De style néogothique, l’église de St-Stephen, premier sanctuaire anglican de Bandra, est petite de taille mais grande de par des caractéristiques qui me poussent à dresser ce parallèle avec ma petite Île Maurice que je chéris de tout mon coeur.
Tel un fruit rare dans un écrin de verdure, cette église se laisse caresser du regard tout comme notre Île Maurice vue d’en haut, véritable émeraude sertie dans l’azur de l’océan Indien.
Mise sous le vocable du premier martyr, l’église fut consacrée en 1855, soit 10 ans après la pose de la première pierre. Cette période correspond à une époque charnière pour Maurice qui, grâce à la révolution morale provoquée par le Père Laval, vit reculer la criminalité et l’ivrognerie. Ce prêtre normand, qui donna sa vie à notre petite île presqu’en martyr entre 1841 et 1864, désamorça les perspectives d’une révolte des affranchis, leur apprenant à aimer ceux qui les avaient asservis, à accueillir l’étranger et se plier aux exigences morales.
La cour de St-Stephen est tout aussi délicatement entretenue que le cimetière rattaché à l’église qui, elle, est d’une blancheur immaculée, coiffée toutefois d’une toiture rouge. Ce sens de la discipline annonce déjà les couleurs de l’intérieur qui, quoique sombre, est d’une grande propreté. Le mobilier est étincelant et les livres saints sont disposés à distance égale tout au long des bancs. Cela me renvoie au mépris que nous affichons souvent pour la discipline, la propreté, la mémoire des disparus. Pourtant, ces valeurs édificatrices ont une influence sur notre manière d’être, voire nos prises de décisions.
  Les global student health surveys  de 2007 et 2011 avaient fait état des faits, notamment que 42% des parents ne s’intéressaient pas à ce que faisaient les élèves durant leur temps libre et que 35.5% des étudiants s’étaient bagarrés au moins une fois durant les 12 mois précédant leur participation à ces sondages. Est-ce de la sorte qu’une discipline sera instaurée ? Est-ce dans de telles conditions que nos jeunes apprendront à dompter leurs instincts, à faire les bons choix ?
Les vitraux de sanctuaire ne sont pas nombreux mais ils sont merveilleux et délicatement conçus. J’essaie de déchiffrer l’histoire que raconte le vitrail absidial qui se prête au recueillement. Comme me disait récemment Yvan Martial, les vitraux faisaient office de télévision dans le temps. Il y a toutefois une différence : ils racontaient des histoires pleines d’espoir, d’amour et de joie.
Un jeune Mauricien passerait trois heures ou plus devant son écran chaque jour ? A-t-il été éduqué en vue de discerner les informations qui lui parviennent? Pourtant, chaque famille possède une télé ou plus ; plus de 30% ont les bouquets satellitaires, 53.3% de la population sont abonnés à l’Internet, et nous comptons 127 téléphones portables par centaine d’habitants. Une telle dissémination de l’information n’exige-t-elle pas une éducation qui apprenne à trier le bon du mauvais ?
C’est parce qu’ils ont cru dans l’exercice d’une discipline, d’une certaine rigueur que les fidèles de St-Stephen se sont accrochés à l’entretien de leur Église quitte à nager à contre-courant dans bien des circonstances.
Ne serait-il pas souhaitable que nous en fassions autant pour notre société, au lieu de céder à un fatalisme ambiant ou de nous laisser déboussoler par les mauvaises nouvelles qui nous assaillent constamment ?
Stop, le moment est peut-être venu pour un bilan, un nouveau départ, une révolution morale. Ce n’est qu’à ce prix que notre société volera à la hauteur de la qualité de nos pensées et de nos choix … L’esprit n’a pas de taille et c’est lui qui détermine la grandeur de notre âme, et par conséquent celle de notre pays.