L’INTERNATIONAL WOMEN IN ENGINEERING DAY 2017— RESHMA RUGHOOPUTH : La femme en sciences et en génie

“Il n’existe aucun travail qu’une femme ne puisse faire du moment qu’elle le souhaite vraiment.” Reshma Rughooputh est Senior lecturer en génie civil à l’université de Maurice depuis six ans. Le métier d’ingénieur, elle le connait. Elle nous explique, avec un sérieux attrait pour la complexité de phénomènes physiques, la mécanique du génie civil au féminin.
Dotée d’un charisme désarmant, Reshma Rughooputh, ingénieur civil de formation, nous reçoit dans son bureau au 6e étage de l’Engineering Tower de l’Université de Maurice, soit l’incubateur des futurs ingénieurs de l’île. Le 23 juin dernier a marqué la Journée de la femme ingénieur à Maurice et dans le monde entier. A cette occasion, un atelier de travail autour du thème “Engineering - a challenging profession for women” avait été organisé à l’université de Maurice avec la collaboration de l’Institution of Engineers Mauritius(IEM). Plus de 70 participants étaient présents, dont plusieurs diplômés, des ingénieurs et des représentants de l’IEM entre autres.
“C’est la première fois que nous célébrons cette journée à Maurice. Cet événement annuel a été créé par la Women’s Engineering Society (WES) UK, en 2014 pour célébrer la femme ingénieur, valoriser son parcours et surtout encourager la jeune génération à suivre cette voie. Nous célébrons cette journée le 23 juin, car elle coïncide avec la date de création de la WES en 1919. En organisant l’Internationale Women in Engineering Day 2017 (INWED17), nous nous engageons à célébrer la femme dans ce domaine et à sensibiliser et encourager les femmes à s’embarquer dans la filière des Science, Technology, Engineering, Maths (STEM)”, explique la jeune ingénieur.

“Le métier d’ingénieur n’est pas difficile pour une femme !”
En effet, Reshma Rughooputh a gravi les échelons dans ce métier que l’on croyait réservé à tort aux hommes, fort de son courage et de sa détermination. Après un BEng(Hons) Civil Engineering à l’UOM, elle entame un MSc en Structural Engineering en Grande-Bretagne.
“J’ai choisi le génie civil parce que c’est un domaine qui touche à tout et qui offre beaucoup d’opportunités de travail. Malgré tous les défis que j’ai eu à relever, je ne regrette pas mon choix et mon travail commence à porter ses fruits. J’ai été guidée et épaulée par mon père et l’amour de ma mère. Sans ma famille, mes proches, mes enseignants, je n’aurai pas pu réussir”, confie-t-elle.
Devant elle, plusieurs papiers, des dessins hiéroglyphiques, absolument incompréhensibles pour le commun des mortels. Avec son crayon, elle y gribouille quelques notes pour les cours qu’elle dispensera aux futures têtes pensantes du pays dans quelques heures. “Non, le métier d’ingénieur n’est pas difficile pour une femme ! C’est une question de culture, surtout au niveau du rôle stéréotypé de celle-ci. Un des éléments qui pousserait à croire autrement est le fait que le rôle et le métier d’ingénieur ne sont pas clairement définis dans les collèges. Et puisque les gens pensent que la femme est fragile et que sa place n’est pas dans un laboratoire, ils concluent qu’elle ne se plaira pas dans un tel environnement. Sauf qu’en réalité, il existe différents environnements de travail et le plus important est de trouver ce que l’on aime réellement faire, indistinctement du fait que l’on soit une femme ou un homme.”

Le monde est le résultat du travail d’un ingénieur
Reshma Rughooputh nous confie qu’elle aimerait voir davantage de femmes dans ce domaine et “je pense que mes collègues hommes le souhaitent aussi”. D’ailleurs, au cours de sa carrière, elle a vu plusieurs jeunes filles pleines d’entrain passer les portes de la faculté d’ingénierie. “Avec un manquement grandissant au niveau de l’expertise et un besoin urgent d’une main-d’oeuvre diversifiée, il est plus qu’important d’encourager davantage de gens et surtout de femmes à faire carrière dans ce domaine. Les femmes sont d’autant plus motivées à créer quelque chose de significatif dans le monde. Je pense que l’on doit se fixer des objectifs dans la vie et travailler dur pour les atteindre. Ce n’est donc pas une question de genre, mais de persévérance et de détermination”, explique-t-elle.
Par ailleurs, la chargée de cours nous affirme que “la filière n’est pas saturée, mais qu’il y a des lacunes au niveau de la spécialisation de certains ingénieurs. Un point soulevé lors des derniers débats budgétaires. Donc, les jeunes diplômés devraient songer à continuer leurs études pour se spécialiser et approfondir leurs expertises dans un domaine précis”. Son message aux jeunes femmes : “Ne vous laissez pas intimider par la complexité de l’ingénierie, au contraire soyez curieuses et intéressez-vous à cette discipline. Tout ce qui nous entoure est le résultat du travail d’un ingénieur, l’eau qui coule du robinet, l’électricité, nos bâtiments, nos téléphones et même nos sites de rencontre !” Selon elle, le pays a besoin d’une plus grande représentation de la femme dans ce domaine qui est amené à évoluer à la minute qui passe.
Reshma Rughooputh est catégorique : il ne faut jamais choisir un métier uniquement parce qu’il paie bien, ou parce que tout le monde le fait. “Même si vous êtes très intelligent, quand vous n’êtes pas heureux, il est bien difficile de développer tout le potentiel que vous avez. Donc, la curiosité et la passion seront vos alliées dans ce métier !” Et de conclure, “il n’y a aucune limite. Cécilia Payne était une astronome et astrophysicienne. Elle a obtenu son doctorat début 1900. Elle a prouvé que les étoiles ont une forte composition en hydrogène et hélium, alors que le monde pensait que leur composition était semblable à celle de la terre. Alors foncez !”

Citation
“Life is about learning and realizing that anything is possible if you put your mind to it. Once you realize that, everything will come easier to you. Your fears will disappear and you can take steady steps towards your dreams. At the same time, mistakes and failures will happen, that is just part of being human, but you need to learn from your mistakes and correct your path along the way to align yourself with your goals. As the saying goes, sometimes the wind is against you – but remember, although you cannot change the wind, you can adjust your sail and as long as you persist you will succeed.”
Reshma Rughooputh
 
Des ateliers et conférences dans les collèges
Fort du succès de cette première journée, l’équipe organisatrice pense renouveler l’expérience. “En collaboration avec l’EIM et de collègues d’autres départements, nous pensons organiser des conférences et des ateliers de travail dans les collèges sur les STEM. Puis, une étude sur le nombre de filles s’intéressant aux STEM sera initiée afin de les aider à gravir les échelons dans ce monde patriarcal.”