La fièvre monte

COURSES HIPPIQUES

La température monte en flèche à quelques jours du début de la saison des courses. L'excitation est palpable chez les turfistes comme chez les organisateurs. Les courses hippiques occupent une place importante dans notre paysage folklorique. À compter de cette semaine, la place est aux bookmakers, chroniqueurs, marchands ambulants, zwer pike

Les stars se préparent à faire leur entrée sur la piste. Après trois mois loin des projecteurs, les chevaux reprennent leurs droits sur le Champ de Mars. Car c'est pour eux que de nombreux turfistes se déplaceront chaque semaine.

Mais les courses, c'est aussi toute une organisation autour. Allant de la planification même au niveau du Mauritius Turf Club (MTC), organisateur des courses à Maurice, aux marchands de produits divers, qui trouvent là un moyen de se faire quelques sous.

Marc, bookmaker depuis dix ans, prépare la nouvelle saison avec une dose d'inquiétude. Au fil des années, il a été noté que les Mauriciens jouent de moins en moins aux courses. Ce qui n'est pas un très bon signe pour son business. Il s'était lancé dans ce domaine par passion et doit aujourd'hui faire face à une rude concurrence. L'arrivée de nouveaux opérateurs dans le domaine du jeu a quelque peu réduit la clientèle. "De nos jours, les gens misent beaucoup plus sur les matchs de football à l'étranger que sur les courses. Il y a aussi le Loto, avec ses cagnottes qui attirent pas mal de joueurs." Ce qui pousse Marc à dire que l'avenir s'annonce difficile.

Mises.

Mais il se dit prêt et attend les turfistes dès jeudi. Comme chaque semaine, pendant la saison, Marc ouvre son stand à partir de 12h. Les premiers turfistes ayant un bon tuyau commencent déjà à placer leurs mises. C'est vers 16h ou 17h, dépendant de la clientèle, qu'il fermera boutique. Mêmes horaires pour la journée de vendredi, mais la tension monte d'un cran, car il y a plus de parieurs. Le samedi, c'est carrément la pression. Le bookmaker commence sa folle journée à 7h et ne s'arrêtera qu'une fois les courses terminées. "Nous sommes alors à bout de souffle; c'est très fatigant."

Est-ce un métier dangereux ? Marc répond par l'affirmative. "Nous sommes obligés d'engager des policiers pour assurer la sécurité." Un autre dispositif de sécurité se mettra aussi en place pour transférer l'argent après la journée.

Bonnes affaires.

Les turfistes ne sont pas les seuls à attendre la saison hippique pour faire de bonnes affaires. Des commerçants, dont des marchands ambulants, comptent aussi sur l'affluence vers le Champ de Mars pour booster leurs ventes. Certains produits se vendent plus que d'autres. Avec la forte chaleur, jus, mousse noire ou alouda trouvent facilement preneur. Pour ces marchands ambulants, la saison hippique est une aubaine.

Asraf est l'un d'eux. Chaque samedi vers midi, il se rend à l'hippodrome pour vendre des jus et de la mousse noire. "Je fais ce travail depuis plus de 20 ans. Durant la saison hippique, cela me permet de gagner un peu plus d'argent." Comme il n'a pas de permis pour travailler dans l'enceinte du Champ de Mars, c'est sur la rue qu'il vend ses produits. Asraf avoue qu'il peut tout vendre en l'espace de deux heures. "J'ai déjà commencé à acheter les ingrédients. Avec les prix qui ont augmenté, je vais devoir vendre plus cher. Au lieu de Rs 12, mes jus coûtent désormais Rs 16."

Raj, marchand de dholl puris, a un permis pour vendre à l'intérieur du Champ de Mars. Ses prix ont également augmenté. Mais ses six ans d'expérience lui laissent penser que "les gens achèteront à manger car ils sont là pendant des heures". Raj aussi a commencé à acheter ses ingrédients pour la préparation de ses dholl puris et currys. "Monn fini koumans fer achar e piman konfi."

Pour sa part, Lan occupe un stand au Champ de Mars. Avec l'aide de ses deux employés, il y vend de la bière, des boissons gazeuses et des pains fourrés. "J'ai déjà commencé à constituer mes stocks de boissons depuis quelque temps déjà. J'ai un restaurant à Port-Louis où je prépare la nourriture. J'ai dû augmenter les prix, mais j'espère que j'aurai des clients."

Zwe pike.

Et comment passer une journée au Champ de Mars sans s'arrêter pour une partie de fléchettes, communément appelée zwe pike. En dehors des courses elles-mêmes, c'est l'autre attraction incontournable des amateurs de jeux.

Tonio Ng Ah Yeh gère un de ces stands depuis plus de trente ans. À quelques jours du début de la saison, il confie que son cœur s'emballe. "C'est mon gagne-pain. Ce n'est pas comme un supermarché où l'on reçoit des clients tous les jours. Il faut attendre la saison hippique pour travailler." Pour cette activité, Tonio Ng Ah Yeh engage 18 autres personnes qui, elles aussi, ont un petit boulot au cours de la saison.

À l'instar des bookmakers, le zwe pike sera opérationnel dès ce jeudi à la mi-journée. "Nous travaillons en parallèle avec les bookmakers, puisque nous avons la même clientèle. Dès qu'ils affichent leurs premières cotes, nous ouvrons aussi le jeu." Les parieurs qui passeront la journée à attendre l'évolution de la cote ont ainsi de quoi s'occuper. La majorité d'entre eux arrivent toutefois après 16h, en sortant du travail.

En famille.

Le samedi, l'ambiance est différente. Dès 11h, Tonio Ng Ah Yeh est déjà sur place avec son équipe. "Le zwe pike est un loisir sain. Beaucoup de personnes viennent en famille, surtout le jour du Maiden et pour les autres journées importantes." Il souligne que les mises et les cagnottes ne sont pas importantes. "La plupart des joueurs misent Rs 25 pour une somme de Rs 1,000. Il est rare de voir quelqu'un miser Rs 1,000 ou Rs 2,000." Notre interlocuteur note aussi la présence de femmes qui viennent tenter leur chance. "Elles jouent le plus souvent des mises de Rs 10."

Concernant la sécurité, Tonio Ng Ah Yeh déclare qu'il n'y a aucun souci à se faire. Il affirme avoir deux personnes au sein de son équipe pour contrôler les lieux. Il y a également des caméras de surveillance, de même qu'un poste de police à côté. "Depuis le temps que nous sommes sur les lieux, nous connaissons parfaitement les personnes suspectes. Dès que nous les voyons dans la foule, nous leur demandons gentiment de quitter les lieux. Il n'est pas nécessaire d'avoir recours à la force."