours dans des épiceries fines françaises. »
Comme son distributeur Sud-africain Pick and Pay rencontre des difficultés à Maurice, Yan Mayer crée en 2012 sa marque VegMe qui lui permet d’être référencé par la plupart des enseignes de grande distribution. Proxifresh se développe rapidement. « Ma clientèle est composée à 50% d’hôtels et à 50% de la grande distribution. Et nous sommes à parité entre produits importés et produits locaux. » Il lance les salades en sachet sous sa marque VegMe. « Un marché très porteur et, d'ailleurs, nos concurrents nous ont rapidement suivi. » Pour rassurer le consommateur, il choisit de faire tester, volontairement, par le laboratoire accrédité et indépendant QuantiLAB, la teneur en pesticides de ses produits avant leur distribution dans les grandes surfaces.

PRODUIRE LOCALEMENT EN AGRICULTURE RAISONNÉE
En 2016, il rencontre des entrepreneurs français impliqués dans l'agriculture en milieu tropical. Avec eux, il s'associe avec Gros Cailloux (groupe UBP) pour créer la société Pure Farming. Elle va produire en agriculture raisonnée les légumes vendus sous la marque VegMe. « Cela permet de sécuriser notre production en termes de quantité, de qualité et de prix. » Quelque 18 millions de roupies (450 000 euros) sont investis dans cette entreprise.
La création de Pure Farming correspond aussi à la volonté de l'État mauricien de valoriser l'agriculture raisonnée. De fait, l'entreprise est la première à recevoir le « Bio Farming Certificate », ce qui lui permet d’être exonérée de TVA et d’impôt durant huit ans...
Yan va déménager, fin 2017, toutes ses activités à Gros Cailloux avec la construction d’une unité de stockage et de conditionnement.

L'AVENIR DE PROXIFRESH EST EN AFRIQUE
« La vie d'un entrepreneur est faite de hasards et de rencontres. C'est le consul honoraire du Rwanda à Maurice qui m'a convaincu et j'ai monté dans ce pays une filiale en septembre 2014 avec Arnaud de Rambures qui est son gérant sur place. » Ayant nécessité 600 000 dollars (550 000 euros), Proxifresh Rwanda dispose de 100 hectares loués à bail sur vingt ans et exporte ses haricots verts extra-fins vers la France et les Pays-Bas. « Pourquoi le Rwanda ? Si le Kenya est encore aujourd’hui le premier exportateur mondial de haricots verts extra-fins, son rendement faiblit après plus de quarante ans d’agriculture intensive et, surtout, il paye l’utilisation intensive de pesticides. » Le choix du Rwanda n’empêche pas Arnaud de Rambures de prospecter le marché tanzanien. En décembre 2015, 300 000 dollars (274 000 euros) sont investis pour y monter Proxifresh Tanzanie. Il s'agit toujours d'exportation de haricots vert extra-fins. « Le choix de m'implanter en Afrique est stratégique. Je suis convaincu que d'ici deux ans, le chiffre d'affaires y sera supérieur à celui de Maurice. »




PROGRESSION
Créée en 2010 avec 100 000 roupies (2 700 euros), Proxifresh a vu son chiffre d'affaires quasiment doubler entre 2014 et 2015, passant de 48 millions de roupies (1,2 million d'euros) à plus de 80 millions de roupies (2 millions d'euros). Une croissance qui s’est poursuivie en 2016 avec 120 millions de roupies (3 millions d’euros). L’entreprise emploie 60 salariés à Maurice et autant au Rwanda et en Tanzanie.

INNOVATION
VegMe a fait découvrir aux Mauriciens une nouvelle façon de consommer les fruits et légumes. Pionnière avec le « prêt-à-manger », l'entreprise a aussi lancé les salades en sachet. Pour se démarquer de la concurrence et donner confiance à sa clientèle, il fait tester, volontairement, par le laboratoire accrédité et indépendant QuantiLAB, la teneur en pesticides de ses produits avant leur distribution dans les grandes surfaces.

DYNAMISME À L’EXTÉRIEUR
En 2014, Yan Mayer monte Proxifresh Rwanda, puis, en 2015, Proxifresh Tanzanie avec pour objectif l’export de produits agricoles vers l’Europe. Cette double implantation permet de proposer deux origines de produits sur le marché européen.

ENGAGEMENT CITOYEN
Outre ses obligations légales dans le CSR (Corporate Social Responsability), Proxifresh soutient la Mauritian Wildlife Foundation. L'entreprise collecte une roupie par unité vendue sur une sélection de produits et reverse la totalité pour le programme de sauvegarde des plantes endémiques. Au total, 170 000 roupies (4 250 euros) ont été reversées en 2016.
Depuis ses débuts, Proxifresh milite activement pour le développement d’une agriculture saine et respectueuse de l’environnement.



QUESTIONS À… YAN MAYER (PROXIFRESH, ALIMENTAIRE): « Aucune norme à Maurice pour encadrer l’agriculture raisonnée »

Que représente pour vous cette nomination au IBL Tecoma Award 2017 ?
C’est une certaine reconnaissance du travail accompli jusqu’ici. Cette nomination est aussi l’occasion de faire connaître mon entreprise, de valoriser les équipes et de parler de notre vision d’une agriculture durable.



Comment et pourquoi avez-vous choisi les fruits et légumes ?
Je n’étais pas prédestiné à travailler dans ce secteur. Influencé par mon épouse, j’ai pris conscience que nous ne pouvions continuer à consommer et faire consommer à nos enfants des fruits et légumes issus de l’agriculture traditionnelle. J’ai voulu être acteur de ce changement et travailler à promouvoir une agriculture différente. Aujourd’hui, sept ans après, il y a une réelle prise de conscience de ces enjeux par la population. Et je suis heureux d’être moteur de ce changement et de l’accompagner au quotidien.

Vous avez implanté Proxifresh à l’étranger, au Rwanda et en Tanzanie notamment.

Pourquoi est-ce si important pour une entreprise mauricienne de se tourner de nos jours vers l’extérieur ?
L’île Maurice a un marché intérieur restreint et très concurrentiel. Il est donc nécessaire pour la croissance d’une entreprise de chercher à élargir son champ d’action en s’ouvrant au marché international. Dans le cas de Proxifresh, nous avons un savoir-faire au niveau de l’export des fruits et légumes. J’ai voulu profiter de cet atout pour m’implanter dans des pays où le coût de production nous permet d’être compétitifs au niveau mondial et d’y cultiver des produits que nous ne pourrions pas exporter de Maurice.

Très tôt vous vous êtes alarmé de la teneur en pesticide de nos fruits et légumes, en procédant volontairement à leur analyse en laboratoire.

La situation vous semblait-elle si dramatique que cela ?
Je ne veux pas être alarmiste, mais c’est un vrai sujet de société. Nous avons, à Maurice, des conditions climatiques favorables à des attaques fongiques, bactériennes et d’insectes sur les cultures. Il faut coupler à cela un secteur agricole composé d’une multitude de petits agriculteurs et d’une main-d’œuvre très peu formée. De plus, l’agriculteur est dédouané de toute responsabilité sur la manière de traiter ses cultures avec une absence totale de traçabilité des produits. Cela crée une situation où vous pouvez vous retrouver avec une teneur en pesticides qui dépasse largement les doses maximales autorisées.

Vous prônez une agriculture raisonnée. De quoi s’agit-il ?
C’est une agriculture responsable. Même s’il n’y a aucune norme à Maurice pour encadrer l’agriculture raisonnée. Cette pratique agricole est, pour moi, la mise en place de techniques dans le but d’éviter au maximum l’application d’intrants chimiques dans les cultures. 



Quels conseils pouvez-vous donner à un jeune Mauricien qui lance son entreprise ?
Je lui dirais d’être passionné, d’être persévérant, de ne pas avoir peur de l’échec et de faire les choses différemment des autres.