People wearing a mask on the head in the shape of a mobile phone, take part in a protest against the 5G (fifth generation) mobile communications network in Bern on May 10, 2019. (Photo by STEFAN WERMUTH / AFP)

Si demain les voitures autonomes déferlent dans nos rues et les robots peuplent nos usines, nos maisons, nos hôpitaux, ce sera sur la base de la « 5G », une infrastructure mobile au coeur de l’affrontement technologique entre Etats-Unis et Chine.

Petit rappel des promesses de la « cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile », des acteurs en présence, et des inquiétudes que suscite ce virage technologique.

Que va changer la 5G?

La 5G promet de tout connecter, partout et tout le temps. Un potentiel énorme pour la numérisation de l’économie, en particulier de l’industrie qui en attend beaucoup.

Le groupe français Orange estime par exemple que la 5G va offrir un débit jusqu’à 10 fois plus rapide que la 4G, en faisant passer le temps de téléchargement d’un film en haute définition de 1h40 à 20 minutes. Pour l’internaute, cela signifie un accès plus rapide à des contenus audiovisuels en haute définition, ainsi qu’aux jeux en « streaming », un marché en pleine explosion.

Mais plus que la vitesse, c’est la possibilité de faire circuler en masse des milliards de données, sans engorgement, qui fait la différence majeure avec les réseaux mobiles précédents. La 5G est fréquemment présentée comme la technologie de « l’internet des objets », un monde dans lequel des équipements connectés à internet pourront « dialoguer » entre eux, sans intervention humaine.

Cette perspective ne va pas sans un risque majeur: celui du piratage de ces milliards de données en circulation, parmi elles des secrets industriels et des informations médicales privées, qui circuleront sur des réseaux plus décentralisés.

Qui sont les principaux acteurs?

Si les opérateurs télécoms seront, dans la plupart des cas, la colonne vertébrale de la future 5G, ces derniers se fournissent auprès d’un nombre restreint d’équipementiers.

Dans les faits, la bataille se joue entre deux équipementiers européens, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia, qui a racheté en 2016 le franco-américain Alcatel-Lucent, et un chinois, le géant des télécoms Huawei.

D’autres fournisseurs d’équipements sont présents mais à moins grande échelle, en particulier le Sud-Coréen Samsung, ainsi qu’un autre Chinois, ZTE.

Où en sont les déploiements?

En Asie, la Corée du Sud a pris une longueur d’avance avec une couverture de l’ensemble de son territoire en un temps record, quand le Japon et la Chine visent 2020 pour entrer dans la danse.

Aux Etats-Unis, l’internet fixe a été la première application de la 5G, dès fin 2018, avec une vingtaine de villes couverte par AT&T. Verizon propose un service mobile 5G depuis début avril, à Minneapolis et Chicago. L’administration Trump prévoit par ailleurs 20 milliards de dollars pour déployer cette technologie dans les zones moins peuplées.

Côté européen, l’Italie ou la Pologne ont accordé les bandes de fréquences nécessaires, procédure en cours en Allemagne et qui sera réalisée en octobre en France. La Suisse dispose de la 5G dans ses principales villes, également déployée notamment en Finlande ou en Estonie.

Pourquoi Huawei suscite-t-il des craintes?

En moins d’une décennie, le géant chinois est devenu un acteur incontournable des réseaux mobiles. D’abord connu pour sa capacité à produire à bas coût, il est désormais devenu également un leader technologique sur la 5G, notamment en déposant une masse de brevets.

Dans la bataille diplomatique et économique qui oppose les Etats-Unis et à la Chine, la provenance des équipements est un élément essentiel. Le président américain Donald Trump a interdit mercredi aux réseaux américains de télécoms de se fournir en équipements auprès de sociétés étrangères jugées à risque, une mesure qui cible clairement Huawei. Les Américains, qui brandissent notamment la crainte d’un espionnage massif, font également pression sur leurs alliés pour barrer la route au groupe chinois.

Les Européens avancent jusqu’ici en ordre dispersé sur la question. Des pays tels que l’Allemagne ont accepté au moins formellement la participation de Huawei à la construction de leurs réseaux, d’autres pays comme la République tchèque ont lancé des mises en garde.

Au Royaume-Uni, la question a même suscité une crise politique. La Première ministre Theresa May a limogé au début du mois son ministre de la Défense, accusé d’avoir fait fuiter dans la presse des informations sensibles sur une possible participation de Huawei aux infrastructures 5G.

Huawei assure de son côté que ses équipements sont fabriqués à partir de composants provenant du monde entier, qu’ils n’ont jamais été pris en défaut et que la sécurité est essentielle pour lui. Le groupe chinois, qui s’était dit mardi prêt à signer des accords de « non espionnage » avec les gouvernements, a dénoncé des « restrictions déraisonnables » en réponse à la décision américaine.

els-rl/aue/pid/spi