Les débats budgétaires à l’Assemblée nationale abordent ce week-end le dernier tournant avec l’intervention de plusieurs grosses pointures aujourd’hui avant que le Premier ministre ne résume les débats dans le courant de la journée de lundi après l’intervention de Paul Bérenger et d’Ivan Collendavelloo.

Les débats, jusqu’ici, ont permis d’analyser les mesures budgétaires sous tous les angles possibles et imaginables aussi bien par les parlementaires de la majorité que ceux de l’opposition. La mise en œuvre de certains projets reste encore une énigme. C’est le cas pour le rehaussement de l’employabilité des jeunes, pour lequel un budget de Rs 1 milliard, visant 14 000 jeunes, est prévu, mais aussi du Home Work Scheme ou même le projet concernant l’export substitution, qui sont encore confus. Rien d’étonnant à ce que les ministres concernés par ces projets ne se soient pas aventurés à donner des éclaircissements sur ces projets.

L’absence de mesures en profondeur concernant l’industrie sucrière dans le budget, et qui seront vraisemblablement prises hors budget, a été décriée, surtout par l’opposition, bien que tout un chacun reconnaisse la nécessité de revoir le prix offert aux planteurs concernant la bagasse utilisée dans la production d’électricité.

Mais la mesure qui aura suscité le plus de controverses reste la possibilité offerte aux étrangers d’obtenir la citoyenneté mauricienne, moyennant un don de USD 1 million au Mauritius Foreign Fund et l’obtention d’un passeport mauricien grâce à une contribution de USD 500 000 dans un fonds souverain. Les explications données jusqu’ici n’ont pas atténué les appréhensions provoquées par cette mesure, qui suscite un intérêt aussi bien à Maurice qu’à l’étranger.

La grande question pour les opérateurs étrangers concerne jusqu’ici la différence entre l’octroi de la citoyenneté mauricienne et l’obtention d’un passeport mauricien et celle de savoir ce qui justifie cette différence de prix. La logique voudrait que le détenteur d’un passeport mauricien soit en effet obligatoirement un citoyen mauricien. Et bien non. Si l’obtention de la citoyenneté mauricienne place tout bénéficiaire au même niveau qu’un citoyen mauricien – avec le droit de vote, le droit d’acquérir des biens immobiliers n’importe où dans l’île et celui d’avoir un passeport –, le passeport en lui-même est considéré comme un simple instrument permettant de voyager.

Ainsi, tout comme un navire battant pavillon mauricien n’appartient pas obligatoirement à un opérateur mauricien, le détenteur d’un passeport mauricien n’est pas non plus obligatoirement un citoyen mauricien. Pour la première fois, cette vérité éclate au grand jour. Aussi sommes-nous en droit de demander combien de personnes utilisent un passeport mauricien sans être pour autant citoyen. Sur quelle base l’ont-elles obtenu ? Comment un tel document, qui symbolise la nationalité mauricienne et qui fait la fierté de tout Mauricien vivant à Maurice ou à l’étranger, peut être bradé de cette manière ?

C’est la raison pour laquelle la possibilité d’acheter le passeport mauricien pour un montant de USD 500 000, comme préconisé dans le budget, entraîne un tel sentiment de révolte. Les Mauriciens, en général, considèrent que la nationalité n’a pas de prix. Depuis toujours, il y avait des procédures à suivre pour obtenir le passeport et la nationalité mauricienne, voire pour obtenir un permis de travail ou un permis de résidence permanent, mais jamais on n’a pu imaginer que le passeport pouvait être vendu sur le marché international. On annonce que des explications seront données dans le cadre du Finance Bill. Le pays attend ces détails avec impatience.

Le budget crée la perception que le Mauritius Sovereign Fund sera uniquement alimenté par la vente de la citoyenneté mauricienne et par la vente du passeport mauricien. Si c’est le cas, ce serait dévaloriser un tel fond,

On sait que l’idée de la création d’un Legacy Sovereign Fund avait été émise dans le budget de 2015-16. Il s’agissait alors de verser 1% des revenus publics dans ce fonds, auxquels s’ajouteraient les revenus découlant de la vente des propriétés gouvernementales. Récemment, Lord Desai, président du High Level Committee sur la Fintech, avait lancé l’idée d’un fonds souverain pour fournir un “seed capital” pour le développement de la technologie financière ou des activités de Fintech. Pourquoi donc ne pas revoir le projet de fonds souverain pour en faire une entité crédible, à laquelle pourraient s’ajouter d’autres sources de financement ?