L’actualité mauricienne de ces dernières semaines est dominée, sinon accaparée, par des révélations accablantes sur les réseaux de la drogue. Ajoutons-y les fréquentes nouvelles sur les cas de corruption, avérés ou soupçonnés, ainsi que sur les nombreux cas de violence domestique et d’accidents de la route — et voilà qu’il n’y a plus beaucoup de temps et d’intérêt à consacrer à l’économie. Dans l’attente de commentaires sur les observations du Fonds Monétaire International suite à la visite récente de leurs représentants, l’économie n’est, pour l’instant, qu’une figurante sur la scène mauricienne. C’est bien dommage, et c’est pourquoi l’article que voici cherche résolument à remettre les pendules à l’heure en évoquant un problème aigu, celui du chômage persistant parmi les jeunes, et en cherchant à en connaitre les causes et à dégager des solutions. Souhaitons que l’Economic Development Board, dont la mise en place a été annoncée dans le discours du Budget 2017, puisse identifier les stratégies susceptibles d’assurer la pleine contribution de la jeune génération des Mauriciens au progrès de l’économie.
Le chômage des jeunes
Selon les dernières données statistiques en date de mars 2017 (Economic and Social Indicators, no 1325, Statistics Mauritius), le nombre total de chômeurs à Maurice se chiffrait à 44 300, soit 7,6 % de la main d’oeuvre active. Mais ce nombre de 44 300 chômeurs comprend 22 200 jeunes (9 700 de sexe masculin et 12 500 de sexe féminin), appartenant à la tranche d’âge de 16 à 24 ans. Comme la totalité de cette tranche d’âges qui se trouve sur le marché du travail est égale à 76.800, le taux de chômage équivalent est donc de 28,9 %. Un taux élevé et qui ne cesse de grimper, l’équivalent à pareille époque en mars 2016 étant égal à 24,2 %. Une précision additionnelle : presque 1 sur 2 de ces jeunes chômeurs (10 800, soit 48,6 %) cherchaient encore leur premier emploi.
Les générations récentes
Tels sont les faits. Avant de chercher à comprendre et à identifier les raisons du chômage prolongé des jeunes à Maurice – ce qui est d’ailleurs un phénomène mondial -, une toile de fond constituée d’éléments de l’histoire de ces dernières décennies nous parait utile. C’est pourquoi un coup d’oeil sur les générations récentes est utile. Commençons par les définitions.
De manière générale, les générations de ces quelque 70 années écoulées depuis la Seconde Guerre mondiale sont au nombre de trois :
1.  Il y a d’abord ceux qui sont nés durant la vingtaine d’années (1945-1964) qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. La reconstruction des pays développés a donné des ailes à l’économie et les anciens combattants sont revenus à la maison retrouver leurs épouses : on a alors assisté à une hausse du taux de la fertilité, d’où l’appellation de baby-boomers pour cette génération. Elle est en partie déjà à la retraite, sinon elle s’y prépare. A Maurice, ces baby-boomers sont ceux qui ont été témoins des développements constitutionnels majeurs avec l’introduction du suffrage universel et l’avènement du Parti travailliste au pouvoir. L’économie restait très largement dominée par le sucre, la nouvelle brasserie de Phoenix et l’Hôtel du Chaland n’étant alors que de faibles lueurs de la diversification à venir. Les cyclones de 1960, Alix et Carol, allaient nous obliger à chercher de nouveaux horizons, à la lumière des recommandations du Professeur Meade. Et fut ainsi introduite la politique du contrôle des naissances avec le Family Planning et l’Action familiale.
2. Vient ensuite la Génération X, précédemment connue comme les « post Boomers », et dont les membres nés durant la période 1965-1984 seraient ainsi nommés, suite à une pratique à travers l’histoire de désigner d’un X la jeunesse délaissée ou vouée à l’abandon. On sait que c’est pendant cette période qu’ont eu lieu la révolution sexuelle, les événements de mai 1968 en France, l’accroissement des taux de divorces, et généralement parlant, le déclin de la cellule familiale. A Maurice, cette Génération X a été partie prenante de l’accès à la souveraineté du pays. Elle a aussi connu des moments de tension et de bouleversements, tels que les départs des familles vers l’Australie, la violence politique, les grèves multiples, la hausse éphémère du prix du sucre, les débuts des zones franches industrielles et les deux dévaluations de 1979 et de 1981. Bref, une période qu’on a pu parfois appeler « lé temps margoze » (les temps durs et amers).
3. Vient alors la Génération Y, née durant les deux dernières décennies du vingtième siècle. Elle est issue de grands-parents ou de parents provenant des deux générations précédentes. On l’appelle la génération du Millénaire, celle qui a assisté au décollage impressionnant de l’économie mauricienne, où les emplois furent créés par dizaines de milliers annuellement, grâce à l’émergence de nouveaux secteurs économiques, tels que l’industrialisation manufacturière, le tourisme, les services financiers et la technologie de l’information et des télécommunications.
Cette Génération du Millénaire est, comme ailleurs dans le monde, marquée et influencée par la révolution technologique. Et, comme on l’a constaté à la lumière des données statistiques, des membres de cette génération sont confrontés, de manière aigüe, au problème du chômage.